> Varsovie, rue Hibnera, mai 1983

Varsovie, rue Hibnera, mai 1983

Par |2018-12-14T12:08:15+00:00 1 juin 2012|Catégories : Blog|

 

Quand nous sommes assis en un cercle étroit
dans ce loge­ment comme sus­pen­du
au-des­sus d’une Varsovie enve­lop­pée de cha­leur et de peur,
par­mi des fleurs sans  cesse renou­ve­lées et des gens,
au milieu de la musique et de nom­breux livres qui
ne donnent pas de réponse
à ce qui vient de se pas­ser
quand – vivants – nous nous regar­dons
de crainte que demain ou après-demain
nous en puis­sions écou­ter ensemble l’Epitaphe
pour Wysocki ni pour une énième fois
relire ce poème de Wojaczek trans­crit sur le mur :
« A notre bêtise et à notre misère
« A l’endurance dans notre folie… »
Dans cette chambre exi­guë d’où la mort ne s’éloigne pas
Comme si elle nous vou­lait tous
Comme si nos conver­sa­tions chu­cho­tées
Rejoignaient les bruits dans la rue, d’une ago­nie col­lec­tive,
Comme si l’on avait en même temps à nous tous
Rompu les foies, reti­ré l’air,
Comme si l’on avait trans­for­mé notre lan­gage
En un jar­gon offi­ciel comme si
L’on nous avait endor­mis
En nous inter­di­sant de nous sou­ve­nir

Et quand une nou­velle aube tel un tueur à gages
S’insinue à la porte
Nous mour­rons ensemble une fois encore

Poème tra­duit du polo­nais par Lucienne Rey.

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