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Valise of Memories

Par |2018-10-16T19:06:29+00:00 18 août 2014|Catégories : Blog|

 

In memo­ry of Margaret Maher, hou­se­maid & confi­dante of Emily Dickinson

 

My mis­tress filled my valise with her vowels —
the bat­te­red trunk that jour­neyed with me
from the sha­dow of Slievenamon.
Now she is dead.
She made me pro­mise to feed them to flames.
I can­not yet bring myself to do the deed.
I try to dis­miss their wild whis­pers
but they bang their fists against the walls
and stamp their syl­lables.
They long to live in the mouths and minds of stran­gers.
When I should be scrub­bing, cooking, swee­ping, clea­ning,
I am tor­men­ted by the quar­rel bet­ween the pro­mise
to my mis­tress and the bequest she left behind.
The soft grey wool of my mind is mar­ked by drop­ped stitches.
All day, I mumble and fumble, spill soup on my apron,
catch my fin­gers in the mangle.
Though I keep my chest clas­ped shut,
I can­not quie­ten their plea­ding.
Their sti­fled screams shake me from sleep.
I stumble to the chest, raise the lid, scratch a match.
The flame stares at her scrib­bled papers.
Pinching the spark bet­ween fin­ger and thumb,
I quench it and lift the papers from dark­ness, one by one.

 

*

Valise de Souvenirs

En sou­ve­nir de Margaret Maher, ser­vante et confi­dente d’Emily Dickinson

 

Ma maî­tresse a rem­pli ma valise de ses voyelles –
la malle usée qui voya­geait avec moi
depuis les ombres de Slievenamon.
Désormais elle est morte.
Elle m’a fait pro­mettre de les livrer aux flammes.
Je ne peux me résoudre à le faire.
Je tente d’ignorer leurs mur­mures sau­vages
mais ils cognent les murs de leurs poings
et tapent leurs syl­labes du pied.
Ils dési­rent ardem­ment vivre dans les bouches et les esprits d’étrangers.
Je suis tour­men­tée par cette que­relle entre pro­messe
à ma maî­tresse et legs qu’elle m’a lais­sé.
La douce laine grise de mon esprit est mar­quée de mailles tom­bées.
Tout le jour je bafouille et cafouille, ren­verse la soupe sur mon
tablier
coince mes doigts dans l’essoreuse.
Bien que je tienne mon coffre bien fer­mé,
je ne peux apai­ser leur prière.
Leurs cris étouf­fés me tirent du som­meil.
Je tré­buche vers la malle, sou­lève le cou­vercle, gratte une allu­mette.
La flamme regarde fixe­ment ses papiers grif­fon­nés.
Pinçant la lueur entre mes doigts,
je l’éteins et tire les papiers de l’ombre, un par un.

 

(tra­duc­tion Marilyne Bertoncini)
 

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