> Une Conversation autour de “L’Ecole de New-York” à Cornelia Street Café

Une Conversation autour de “L’Ecole de New-York” à Cornelia Street Café

Par | 2018-05-25T10:39:30+00:00 30 juin 2017|Catégories : Critiques|

 

 

Cette conver­sa­tion a été ouverte par la ques­tion sui­vante de Marilyne Bertoncini : “Est-ce qu’il existe de nos jours une école new-yor­kaise de la poé­sie?” L’étiquette même, en anglais “New York School”, sug­gère la pos­si­bi­li­té d’une pro­lon­ga­tion dans le contexte contem­po­rain d’un mou­ve­ment esthé­tique et d’un style cohé­rents, asso­ciés inévi­ta­ble­ment aux noms des poètes célèbres Frank O’Hara et John Ashbery, par­mi d’autres, connus sous la ban­nière “Poets of the New York School”.

 

On pour­rait sou­te­nir qu’une telle “école” dans le sens d’un mou­ve­ment bien uni n’a jamais exis­té. En fait le direc­teur d’une gale­rie d’art new-yor­kaise, John Bernard Myers, fut le pre­mier à employer le terme “Poets of the New School”. Myers eut le pro­jet de lan­cer la répu­ta­tion de son choix de peintres pion­niers new-yor­kais pra­ti­ciens du style “AbEx” (expres­sio­nisme abs­trac­tio­niste) comme “The New York School”, et en consé­quence, il a enrô­lé un cer­tain nombre de poètes pour faire du bruit autour du pro­jet, c’est-a-dire pour avan­cer son école artis­tique bap­ti­sée “The New York School.” Ce fut aus­si Myers qui fit publier les pre­miers livres de ces poètesi .

 

Quand même il n’existerait pas de “New York School” dans le sens d’un mou­ve­ment bien uni, l’on pour­rait envi­sa­ger une cer­taine influence durable des poètes O’Hara et Ashbery, leurs styles et leurs poèmes les plus connus tels que, disons “The Day Lady Died” d’O’Hara, sur les poètes contem­po­rains ou bien amé­ri­cains ou bien d’autres natio­na­li­tés. Des poètes avec qui j’ai par­lé récem­ment à New York et à Philadelphie, par exemple, Jack Israel de Philadelphie, répondent sans hési­ta­tion que les noms d’O’Hara et d’Ashbery, et les styles qu’ils repré­sentent, res­tent encore dans l’air poé­tique, et dans les yeux et les oreilles de bien des poètes amé­ri­cains mar­quants de nos jours.

 

En ce qui concerne la poé­sie et les poètes fran­çais contem­po­rains le mou­ve­ment connu sous le terme “New York School” résonne encore et inévi­ta­ble­ment comme un mou­ve­ment inter­na­tio­na­liste, liant la culture new-yor­kaise avec non seule­ment les styles euro­péens avant-gar­distes mais plus pré­ci­sé­ment avec les mou­ve­ments moder­nistes fran­çais de Baudelaire aux Surréalistes. De même, les Français et les repré­sen­tants d’autres milieux cultu­rels euro­péens com­prennent l’histoire du Jazz d’un point de vue par­ti­cu­lier, selon une pers­pec­tive basée sur les artistes indi­vi­duels qui ont lais­sé leur empreinte sur l’histoire cultu­relle fran­çaise et euro­péenne, tel que, par exemple, Miles Davis.

 

 

Robin Hirsch, “Ministre de Culture” au Café Cornelia Street

 

 

Par la suite j’ai pris contact avec Robin Hirsch, poète, écri­vain, fondateur/​propriétaire et “ministre de culture” au Café Cornelia Street, point de repère dans le Village de l’Ouest, centre-ville Manhattan. Hirsch est ani­ma­teur de per­for­mances d’artistes de mul­tiples des­crip­tions dans son caba­ret au sous-sol du café, rebap­ti­sé récem­ment “The Underground” (Le Souterrain). Depuis plus de trente ans, Hirsch y accueille des poètes, des écri­vains, des musi­ciens, des comé­diens, et des artistes mul­ti-dis­ci­pli­naires ou “mixed media.” J’ai habi­té rue Sullivan, dans le Village du Sud ,tout près de la célèbre rue Bleecker et de la rue Cornelia pen­dant dix ans, et j’ai gar­dé d’excellents sou­ve­nirs du café, et de ma lec­ture au caba­ret, le 29 mars, 2006.

 

Quand j’ai pro­po­sé à Hirsch de me don­ner son avis concer­nant l’existence d’une école new-yor­kaise de poé­sie dans le contexte contem­po­rain, il a répon­du tout de suite qu’il n’y tou­che­rait pas de sa vie (il fau­drait ima­gi­ner le sou­rire iro­nique et les yeux bleus pétillants de l’espiègle “ministre de culture”). Par la suite, il m’a envoyé en forme de riposte un récit où il raconte l’ouverture du caba­ret au Cornelia Street Café qui incarne, à mon sens, le kaléi­do­scope mul­ti­co­lore et sans cesse chan­geant de l’activité cultu­relle dans cette région du pays de la poé­sie dont le nom est New York City, qui se déve­loppe sur­tout dans les “vil­lages” du centre-ville de Manhattan, à l’ouest et à l’est, en tra­ver­sant constam­ment CE PONT qui lie le sud de Manhattan et Brooklyn.

 

Le sou­ve­nir de Hirsch, “Clean for Gene,” sur un ton à la fois comique et joyeux, raconte l’improvisation mate­rielle col­la­bo­ra­tive requise pour la construc­tion de l’espace au sous-sol du café des­ti­né à accueillir les lec­tures inau­gu­rales de poé­sie du Sénateur Eugene McCarthy lui-même, can­di­dat démo­crate à la pré­si­dence amé­ri­caine, et son amie Siv Cedering. Ce récit amu­sant illustre bien un aspect fon­da­men­tal de l’évolution de la vie de la poé­sie à New York : un enga­ge­ment per­pé­tuel avec l’immédiat, avec le moment, avec la scène qui passe, avec le rythme tel­le­ment varié de la vie quo­ti­dienne tel que l’on l’entend, conver­geant et s’incorporant à la tex­ture de la grande ville.

 

 

Convergences : New York en fran­çais

 

 

J’ai par­lé éga­le­ment avec le poète new-yor­kais Barry Wallenstein, par­ti­ci­pant régu­lier aux lec­tures de poé­sie à Cornelia Street Cafe ; col­la­bo­ra­teur fidèle à la revue annuelle de poé­sie fran­co-anglaise La Traductière fon­dée par Jacques Rancourt ; et plus récem­ment contri­bu­teur à la revue inter­na­tio­nale de la poé­sie sur inter­net Recours au poeme, fon­dée par Matthieu Baumier et Gwen Garnier-Duguy. Au cours de notre conver­sa­tion concer­nant les hypo­thèses sur une/​la “New York School” nous  sommes tom­bé d’accord que c’est la diver­si­té sur­tout qui carac­té­rise la poé­sie contem­po­raine new-yor­kaise. Son choix de poèmes écrits par des poètes contem­po­rains new-yor­kais publiés dans ce numé­ro spé­cial de Recours au Poème témoigne bien de la diver­si­té, de l’excellence et de l’attraction actuelles de la poé­sie contem­po­raine à New York et ses alen­tours.

 

Nous avons aus­si évo­qué un aspect récur­rent de la poé­sie new-yor­kaise bien enra­ci­née dans son his­toire cultu­relle et sociale : la veine de contes­ta­tion et de pro­vo­ca­tion, de pro­tes­ta­tion et de résis­tance, une éner­gie “sou­ter­raine” capable de mon­ter à la sur­face, de se révé­ler à tout moment. À notre avis, c’est une dimen­sion-phare de la poé­sie à laquelle New York et ses alen­tours ont long­temps don­né nais­sance, et par­mi les mesures les plus saillantes de sa valeur sur des plans inter­na­tio­naux, et fina­le­ment, peut-être plus urgentes de nos jours qu’à aucune autre période dans la mémoire récente.

 

Cette situa­tion de la poé­sie new-yor­kaise pour­rait nous rap­pe­ler le rôle cri­tique joué par la poé­sie, sa pro­duc­tion et sa dis­tri­bu­tion, dans la Résistance au régime nazi et ses col­la­bo­ra­teurs vichyistes pen­dant les “années sombres” de l’Occupation de la France, 1940-1944. Les presses clan­des­tines de la Résistance furent fondées,alimentées et diri­gées par des indi­vi­dus de dis­ci­plines très variées, des poètes, des écri­vains, roman­ciers et jour­na­listes, des éditeurs/​rédacteurs, des artistes, des secré­taires, des tech­ni­ciens, des étu­diants, des pro­fes­seurs, des cher­cheurs, des philosophes,et ain­si de suite, au péril de leurs vies, l’exemple de Louis Aragon et Paul Eluard figu­rant par­mi les meilleurs. Parmi leurs acti­vi­tés et leurs exploits, ils firent sor­tir les poèmes col­lec­tés dans la clan­des­ti­ni­té dans les pri­sons où les résis­tants et d’autres membres de groupes ciblés par les forces de la répres­sion furent inter­nésii . Dans les pages des Lettres fran­çaises clan­des­tines, le nom et les écrits de Whitman sont invo­qués comme quides fra­ter­nels à ceux qui lut­taient alors sous la répres­sion et la per­sé­cu­tion.

 

 

Bernard Block : “De Whitman à Ginsberg”/Au Cabaret du Café rue Cornelia

 

 

Robin Hirsch m’a éga­le­ment pro­po­sé de prendre contact avec Bernard Block, poète, organisateur/​activiste, tra­vailleur infa­ti­gable dans les champs et par­mi les tri­bus de poètes new-yor­kais. Block est fon­da­teur et “com­mis­saire” du pro­gramme de lectures/​performances “From Whitman to Ginsberg” inau­gu­ré il y a cinq ans au Café Rue Cornelia. Ce pro­gramme reçut la recom­man­da­tion du New Yorker en 2016.iii

 

Si les tex­tures de la poé­sie new-yor­kaise sont mul­tiples et variées, et aus­si dif­fi­ciles à cir­cons­crire qu’un océan de voix (allé­luia), je trouve l’exemple de Block – sa vie, ses écrits et son acti­vi­té en faveur d’autres poètes – un témoi­gnage émou­vant en faveur de la vie de la poé­sie comme expé­rience vécue, d’ un enga­ge­ment per­ma­nent, et donc des tra­di­tions pro­gres­sistes les plus durables de la culture de New York. Block carac­té­rise ain­si le pro­gramme qu’il a fon­dé : “Une poé­sie de témoi­gnage,” avec “l’accent sur la langue par­lée” [qui dépasse] “une dimen­sion esthé­tique pour rejoindre une dimen­sion morale, cultu­relle et poli­tique, une “poé­sie d’engagement `poli­tique,’ avec la notion de la ‘poli­tique’ enten­due dans un sens très large. Nous nous ins­pi­rons des paroles de Whitman : ‘Poésie du peuple, pour le peuple.’ Ou Leonard Cohen : ‘Une poé­sie qui change les vies et les lois,’”

 

L’oeuvre de Block illustre pour moi cet aspect de la poé­sie new-yor­kaise qui s’exprime par une réponse à la vie quo­ti­dienne renou­ve­lée au jour le jour dans la ville amé­ri­caine la plus inter­na­tio­nale, ses beau­tés, ses luttes, ses défis, ses ago­nies. Block est né dans le Brooklyn, à Bensonhurst, connu aus­si sous le nom de Bath Beach, près de Gravesend Bay. Son acti­visme en faveur de la pré­sen­ta­tion et de la per­for­mance de la poe­sie témoigne d’un enga­ge­ment à vivre la poé­sie, la poé­sie comme forme de vie plu­tôt que car­rière, com­mo­di­té ou pres­tige.

 

En rap­port avec son accent sur la langue par­lée et les tra­di­tions bar­diques, les sujets des poèmes de Block sont aus­si variés que cette “Coney Island of the Mind“ gra­vée dans la mémoire inter­na­tio­nale par le grand poète Ferlinghetti. Le style des poèmes de Block est aus­si élas­tique, s’adaptant aux condi­tions et à la situa­tion de chaque poème. Parfois il adopte un mode vision­naire et ima­giste, par­fois une voix plus ampli­fiée, publique et ora­toire. Block cite comme pré­dé­ces­seurs fra­ter­nels Blake, Yeats, Auden et Kenneth Fearing aus­si bien que Ferlinghetti, Langston Hughes et Dylan Thomas, par­mi beau­coup d’autres poètes, artistes et musi­ciens.

 

Les poèmes que j’ai choi­sis pour cette tra­duc­tion en fran­çais repré­sentent juste une tranche de son oeuvre. J’ai pri­vi­lé­gié­quelques poèmes dont le ton est solen­nel, et les sujets très sombres, se réfé­rant aux tra­gé­dies du pas­sé et du pré­sent qui sont les nôtres, nous invi­tant à abor­der les ques­tions qu’ils posent, à nos esprits, à nos coeurs. Ce choix reflète peut-être ma propre humeur plu­tôt élé­giaque devant les pro­blèmes et les défis qui se pré­sentent au moment actuel.

 

Je vou­drais remer­cier Robin Hirsch de m’avoir confié le texte de “Clean for Gene,” aus­si bien que de m’avoir fait connaître Bernard Block, ce qui a per­mis des échanges géné­reux et pré­cieux entre nous tous, et éven­tuel­le­ment avec “les poètes du monde” pour les yeux et les oreilles des­quel Recours au poème  a été fon­dé.

 

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i – Voir The New York School Poets and the Neo-Avant-Garde : Between Radical Art and Radical Chic, Ashgate Publishing Ltd, UK, 2010, pour l’histoire et un argu­ment concer­nant les carac­té­ris­tiques des “Poets of the New York School”.

ii -Voir L’Honneur des poètes, Éditions de Minuit clan­des­tines, juillet 1943, 21 poèmes de poètes fran­çais.

iiiLa poé­sie de Block paraît dans la revue euro­péenne sur inter­net, Levure Littéraire, numé­ros 8,9 et12, édi­trices : Rodica Draghincescu et Erika Dagnino.  

 

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Cornelia Street Café, West Village New York : A Conversation

 

The conver­sa­tion began with a ques­tion posed by Marilyne Bertoncini as she contem­pla­ted the first issue of the relaun­ched inter­na­tio­nal online poe­try review Recoursaupoème.fr : :“Is there a New York School of Poets” sug­ges­ting the pos­si­bi­li­ty of a contem­po­ra­ry conti­nua­tion of the cele­bra­ted New York School asso­cia­ted with the names of Frank O’Hara and John Ashbery, among others. Many com­men­ta­tors main­tain there never was a “New York School of Poets” in the sense of a cohe­sive aes­the­tic move­ment. In fact art gal­le­ry direc­tor John Bernard Myers was the first to use the term “Poets of the New York School,” as he wan­ted to pro­mote a selec­tion of AbEx artists as a New York School at his gal­le­ry, enlis­ted a num­ber of poets in fur­the­ring the pro­ject, and publi­shed their first books (See Mark Silverberg’s The New York School Poets and the Neo-Avant-Garde : Between Radical Art and Radical Chic, Ashgate Publishing Ltd, UK, 2010, for an his­to­ry and argu­ment regar­ding the cha­rac­te­ris­tics of “The Poets of the New York School”).

While there may very well be no New York School of Poets in the sense of a cohe­sive move­ment, a pro­fi­table ques­tion might be which notable poets active on a natio­nal, American or inter­na­tio­nal basis still claim “influence” by the indi­vi­dual voices and styles asso­cia­ted with the “Poets of the New York School,” such as O’Hara and Ashbery ; and/​or which par­ti­cu­lar poems they publi­shed still reso­nate for them. Poets I have spo­ken with recent­ly in both New York and Philadelphia, such as Philadelphia’s Jack Israel, respond without hesi­ta­tion that the names of O’Hara and Ashbery, and the styles they represent, are still very much in the air, and in the eyes and ears of notable contem­po­ra­ry American poets. As concerns contem­po­ra­ry French poe­try and poets, the move­ment known as the “New York School” still inevi­ta­bly reso­nates as an inter­na­tio­na­list move­ment lin­king New York culture with not only European avant-garde inten­tions and styles, but rather and espe­cial­ly with moder­nist move­ments in French poe­try from Baudelaire through the Surrealists, just as the French and other European cultu­ral milieux have a par­ti­cu­lar slant on the his­to­ry of Jazz based on indi­vi­dual figures who made their mark on French and European cultu­ral his­to­ry, such as, let’s say, Miles Davis.

 

Robin Hirsch and Cornelia Street Café

 

I also got in touch with Robin Hirsch, poet, wri­ter, foun­der and “minis­ter of culture” of land­mark Cornelia Street Café in the West Village of Lower Manhattan, which has hos­ted per­for­mances by artists of myriad stripes, poets, wri­ters, musi­cians, actors, and mixed-media mul­ti-dis­ci­pli­na­rians for more than thir­ty years in its base­ment caba­ret space, recent­ly rebap­ti­sed as “The Underground.” I lived near­by on Sullivan street for a decade and have the fon­dest memo­ry of rea­ding at Cornelia one eve­ning, March 29th, 2006. When I asked the ques­tion about a conti­nuing “New York School,” the always puckish Hirsch respon­ded, in essence, he wouldn’t touch the ques­tion with a pro­ver­bial ten-foot pole (I can see the wry smile and twinkle in his impish blue eyes) and sent me ins­tead as his gene­rous riposte, a memoir of the foun­ding of Cornelia Street Café which epi­to­mizes, to my mind, the live­ly, ongoing kalei­do­scope of cultu­ral acti­vi­ty in that region of the coun­try of poe­try cal­led New York City, spe­ci­fi­cal­ly as it trans­pires in the vil­lages of Lower Manhattan, west and east, and conti­nual­ly crosses THAT bridge bet­ween down­town Manhattan and Brooklyn.

Hirsch’s memoir, “Clean for Gene,” glee­ful­ly recounts the col­la­bo­ra­tive impro­vi­sa­tion requi­red to open Cornelia Street in order to host the inau­gu­ral rea­dings of poe­try there by none other than Democratic pre­si­den­tial can­di­date Senator Eugene McCarthy and his friend Siv Cedering. This account cap­tures with some hila­ri­ty a fun­da­men­tal aspect of poe­try in New York : a per­pe­tual enga­ge­ment with the imme­diate, the moment, the pas­sing show, the mul­ti­tu­di­nous beat of eve­ry­day life as it is heard, converges and is incor­po­ra­ted in the body of the great city.

 

Convergences : New York in French

 

I also spoke with New York poet Barry Wallenstein, long-time contri­bu­tor to the pre­mier bilin­gual annual of poe­try in French and English foun­ded by Jacques Rancourt, La Traductière ; and to the more recent online inter­na­tio­nal poe­try review Recoursaupoème​.fr foun­ded by Matthieu Baumier and Gwen Garnier-Duguy, who remains a regu­lar contri­bu­tor to rea­dings at Hirsch’s Cornelia Street Café. In a recent conver­sa­tion on the sub­ject of a/​the “New York School” I found we quite agree that diver­si­ty is the hall­mark of poe­try in New York today. His choice of poems by contem­po­ra­ry poets for publi­ca­tion in the relaun­ching of Recoursaupoème​.fr is ample tes­ti­mo­ny to both the diver­si­ty, excel­lence and broad appeal of contem­po­ra­ry poe­try in the New York vici­ni­ty. We also agree that ano­ther, signal, recur­ring aspect of poe­try pro­du­ced in New York and a defi­ning dimen­sion of its his­to­ry is that of a poe­try of pro­vo­ca­tion and pro­test, and of a regu­lar­ly resur­fa­cing poe­try of “under­ground” resis­tance which, in my view, is one of most salient mea­sures of its value on both natio­nal and inter­na­tio­nal stages ; and per­haps more urgent today than at any time in recent memo­ry. I am remin­ded of the incom­pa­rable role played by poe­try during the Occupation of France in the clan­des­tine Resistance press to Nazi and Nazi-led Vichy govern­ments, as exem­pli­fied by the acti­vi­ty and publi­ca­tions ins­pi­red by Louis Aragon and Paul Eluard ( See L’Honneur des poètes Éditions de Minuit clan­des­tines, juillet 1943, 21 poèmes de poètes français) which col­lec­ted poems smug­gled in and out of the pri­sons where resis­ters and other groups tar­ge­ted by the forces of repres­sion were inter­ned. In the pages of the clan­des­tine jour­nal Les Lettres françaises, the name of Whitman appea­red as a fra­ter­nal, gui­ding voice to those who strug­gled under such per­se­cu­tion and repres­sion.

 

Bernard Block : “From Whitman to Ginsberg”/​ The Cornelia Street Café Series

 

Robin Hirsch also intro­du­ced me to Bernard Block, poet, organizer/​activist, tire­less toi­ler in the fields among the tribes of New York poets. Block is the curator/​host of the reading/​performance series “From Whitman to Ginsberg” at Cornelia Street Café, now in its fifth year, with seven­teen “edi­tions” to its cre­dit. The series recei­ved an endor­se­ment from The New Yorker maga­zine in 2016. Block’s poe­try has been publi­shed in the European on-line lite­ra­ry jour­nal, Levure Littéraire, #8, #9, #12, Editors : Rodica Draghincescu and Erika Dagnino.

While the strands, and strains, of the/​a New York poe­try may by many and various, and as dif­fi­cult to confine as an ocean of voices, alle­luia for that, I find the tra­jec­to­ry of Block’s life, wri­ting and acti­vi­ty in behalf of other poets, and of the life of poe­try as a per­ma­nent enga­ge­ment, a moving tes­ti­mo­ny to some of the lon­gest run­ning and best pro­gres­sive tra­di­tions in the culture of New York. Block des­cribes the series he foun­ded as : “A poe­try of wit­ness,” with “an empha­sis on the spo­ken word” [that goes beyond] “an aes­the­tic dimen­sion to a moral, cultu­ral, poli­ti­cal dimen­sion,” a “poe­try of ‘poli­ti­cal enga­ge­ment,’ with a very wide lati­tude for the notion of ‘poli­ti­cal.’ We take our ins­pi­ra­tion from Whitman : ‘Poetry from the people, for the people’. Or Leonard Cohen : ‘Poetry that alters lives and laws.’”

Block’s work exem­pli­fies for me that aspect of New York poe­try which is expres­sed in a conti­nual res­pon­si­ve­ness to dai­ly life in that most inter­na­tio­nal of cities, its beau­ties, its struggles, its chal­lenges, its ago­nies. A native of Bensonhurst, Brooklyn, resident of Bath Beach near Gravesend Bay, Block’s acti­vism in behalf of the pre­sen­ta­tion and per­for­mance of poe­try bes­peaks a com­mit­ment to poe­try as an art that is lived from day to day, poe­try as a life, a way of living, rather than as a career, a com­mo­di­ty or a pres­tige.

While res­pec­ting his empha­sis on the bar­dic “oral tra­di­tion” and the “spo­ken word,” the sub­jects of Block’s poems are as various as that “Coney Island of the Mind” ins­cri­bed in inter­na­tio­nal memo­ry by Ferlinghetti. The style of his poems is also quite elas­tic, adap­ted to the condi­tions and “situa­tion” of each poem ; and range from a visio­na­ry, ima­gis­tic mode to a more ampli­fied and public voice. Block claims Blake, Yeats, Auden and Kenneth Fearing, as well as Ferlinghetti, Langston Hughes and Dylan Thomas as kin­dred voices, among many others. The poems I have cho­sen for trans­la­tion in French represent a frac­tion of the range of his work ; and lean toward the quie­ter, some quite som­ber, ones, with refe­rences to the tra­ge­dies of past and present, invi­ting us to engage the ques­tions they pose in heart and mind, and per­haps reflec­ting my own somew­hat ele­giac mood in face of the chal­lenges of our own moment.

 

I am gra­te­ful to Robin Hirsch for intro­du­cing me to Block’s example, and to Block for his gene­rous exchanges with me and, even­tual­ly, with “the poets of the world” whose eyes and ears France’s Recoursaupoème​.fr was foun­ded to reach. 

 

 

 

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