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Voyageuse bleue

Par | 2018-05-28T01:20:55+00:00 3 mai 2014|Catégories : Blog|

 

Onel

Voyageuse céleste, du fond de l’abîme, tu pré­pares tes nobles parures afin de venir à ma ren­contre dans le désert. Et moi je suis cette ombre qui sort de mon corps, sur un che­min que per­sonne n’a par­cou­ru. Muets sont mes yeux et  silen­cieux sont les bruits de mes pas, seule la pous­sière se sou­lève sur mon  pas­sage. Lorsque j’arrive au pied d’une mon­tagne, la voix et la plainte d’un enfant frappent les roches que la pous­sière n’a pas encore recou­vertes. Je ne sais pas si  je m’éloigne ou si je me rap­proche de ton regard, étran­gère bleue, toi qui m’attends déjà quelque part, comme l’obscurité attend le jour.

Voyageuse

A qui appar­tiennent  cette voix qui tremble là-bas et cette ombre repliée qui reste dans un coin ? Voilà qu’elle tend ses bras comme si elle par­lait avec l’air, mais le vent pen­dant qu’elle tente de faire un pas, tire en arrière sa che­ve­lure noire. Ses jambes som­no­lentes, comme  atta­chées sur la terre le retiennent, et ses yeux comme des para­digmes exi­lés, regardent l’étrange ombre, qui du bout de la route lui fait signe.

Onel

Je ne sais si je dois tra­ver­ser cette rue ou l’autre, Voyageuse céleste, toi qui semble sur­veiller mon des­tin sans atten­tion. Je crois te voir mais je ne te vois pas,  c’est  ma mémoire fati­guée  qui confond alors les che­mins et ton visage. Quelque fois, je res­sens le froid et quelque fois la peur et le doute lorsque je passe par des endroits comme ceux-là. Là-bas, je vois un enfant qui traîne les déchets qu’il trouve dans le désert. Quelqu’un se rap­proche de lui et il ne voit que les pierres qu’il tient entre ses mains. L’enfant ne fait que me regar­der et en me regar­dant, il ne veut pas s’éloigner, mais il  finit par s’éloigner.

Voyageuse

Ses pas s’enfoncent peu à peu soit dans la pous­sière, soit dans la boue qui inonde son che­min. Il est dif­fi­cile de voir son visage. Mais ce pro­fil, il me semble l’avoir déjà vu quelque part. Qui donc pour­ra oublier sa bles­sure ? Lorsqu’il était enfant, ils l’avaient tous vu tra­ver­ser un fleuve et il por­tait déjà  la trace de cette bles­sure sur son front. Il conti­nue donc à être l’herbe flé­trie dont per­sonne ne se sou­cie.

 

 

Traduit de l’espagnol (Pérou) par Sophie Ferreira Ramos

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