> Un garçon qui a de l’appétit…

Un garçon qui a de l’appétit…

Par |2018-08-15T17:25:31+00:00 27 juin 2017|Catégories : Blog|

Traduction Cécile Oumhani

 

 

Un gar­çon qui a de l'appétit

 

Douze pour­rait être son numé­ro,
mais si treize était à l’étage
il en sau­te­rait deux à la fois
pour sai­sir le chiffre sup­plé­men­taire.

Il exige le plu­riel sur toutes les rives,
ramasse tout ce qui est rugueux ou lisse
– par­fois à deux reprises – et même à trois,
quand il passe la plage au peigne fin ou n’importe quel autre endroit.

Les fleurs se dis­solvent dans sa bouche,
les roses et les phlox, les lys et les coque­li­cots ;
sa salive com­poste les herbes
qui sortent de ses dents.

Il est assis là dans de la brume, en train de fumer,
et d’un doigt expé­ri­men­té,
il ôte une cendre de son œil gauche –
et puis il mâchonne un de ses tré­sors.

ll est à la fois au centre et à la marge.
En manque d’ombre et de soleil,
assis au bord de l’un et de l’autre,
avide, jamais satis­fait plus d’un ins­tant, ani­mal.

Il est tou­jours à recher­cher des faveurs,
rouges vertes et grandes ;
un gros man­geur, un goinfre, un ogre,
incen­diaire, il se consume.

 

*

 

Performance de hasard

 

Une colonne en pierre de sable blanche se dresse
près de la Nouvelle Infirmerie ;
des écailles de mica incrus­tées là
étin­cellent et miroitent.

La mouche des sables, mal­gré son aile cas­sée
et toute la dis­tance par­cou­rue en vol
sait qu’elle est l’objet mou­vant le plus chan­ceux
du ter­ri­toire.

 

*

 

Yeux embués

 

Aujourd’hui la nos­tal­gie n’est pas aus­si pure
que ce qu’elle était
lorsque nous nous asseyions autour du feu de camp
ou du poêle ven­tru – ou du sanc­tuaire
ou sim­ple­ment d’un tas de pierres
dans le même équi­libre
depuis des décen­nies – des siècles –
et racon­tions des épi­sodes de notre enfance
et comme nous écou­tions aus­si
les his­toires de nos grands-parents
qui se rap­pe­laient les his­toires plus incroyables encore
de leurs ancêtres :

Je vois dans la brume
les fines parures
dra­pées sur les arbres d’hiver.

 

*

 

 

Hungry boy

 

Twelve might be his num­ber,
but if thir­teen were ups­tairs
he’d leap two at a time
to snatch the extra digit.

He demands the plu­ral on eve­ry shore,
picks up eve­ry­thing rough or smooth
– some­times twice – even thrice,
when beach com­bing or anyw­here.

Flowers dis­solve inside his mouth,
roses and phlox, lilies and pop­pies ;
his sali­va com­posts the weeds
jut­ting through his teeth.

He sits there in a mist, smo­king,
and with a prac­ti­ced fin­ger,
removes a cin­der from his left eye –
and then he chews on some prize.

He’s both cen­tral and aside.
In want of shade and sun­shine,
sit­ting on the edge of each,
eager, satis­fied for only a moment, swi­nish.

Forever, he col­lects favors
red green and large ;
a gob­bler, a guzz­ler, a devou­rer,
incen­dia­ry – he burns him­self out.

 

*

 

            Chance per­for­mance

 

A white pillar of sand stands
close by the New Infirmary ;
mica flecks, embed­ded there,
glint and shim­mer.

The sand fly, des­pite her bro­ken wing
and all that dis­tance flown,
knows she’s the luckiest moving object
in the ter­ri­to­ry.

 

*

 

               Misty eyed

 

Nowadays nostalgia’s not as pure
as it was back then
when we’d sit around the camp­fire
or the pot-bel­lied stove – or the shrine
or sim­ply a stack of stones
balan­ced as they’ve been
for decades – eons –
and tell epi­sodes from our child­hoods
and how we also lis­te­ned
to tales told by our grand­pa­rents
who remem­be­red tal­ler sto­ries
told by their for­bea­rers :

I see through the mists
the fine jewel­ry
dra­ped on the win­ter trees.

 

*

 

 
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