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Un poëte chez Hanz Arp

Par |2018-10-20T17:08:15+00:00 13 septembre 2014|Catégories : Blog|

 

Fruit de la lune
(1936, pierre, Fondation Arp, Clamart)

Là-bas le fruit est ani­mal à marche lente,

Il tend son cou vers le visi­teur et aus­si­tôt il l’aime ;

Pour le man­ger
d’un seul coup de lame tran­cher le ventre !

S’il jaillit du lait
c’est qu’il est bon à cro­quer,

S’il jaillit du sang
ouvre les yeux !

Dans le cœur du fruit des mil­liers de sabots !
sur toute la plaine l’aurore au grand galop.

 

 

Coupe de nuage
(1961, plâtre, Fondation Arp, Clamart).

Siège extra­or­di­naire pour délas­ser les cré­pus­cules !

 

 

Squelette d’oiseau
(1947, bronze, Fondation Arp, Clamart).

Je suis
une com­bi­nai­son molé­cu­laire en quête d’achèvement,

Je suis
un sque­lette d’oiseau
rien que d’os et de vou­loir fier !

Et
com­ment trou­vez-vous mon bec ?

Agaçant n’est-ce pas ?

Si je fume la pipe
ça fait écume et rire mouette,

Badauds de la Seine
buvez de la gre­na­dine ou qu’importe !

Moi j’ai l’œil rond et sublime.

 

 

Figure recueillie
(1956, pierre cal­caire en taille directe, Fondation Arp, Clamart).

Le corps plie
à cause de la tête n’est-ce pas ?

La tête
qui écoute le sang battre aux parois

Comme des doigts de lune au pis de l’éternité
tirant un lait d’étoiles et de sai­sons nou­velles,

La tête
qui se sou­vient d’elle comme d’une sphère pure
au res­sac fris­son­nant d’or et d’éclairs,

Mais l’âme
est femelle sou­ve­raine du corps et de l’esprit !

C’est l’œil per­cé le poi­gnard pris jusqu’à la dague
le cri d’Hécube au sor­tir des murailles !

La tête peut vivre d’irréelles rosées
le chant de l’âme veut un sang d’éternité ;

Ta mort la plus aiguë des louanges !
tiges brin­dilles corolles

Tes filles me bar­bouillent de joies bénignes !
quelques jour­nées d’avril quelques éphé­mé­rides,

Quelque véri­té quelque nuit
je te res­pire comme si la mort nous était comes­tible !

Où suis-je ?
à vieillir mon sang jau­nit,

Sophie Taeuber est morte, je sais
tes filles me bar­bouillent de joies bénignes.

 

 

 

Du pays de Thalès
(1964, bronze, Fondation Arp, Clamart).

C’est une pro­po­si­tion laté­ra­le­ment faite
un appel fra­ter­nel,

Une coopé­ra­tive qui n’encombre pas l’horizon
une entre­prise sur l’esprit avec l’olivier et le pâtu­rage,

Une liba­tion inex­pli­cable et sou­riante
je te salue

Pays de Thalès !

 

 

Ptolémée I
(1953, bronze, Fondation Arp, Clamart).

Ptolémée ?
anneau de marbre étrei­gnant sa forme,

Qu’a-t-il fait de son bras
et qu’y-a-t-il au loin qui saigne et brille ?

Voici la nuit le bal­bu­tie­ment des étoiles,

Que cher­chons-nous durant notre voyage ?
on dit l’herbe lente à mâcher les rayons du soleil,

Et nous un peu plus haut un peu super­fi­ciels.

 

 

Club des Poètes, 1996.

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