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Vers le nu

Par | 2018-05-25T09:19:39+00:00 2 novembre 2012|Catégories : Critiques|

Le livre est com­po­sé de quatre ensembles poé­tiques, il com­mence par Le Grand voyage et se ter­mine par Le muet chante. Les pages s’ouvrent cepen­dant sur une belle pré­face de Bernard Noël. Un poète que l’on ne connaît pas et qui béné­fi­cie de la plume d’un tel pré­fa­cier, cela attire l’œil. Le texte de Bernard Noël com­mence ain­si : « Le tou­cher unit Je et Tu : il prive un ins­tant les mots de leur pou­voir car le geste pro­page un silence. Puis je ou Tu fait signe et la nudi­té de la lettre s’étend entre eux et les sépare. Conséquence : « deux puis un et un /​ tou­chés intou­chables ». Ces deux vers, dans leur briè­ve­té extrême, condensent l’irrémédiable. Leur sim­pli­ci­té dis­si­mule la vio­lence tra­gique de la sépa­ra­tion et de la fata­li­té ». Et en effet, le livre refer­mé, on sai­sit la per­ti­nence de la lec­ture faite par le poète des mots de sa condis­ciple. Les poèmes de Rodowska sont concis, dans un geste contraire au lyrisme. Nous ne dirions pas, comme le fait Noël, que cette poé­sie est théo­ri­que­ment « anti-lyrique » car, si elle l’est effec­ti­ve­ment dans sa forme, on retrouve en son sein bien des élans du chant – sur le fond. Elle échappe, de mon point de vue, à ce vieux débat qui ne cesse de resur­gir comme un ser­pent de mer. Un débat dont l’intérêt est deve­nu tout rela­tif quand nous vivons ce temps-là. Celui de l’exil du poème hors du monde faux qui se pré­tend main­te­nant réa­li­té.

De quoi parle la poé­sie de Rodowska : des corps et du corps, du lan­gage, des liens et des dés­unions, de la mala­die et de la mort. De la renais­sance au-delà des affres de l’existence, des nais­sances et des renais­sances mul­tiples. C’est une poé­sie qui contient une cer­taine forme de mys­ti­cisme nous dit le pré­fa­cier, ce à quoi nous sous­cri­rons. Une poé­sie qui sait l’enjeu contem­po­rain, en ce début bien enta­mé de 21e siècle. Et ce qui est en jeu ne s’inscrit plus dans les débats d’hier, sur les formes poé­tiques, mais plu­tôt sur le rôle du poème dans la dés­union en cours entre l’homme et la réa­li­té du monde. Devant un tel enjeu, la ques­tion qui se pose est immé­dia­te­ment celle de la poé­sie. Ce que Rodowska sait bien, elle dont les vers s’inscrivent dans une quête de ver­ti­ca­li­té. Du coup, l’acte de sim­pli­ci­té qui carac­té­rise cette poé­sie peut être com­pris, et c’est ain­si que je le com­prends, comme un dépas­se­ment des débats anciens, un acte de réunion. L’acte de ceux qui sont en che­min, lais­sant là le sté­rile et le déjà mort, au pro­fit de la Geste poé­tique conçue comme recours face au Mal qui est déjà là.

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