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Une Touffe d’Herbe

Par |2018-08-16T04:57:58+00:00 12 octobre 2013|Catégories : Blog|

 

Le vert sombre, le vert clair,
les pâles fleurs du roma­rin endé­mique,
bleu-gris comme les nuages bas de  la pluie,
et, der­rière, un intense vert héris­sé de
boro­nias, graines mon­tée, herbe des près,
char­dons et têtes de char­dons –
for­mant une pente, un talus bala­fré,
rete­nus  par des touffes d’agapanthe,
des gré­vil­leas grim­pants, des boro­nias encore :

des taches d’argile nue, dur­cie
expo­sée là où le ciel brûle la
sur­face, où bien là où de petites rigoles
empêchent l’herbe de prendre, offrent un
châle effi­lo­ché de fines mau­vaises herbes, des épi­lobes en épis,
une sorte de per­sil, des brin­dilles,
les débris d’écorce d’un euca­lyp­tus,
et la cha­leur de four du ciel bleu impla­cable
reflé­té  par des cailloux aux teintes de quartz

un grès
pas facile à sou­le­ver, des escar­pe­ments nains,
où ondulent des trembles
des pis­sen­lits, de petits séne­çons
en fleurs éga­le­ment. Il y a de fluettes vio­lettes,
aus­si, dont je pen­sais qu’elles avaient été
intro­duites, mais je les obser­vai :
elles sont endé­miques – bico­lores, pourpre
et mauve pâle (comme le lilas)

entre­la­cées au mou­ron des oiseaux
et au chien­dent. Le ter­rain monte plus ou moins
là, offrant la pos­si­bi­li­té
d’ouverture que demandent cer­taines espèces
autant que la pos­si­bi­li­té d’une com­plète éro­sion
par la pluie, la cha­leur qui fend
la terre – je veux dire, par le mou­ve­ment
des sols, aus­si natu­rel que les chan­ge­ments
qui creusent de lentes modi­fi­ca­tions

en qui­conque parle
sur les contours de l’âge et de l’usage.
Une de plus, c’est une
place pour toute chose, per­met­tant
Un ins­tant de trans­for­ma­tion – de sau­va­ge­rie –
comme un enre­gis­tre­ment
de ver­deur  par-delà la pos­si­bi­li­té
de l’œil (que voit-il ?) de clas­ser
le verre en cou­leur de paille,

ver­doyant ou éteint. La carte
d’un vert que redes­sinent des tour­billons de pin­sons fire­tail
en quête de graines. Dans une telle
vision par­tielle du monde, c’est ce que voit
l’œil de l’oiseau qui crée l’enchevêtrement dans un
espace fixe (pré­cis) pour les mots, ajou­tant
une fois encore cette touche de pâle
bleu de pluie, miroi­tant sous
le réseau des herbes :

une expres­sion comme
« la place de toute chose » pour­rait conve­nir
à ce regard qui traîne – bien que cela revienne
à dire « per­du pour ses pro­prié­taires », «  n’étant plus
man­tique , « innom­mé dans le dis­cours ». De petits
che­mins de terre. Tout demeure
jusqu’à ce vous com­pre­niez qu’il est
léger, chair incons­ciente ; et  qu’il se trans­forme en
vous,  comme vous en lui.

 

(tra­duc­tion : Marilyne Bertoncini)

 

 

A Patch of Grass

 

The dark green, the light green,
the pale native rose­ma­ry flo­wers,
blue-grey like low rain-clouds,
and, behind them, an intense spi­ked green
of boro­nia, seed­heads, mea­dow-grass,
thistles and thistle-heads –
a slope of them, a scar­red bank,
held down by aga­pan­thus clumps,
ram­bling gre­vil­leas, more boro­nia :

patches of bare, hard clay
expo­sed where the sun burns out the
sur­face, or where lit­tle run-offs
stop the grass from taking, offer a
tat­te­red shawl of thin weeds, spires of fire­weed,
a kind of pars­ley, twigs,
bark-lit­ter from a gum-tree,
and the bake of harsh, blue sky
reflec­ted in quartz-hued

pebbles, a sand­stone rock
not too easy to lift, dwarf-sized
escarp­ments waving with
shell grass, dan­de­lions, small ground­sels
also flo­we­ring. There are slen­der vio­lets,
too, which I thought had been
intro­du­ced, but I loo­ked them
up : they're native – two-toned, purple
and pale mauve (like lilac)

inter­la­ced with chi­ck­weed
and couch grass. The land slopes somew­hat
there, giving that chance
of open­ness which some spe­cies need
as well as the chance of dead ero­sion
by rain, by heat which splits
earth – I mean, by motion
of soils, as natu­ral as the shifts
which hol­low out slow changes

in any body talk-
ing on contours of age and use.
Taking one more, it's a
place for eve­ry­thing, allo­wing an
ins­tant of trans­for­ma­tion – of wild­ness –
as a regis­te­ring
of green­ness beyond the eye's
capa­ci­ty (what does it see?) to
grade green as straw-colou­red,

ver­dant, or sha­do­wed. A
green re-map­ped by swirls of fire­tails
on a seed-search. In such
half-seeing of the world, it's the bird's-
eye view which makes the tangle into a
fixed space for words, adding
once more that hint of pale
rai­ny blue, shim­me­ring beneath
the net­work of grasses :

a phrase like « everything's
place » might be appro­priate to this
lin­ge­ring gaze – though that's
to say, « lost to its people », « no long-
er man­tic, « not named in speech ». Small patch
of earth. It stays like this
until you unders­tand it
as light, uncons­cious flesh ; and it
becomes you, as you it.

from Wild Bees

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