Dimitri Tsaloumas a quitté la Grèce dans les années 50 du siècle passé, pour des raisons politiques. Il est devenu cet exilé apprenant l’anglais à Melbourne, cessant d’écrire bien qu’ayant déjà publié deux recueils dans son pays d’origine. Un exilé rencontrant presque par hasard le contexte historique, social et politique d’une Australie qui, à la fin du 20e siècle, posa le multiculturalisme comme idéologie dominante. Tsamoulas y a trouvé une reconnaissance quant à sa poésie, et au développement de celle-ci en langue anglais, écrivant et publiant alors de nouveau, obtenant de nombreux prix, dont les plus importants de ce côté-là du Pacifique. Il est cependant demeuré un homme poète grec, ou plutôt il est devenu un homme poète « double », méditerranéen et anglo-saxon :
Parfois, avant la nuit
quand l’étoile du soir scintille, blême
sur les contours clairs encor
des îles un jour d’automne,
elle se penche par la fenêtre
et fixe son regard sur la mer.
Non par nostalgie, ni par regret :
ses yeux lui font mal au soleil. Le passé
s’est déposé dans la maison
comme une poussière ; il ternit l’éclat
des vieux meubles et des cuivres. Son esprit
vague dans l’étendue
des choses utiles.
Présenté par Helen Nickas, son éditrice australienne, et traduit par Pascal Laurent, Un chant du soir est la première véritable occasion offerte au lecteur francophone de découvrir une poésie ici proposée en version bilingue (anglais/français). La poésie d’un « homme divisé », selon Helen Nickas. Et cela apparaît en effet fortement dans le choix de ses poèmes. Un homme divisé par les langues agissant en lui tout autant que par la géographie de sa vie, dont les poèmes parlent de héros et de dieux grecs, d’Orphée, de nostalgie, de pessimisme, d’un certain sens de la perte, le tout non sans ironie. De l’exil, aussi, par petites touches discrètes. Une poésie de l’âme renaissante sous l’œil du soleil, aussi :
C’était mon frère, voyez-vous/s’appuyant sur moi, celui qui a grandi/dans la mort et marche maintenant en boitant ».














