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Wislawa Szymborska

Par |2018-08-15T17:25:49+00:00 5 avril 2012|Catégories : Blog|

            Wisława Szymborska, née le 2 juillet 1923 dans le vil­lage de Prowent , voi­sin de Bnin aujourd'hui dans la com­mune de Kórnik à moins de 25 km au sud-est de Poznań et morte le 1er février 2012 à Cracovie en Pologne, est une poé­tesse polo­naise. Elle a reçu le prix Nobel de lit­té­ra­ture en 1996.

 

            En 1931, sa famille démé­nage à Cracovie. Elle com­mence en 1945 des études de langue et de lit­té­ra­ture polo­naises avant de s’orienter vers la socio­lo­gie à l'Université Jagellonne de Cracovie2. Elle s’y implique bien­tôt dans les cercles de créa­tions lit­té­raires locaux ; elle ren­contre Czesław Miłosz et subit son influence. En mars 1945 elle publie son pre­mier poème « Szukam sło­wa » (« Je cherche des mots ») dans le quo­ti­dien, Dziennik Polski ; ses poèmes conti­nuent à être publiées dans divers jour­naux et pério­diques pen­dant un cer­tain nombre d'années. En 1948 ses mau­vaises condi­tions finan­cières la contraignent à aban­don­ner ses études sans avoir obte­nu de diplôme ; la même année, elle épouse le poète Adam Włodek , dont elle divorce en 1954 (ils conservent cepen­dant des rela­tions étroites jusqu'à la mort de Włodek en 1986). Le couple n'eut pas d'enfants. À l'époque de son mariage, elle tra­vaillait comme secré­taire pour un maga­zine d'éducation parais­sant toutes les deux semaines ain­si que comme illus­tra­trice.

 

            Son pre­mier livre aurait dû être publié en 1949, mais ne passe pas le cap de la cen­sure car il « ne répon­dait pas aux exi­gences socia­listes ». Au début de sa car­rière, cepen­dant, et comme beau­coup d'autres intel­lec­tuels dans la Pologne de l'après-guerre, elle adhère à l'idéologie offi­cielle de la République popu­laire de Pologne, allant jusqu’à signer le 8 février 1953 une péti­tion poli­tique hon­teuse qui condam­nait des prêtres polo­nais accu­sés de tra­hi­son dans un simu­lacre de pro­cès . Ses pre­mières œuvres sou­tiennent éga­le­ment les thèmes socia­listes, comme on le voit dans sa col­lec­tion qui date de ses débuts Dłatego żyje­my (“C'est ce pour quoi nous vivons”), qui contient les poèmes « Lénine » et « Młodzieży budu­ją­cej Nową Hutę » (« Pour la jeu­nesse qui construit Nowa Huta »), au sujet de la construc­tion d'une ville indus­trielle conforme aux idées sta­li­niennes près de Cracovie.

 

            Membre du par­ti ouvrier uni­fié polo­nais (com­mu­niste) au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale, Wisława Szymborska s'en éloigne au cours des années 1950 en fré­quen­tant cer­tains milieux dis­si­dents, comme ceux de la revue Kultura, édi­tée à Paris. Elle quitte fina­le­ment le par­ti en 1966. Ses deux pre­miers recueils sont d'inspiration com­mu­niste, les sui­vants sont plus per­son­nels. Elle a reje­té ses textes de jeu­nesse trop assu­jet­tis, selon elle, aux impé­ra­tifs du réa­lisme socia­liste. Dans Wołanie do Yeti (L’Appel au yéti, 1957), elle com­pare Staline à l'abominable homme des neiges. Ses ouvrages à venir : Sól (Sel, 1962), Sto pociech (Mille Consolations, 1967), Poezje (Poèmes, 1970) et Tarsjusz i inne wiersze (Tarsus et autres poèmes, 1976) montrent l'étendue de son registre, mêlant plu­sieurs consi­dé­ra­tions phi­lo­so­phiques à un humour raf­fi­né dans l'évocation détaillée et lucide du quo­ti­dien. Wisława Szymborska se veut res­pec­tueuse d'une cer­taine tra­di­tion euro­péenne clas­sique, pré­fé­rant des vers har­mo­nieux et mesu­rés à des excès de lan­gage. Le recueil consi­dé­ré comme son chef-d'œuvre est Wszelki wypa­dek (Le Cas où), paru en 1972, qui entraîne la consé­cra­tion lit­té­raire dans son pays. Chacun des recueils sui­vants a ren­con­tré le même écho.

 

            En dehors de la Pologne, son œuvre est par­ti­cu­liè­re­ment connue et appré­ciée en Allemagne. Elle a par ailleurs tra­duit en polo­nais plu­sieurs ouvrages fran­çais de l'époque baroque, en par­ti­cu­lier des extraits d'Agrippa d'Aubigné et de Théophile de Viau.

 

            Bien qu'il soit dif­fi­cile de juger une tra­duc­tion sans en connaître la langue, les vers en fran­çais semblent conformes à la pen­sée et aux inten­tions de l'auteur en y expri­mant net­te­ment la haine, la bêtise, le ter­ro­risme et la tor­ture dans la des­crip­tion d'un monde com­po­sé d'horreurs et de souf­frances, sur un ton où l'humour et l'ironie s'entremêlent. Cette poé­sie vou­drait éveiller le désir pour faire renaître une foi forte, aveugle et sans dogmes. Son enga­ge­ment fait de la conscience une valeur de réfé­rence.

 

            En 1996, Wisława Szymborska est cou­ron­née du prix Nobel de lit­té­ra­ture, décer­né selon la moti­va­tion expri­mée par l'Académie sué­doise, « pour une poé­sie qui, avec une pré­ci­sion iro­nique, per­met au contexte his­to­rique et bio­lo­gique de se mani­fes­ter en frag­ments de véri­té humaine. ». Cette recon­nais­sance a per­mis de mettre en lumière, sur le plan inter­na­tio­nal, une œuvre poé­tique rela­ti­ve­ment mécon­nue en dehors de la scène ger­ma­no-polo­naise.

 

Neuf recueils sont parus entre 1952 et 1993, avant l'obtention du prix Nobel :

 

 Pourquoi nous vivons (1952)

 Questions à soi-même (1954)

 L'Appel au Yéti (1957)

 Sel (1962)

 Cent conso­la­tions ou Cent blagues, tra­duc­tion de Sto pociech (1967)

 Le Cas où (1972)

 Un Grand Nombre (1976)

 Les Gens sur le pont (1986)

 Fin et début (1993)

 

D'autres recueils suivent après le Nobel, notam­ment :

 

 Vue avec un grain de sable (Widok z ziarn­kiem pias­ku), Wydawnictwo, Poznań, 1996

 L'Instant (Chwila), Znak, Cracovie, 2002, publié en anglais sous le titre Moment, 2003

 Bout rimés pour les grands enfants (Rymowanki dla dużych dzie­ci), Wydawnictwo, Cracovie, 2003, réédi­tion 2012

 Deux points (Dwukropek), Wydawnictwo, Cracovie, 2005

 Nic dwa razy. Nothing Twice (édi­tion bilingue polo­nais-anglais), Wydawnictwo Literackie, Cracovie, 2007

 Un Amour heu­reux (Miłość szczęś­li­wa), Wydawnictwo, Cracovie, 2007

 Ici (Tutaj), Znak, Cracovie, 2009

 Le Silence des plantes (Milczenie roś­lin), Znak, Cracovie, 2011

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