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Vue Imprenable

Par |2018-11-19T06:31:15+00:00 1 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

du doigt de l'œil et de la langue au point du jour un deman­deur d'asile explore tour à tour toutes les ouver­tures

*

une mouche sur la joue gauche
sur le front une libel­lule
un ver lui­sant au bout d'un doigt
une plume de givre entre les lèvres
une cou­leuvre autour du cou
un pois­son d'or entre les seins
et sur la vulve un lézard bleu

 *

ayant bou­ché toutes les ouver­tures
elle se couche sur la table
et fer­mant les yeux mur­mure "vue impre­nable"

 *

l'aube bat des pau­pières
un ramier s'apprête à jaillir
du feuillage
          un autre retient son souffle
un bal­lon bleu roule sur la chaus­sée
une femme hurle dans l'immeuble d'en face
– le temps se dilue dans l'espace
des lam­beaux de ciel fauve jonchent le sous-bois
les cha­ro­gnards s'en donnent à cœur joie
– la boîte noire demeure introu­vable

 *

les fleurs sur la table
l'oiseau sur la branche
les mots sur la page
a mort sur la route
les cris sur la plage
le sang sur les murs
les pas sur la neige
– la vue sur la mer

*

dedans dehors tout devient cendre
sans même avoir pris feu – seule dès lors
sur­vit la voix du vent

*

sou­dain plus rien n'existe
que le fré­mis­se­ment des feuilles
la lumi­neuse danse des ramures
– seul émerge sou­dain seul sur­vit corps et âme
cet érable solaire qui remue
sous mes yeux
          en plein vent

*

ter­mi­nus – Notre-Dame de la soli­tude –
en silence aus­si­tôt tout le monde des­cend
sans deman­der son reste

*

n'ayant plus rien à boire
il fris­sonne divague
réca­pi­tule mar­monne des noms
de villes et de fleuves
ricane
          hoquette
bat des pau­pières
– tri­pote son por­table

*

à l'ombre des palé­tu­viers
je glisse par­mi les roseaux
cet oiseau-mouche est mon ange gar­dien
cette pirogue mon cer­cueil
repous­sez-moi dou­ce­ment vers le large
mêlez l'écume de vos rêves
aux bri­sures de ma mémoire
le jour baisse à vue d'œil
le ciel a la cou­leur du vide
l'eau ne reflète rien
la nuit tombe
          (ah si vous saviez…
– mais c'est une autre his­toire)

*

tout est calme il fait doux
sur l'esplanade seul un infirme titube
en rêvant qu'il giboie
la brume couve un âge d'or
le silence par­achève son œuvre
le temps retient son souffle
– et le rivage lève l'ancre

 

Genève, 2012

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