> Une lampe allumée si souvent de A. Dreyfus

Une lampe allumée si souvent de A. Dreyfus

Par | 2018-05-21T02:54:17+00:00 14 avril 2013|Catégories : Critiques|

 

Ariane Dreyfus, habi­tuée du monde des revues fran­co­phones, poète ayant publié des recueils remar­qués chez divers édi­teurs, dont Flammarion et Le Castor Astral, donne ici une recom­po­si­tion, une réor­ga­ni­sa­tion, d’une par­tie de ses textes publiés en revues au sujet des poètes qu’elle aime et de la poé­sie. En lisant, en écri­vant donc. Des textes écrits et publiés entre 1986 et 2011. Un bon moyen de faire connais­sance avec son ate­lier poé­tique, livre que l’on cou­ple­ra si on le veut avec le volume consa­cré par Matthieu Gosztola à la poète dans la col­lec­tion Présence de la Poésie, livre dont Recours au Poème a par­lé ici :

http://​www​.recour​sau​poeme​.fr/​c​r​i​t​i​q​u​e​s​/​a​r​i​a​n​e​-​d​r​e​y​f​u​s​-​p​a​r​-​m​a​t​t​h​i​e​u​-​g​o​s​z​t​o​l​a​/​g​w​e​n​-​g​a​r​n​i​e​r​-​d​u​guy

L’ensemble for­mant une inté­res­sante intro­duc­tion à l’univers d’Ariane Dreyfus.

Cette « lampe allu­mée si sou­vent dans l’ombre », ce peut être la poé­sie. Ou bien cette lampe concrète que l’on allume afin d’écrire. Ou encore ce fait : la géné­ro­si­té d’écrire sur les autres. Ce que fait jus­te­ment Ariane Dreyfus. Du moins sur ses autres, choi­sis. Ainsi James Sacré, dont elle écrit qu’il est pour elle une sorte de ren­contre fon­da­trice de sa propre poé­sie. Elle mul­ti­plie du coup les hom­mages et les approches, une par­tie de ses textes autour de James Sacré est d’ailleurs réunie ici, occu­pant une ving­taine de pages du volume. C’est l’une des six par­ties du livre, Ariane Dreyfus ayant clas­sé et par­fois réécrit ou regrou­pés ses textes, elle veille cepen­dant à tou­jours indi­quer clai­re­ment leur ori­gine. Elle a rai­son : il convient de rendre en per­ma­nence un hom­mage appuyé aux ani­ma­teurs des revues, grands défen­seurs de la poé­sie contem­po­raine. Bien sûr, cela ne va pas sans inéga­li­tés. Toutes les revues ne se valant pas. On retrouve ici, liste non exhaus­tive, des revues comme Théodore Balmoral, Le Nouveau Recueil, Neige d’août, Scherzo, Action Poétique, Triages, remue​.net, Europe… Et aus­si Poezibao, l’espace créé par Florence Trocmé sur inter­net, auquel Ariane Dreyfus donne sou­vent des textes, haut lieu de la défense de la diver­si­té poé­tique depuis des années, un tra­vail que nous appré­cions ici tout par­ti­cu­liè­re­ment et que l’on retrou­ve­ra en sui­vant ce lien :

http://​poe​zi​bao​.type​pad​.com/

Finalement, le livre d’Ariane Dreyfus per­met de plon­ger dans une cer­taine ambiance du micro­cosme poé­tique fran­çais actuel.

La poète parle de Colette, Nabokov, Dostoïevski, Valérie Rouzeau, James Sacré bien sûr, Jean-Louis Giovannoni… Elle donne aus­si à lire des textes qui sont de véri­tables études /​ essais sur la poé­sie de poètes par­fois moins connus et dont elle peut ain­si per­mettre la décou­verte (géné­ro­si­té encore et tou­jours) à des lec­teurs moins ou peu au fait de l’écriture poé­tique contem­po­raine : Eric Sautou et Stéphane Bouquet par exemple. Ariane Dreyfus écrit aus­si sur la façon dont s’écrit en elle la poé­sie, son rap­port à la cho­ré­gra­phie, autre chose qui nous importe, tant nous pen­sons que poé­sie et cho­ré­gra­phie contem­po­raine sont insé­pa­rables aujourd’hui. On croise l’étrange figure de Rebatet en ses deux éten­dards, au sujet de l’amour et du sexe, Rebatet dont Ariane Dreyfus cite un extrait, lequel est en réa­li­té une réécri­ture volon­taire de la devise des tem­pliers, non nobis, non nobis domine… Les deux éten­dards, chef d'oeuvre roma­nesque de Rebatet édi­té chez Gallimard, par un écri­vain condam­né pour cause de col­la­bo­ra­tion, écri­vain pro­fon­dé­ment anti­sé­mite.

Un livre qui fait péné­trer l’univers poé­tique de Dreyfus, ses ami­tiés, ses regards sur le « milieu » de la poé­sie contem­po­raine. Et qui donne envie de lire des textes de la poète consa­crés à de grandes figures de l’histoire poé­tique récente. Cela vien­dra sans doute.

 

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