> Une syllabe, battant de bois, de ML Zoss

Une syllabe, battant de bois, de ML Zoss

Par |2018-10-17T13:58:00+00:00 24 novembre 2012|Catégories : Critiques|

 

Mary-Laure Zoss s’adresse-t-elle à son lec­teur, à l’être aimé ou à elle-même ? L’impératif donne en tout cas l’impression d’être à por­tée de voix. Il donne aus­si le sen­ti­ment d’une urgence.

         pars,

C’est sur ce mot que s’ouvre le recueil. Et quelques lignes plus tard :

         plie bagage

Quelque chose semble sur le point de dis­pa­raître, quelque chose de pré­cieux. La vie elle-même ?

         dans un no man’s land faire mine d’être là, sur un filet de souffle déjà rétrac­té

On sent que très bien­tôt, il sera trop tard. Tout se passe comme s’il n’y avait déjà plus de ciel et que l’air lui-même se fai­sait rare. Partout, la pré­sence à la fois majes­tueuse et oppres­sante de la mon­tagne : les pierres, les tor­rents, les ânes sau­vages…

On est sou­vent sur­pris à la lec­ture de ces textes. S’il y a souf­france, elle n’est pas amère ; s’il y a risque de mordre la pous­sière, l’envie de rejoindre les hauts pla­teaux n’en est pas moins grande.

         le monde n’est pas hos­tile qui te broie

Le recueil est com­po­sé de trois par­ties. La der­nière, Gastlosen, est un ensemble de textes très courts. Certains s’arrêtent bru­ta­le­ment au milieu d’une phrase, laissent la parole en sus­pens. Comme quand, au bord des gouffres, au bord du monde, nous res­tons sans voix.

 

                           Trois poèmes

 

passent bêtes et mule­tiers, la route n’affame pas, vend sa pitance de ves­tiges, d’un col à l’autre : enclos ébou­lés, toiles de sac, dans la pous­sière l’urine en zig­zag des che­vaux ; on s’y attache à cette route – et toi qu’elle égrène sur ses lames de pierre, der­nière bribe d’un convoi, l’hiver achè­ve­ra de te scin­der du monde, une galette de sar­ra­sin entre les doigts – le savais-tu en par­tant ? et si tu lâchais le noyau sec de ta peur, t’agenouillais là, plu­tôt que ?

 

 

pour mettre le feu au vent, une brous­saille de clar­té sur l’os noir de la terre – ça pour­rait lais­ser croire que

 

tout irait là, dans la chambre obs­cure, où écu­mer un peu de suie et dans un linge, tordre un reste de lumière

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