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UN RUISSEAU

Par | 2018-02-22T13:31:14+00:00 18 mai 2014|Catégories : Blog|

 

I

Je désire une fin
sans moyens
Qui vou­drait d' une stèle
je ne désire rien d'autre que
me cou­cher sous l'arbre et que l'arbre soit
comme un arbre

Je le désire sans cesse

Les pierres se sou­viennent que je chan­tais
et dansent autour de moi

J'ai aimé les débuts
je ne sais plus de quoi
débuts de n'importe quoi
un pas n'importe où
un mot dit à quelqu'un
vrai­ment n'importe qui

Je me revois
à Anvers ou ailleurs
un par­mi plu­sieurs

Soudain tu n'y es plus
tu demandes s'il y a quelqu'un
mais tous muets
même sourds
tour­nés vers je ne sais quel mur
retour­nés au temps comp­té

Pierre roule pour moi
sans rien amas­ser
sois un sou­rire dans sa voix
une chance qui sait
une image arrê­tée
au bord des lèvres

A moi de me tour­ner
vers toi
obnu­bi­lée
violes et voiles contre le vent

Vies rico­chets
suées de l'habitude
glace fon­due trop vite
à la fin
le nez dans un ruis­seau
c'est la faute à per­sonne

un ruis­seau

  

 

II

Tu t'esseulais tran­quille
cou­tu­mier d'un conte
où les ques­tions s'oublient
sur un che­min neuf

Un geste défaillant aurait tra­hi ton double
tu n'avais qu'un modèle toi
Une nuit te vit nu
vou­loir bri­ser la glace

Amsterdam ou Venise peut-être ailleurs
quelqu'un se gon­dole de rire
dans la vitrine
les man­ne­quins tournent la tête

Sous la caresse d'une muse
ta plume s'est dur­ci
Tu accuses la glace
de haute tra­hi­son
Jouissance morte et plus de souffle
ton lit est un che­min usé
et ton coeur plus vide qu'une auge
après que la bête a pas­sé

Rêver d'encre qui sait de Chine
où toute pen­sée s'arrêta
Du rythme des ombres qui dansent
dans la glace suis-je pri­son­nier

Roi peu fleu­ri de ton vivant
chauve mais pas cou­ron­né
tu pleures  de n'être pas pleu­ré
ni regret­té par avance

Peut-être qu'on est déjà mort
du moins ça bour­donne en nous
Mille mouches nous attendent
où le temps creu­sa un trou

Aller grand erre mais non
faire des zags et des zigs
pour ne pas voir la route
sous tes pieds

Adieu rites sans flam­beaux
où l'électricité est reine
je m'en vais por­ter la plainte
d'une forêt d'arbre en arbre

puis d'une autre encore une autre
et de toutes déci­mées
O chan­te­relle de la scie
vous tai­rez-vous à la fin

Je plaide cou­pable
abus de lan­gage
gas­pillage de papier
et phrases inache­vées

Telle fut cette sem­blance toi
puit de regrets de peurs de doutes
et ces reflets dans la glace
d'une sombre non­cha­lance

   

   

III

Je t'oublie dans le soir
j'efface ton nom ton visage
La mort m'attend
mais je n'y pense pas

Tiens je n'y pense plus
il n'est pas ques­tion d'elle

Je ne sais pas à quoi tu rêves
ni ce que tu crois être toi

Tu prends l'éternité pour ta mère
Le monde n'est pas une cathé­drale
Il est beau­coup trop petit
pour conte­nir une seule prière

Qui a jeté ce grand man­teau de silence
sur les épaules de l'éternité
Madame ne fait que pas­ser
et la mort jar­di­nière fauche dans les allées

Je marche de tra­vers
pour évi­ter l'une et l'autre
Je sais que c'est impos­sible
mais je marche quand même

Je déam­bule à tra­vers les cou­rants d'air
je m'élève en pen­sée
sur un som­met déci­sif
où je tremble de froid

Je t'oublie chaque jour
Le ciel est si grand
le coeur vide je m'abandonne
je ne sais même pas à quoi

Ce n'est pas triste
ni mélan­co­lique ni tra­gique
C'est une séré­ni­té curieuse
un peu ani­male
une attente sans objet
tour­né tan­tôt d'un coté
tan­tôt d'un autre
mais je ne sais pas d'où le mal­heur vien­dra

J'ai tiré les rideaux sur la jalou­sie
Un peu de feu un peu de lumière
j'aperçois les hautes herbes dans le vent
et mon âme danse avec elles

Plus de sai­son dit-on
Je déteste aujourd'hui
cette façon de par­ler sans par­ler
d'écrire sans écrire
de regar­der par en-des­sous
comme un cato­blé­pas

Toi tu n'étais qu'un ange ter­rible
avec des ron­deurs nua­geuses
qui m'ont fait chan­ter les louanges
d'un saint que je ne connais pas
La durée est dans le temps
comme feu dans un buis­son
l'insecte aveugle me sur­vi­vra

Paix les muses Assez
que faites vous dans ma cave
vous effrayez mon rat blanc
tout à son fes­tin de livres

Mais que ferais-je si
ne me conviennent ni
les dieux innom­brables et bigar­rés
pas plus que l'Unique
qu'il faut craindre et aimer
yeux ouverts dans la nuit

je pré­fère la faune hété­ro­clite
inno­cente et rebelle à tout com­man­de­ment
mais com­ment mar­cher ensemble
et res­ter libre en même temps

 

 

 

IV

Ne dis pas qu'une inten­tion fait la moi­tié du geste
ni qu'un hori­zon achève le regard
non
il le coupe

et cette ligne est per­pé­tuelle pri­son

Un soleil saigne sur la mon­tagne
tan­dis que des yeux enra­gés refusent la fin du jour
et la crête brise la brise
tout m'enflamme

O mort d'avant la mort
creu­sant une évi­dence si proche d'être nous
une page res­tée blanche
une page tour­née noire
et un silence

Derrière cette ligne une autre vie
et com­bien d'autres lignes de vie
Toi tu n'en as qu'une
garde la sans la plier
afin que tes paumes fassent un nid

Quelle chance cette langue de boue
cette période rani­mée par le vent

N'aie pas peur d'un ruis­seau
dont la pente t'épuise
couche ta phrase à terre et dors
le der­nier mot n'importe plus
il t'emporte
 

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