> Yannis Ritsos

Yannis Ritsos

Par |2018-11-20T23:32:52+00:00 20 janvier 2013|Catégories : Blog|

Né le 1er mai 1909 à Monemvassia (Péloponnèse), Yannis Ritsos est fils d’une grande famille de pro­prié­taires ter­riens rui­née par la folie du père, la mort pré­ma­tu­rée de la mère et d’un frère empor­tés par la tuber­cu­lose. Adolescent, il est lui-même atteint par cette mala­die. Pendant plu­sieurs années, sa vie se par­tage entre des séjours en sana­to­riums (où il s’initie au mar­xisme) et dif­fé­rents petits métiers (dan­seur, comé­dien, dac­ty­lo­graphe…).

Ses pre­miers poèmes paraissent dès 1924, d’abord dans des revues. Mais c’est en mai 1936 que Ritsos fait une appa­ri­tion écla­tante sur la scène lit­té­raire, quand la répres­sion san­glante de la mani­fes­ta­tion des ouvriers des manu­fac­tures de tabac à Thessalonique lui ins­pire Épitaphe, lamen­ta­tion d’une mère devant le corps de son fils mort et chant de pro­tes­ta­tion contre l’injustice sociale. Ce long poème, qui com­bine la ver­si­fi­ca­tion de la chan­son popu­laire et la langue savante, les échos des lamen­ta­tions de la Vierge et des chants funèbres tra­di­tion­nels, est publié par le jour­nal de Parti com­mu­niste. Sous le coup de la cen­sure, Épitaphe a « l’honneur » d’être brû­lé aux côtés des ouvrages de Marx, Lénine, Gorki, Anatole France… Dès lors, le des­tin de Ritsos sera inti­me­ment lié aux tour­ments de l’histoire grecque.

1937-1943 : Période de l’explosion lyrique, d’un lyrisme en vers libre, influen­cé par la poé­sie moderne et le sur­réa­lisme, mar­qué par une ima­gi­na­tion exu­bé­rante qui sait néan­moins s’ancrer dans la sim­pli­ci­té des choses. Le Chant de ma sœur, écrit après l’hospitalisation de sa sœur en cli­nique psy­chia­trique, sus­cite la réac­tion enthou­siaste du poète Palamas : « Nous nous écar­tons, poète, pour te lais­ser pas­ser. » La Symphonie du prin­temps, com­po­sée en pleine dic­ta­ture de Metaxas, est un hymne à l’amour, à la nature, à la vie, tan­dis que des poèmes ulté­rieurs tra­duisent avec réa­lisme l’horreur de l’Occupation mais aus­si l’espoir et la confiance dans les forces de la Résistance.

1944-1955 : Sous l’Occupation, Ritsos, bien que gra­ve­ment malade, s’engage dans le Front de libé­ra­tion natio­nale. Pendant la guerre civile, en 1948, il est dépor­té dans les îles de Limnos, Makronissos, Aï-Stratis et est libé­ré en 1952 sous la pres­sion de l’opinion inter­na­tio­nale et de figures comme Aragon, Neruda, Picasso… C’est le temps des poèmes de lutte et d’exil. L’épopée de la Résistance mais aus­si son tra­gique épi­logue marquent Grécité. Ritsos y élève l’hellénisme com­bat­tant en sym­bole de résis­tance et de liber­té. Temps de pierre et Journal de dépor­ta­tion évoquent, dans un lan­gage dépouillé, l’enfer des camps, la tor­ture, les humi­lia­tions.

1956-1966 : Le mariage de Ritsos avec une méde­cin samiote (en 1954) puis la nais­sance de sa fille inau­gurent une période plus calme. Il écrit les pre­miers mono­logues dra­ma­tiques qui com­po­se­ront la Quatrième dimen­sion. Il y revi­site notam­ment quelques grandes figures de la mytho­lo­gie grecque (Oreste, Hélène, Agamemnon…) ou donne voix aux per­son­nages oubliés (Ismène, Chrysothémis), met­tant au jour des aspects peu connus ou inédits de leur psy­chisme, explo­rant leurs conflits inté­rieurs. Parallèlement, en marge de ces grandes com­po­si­tions, Ritsos cultive de plus en plus le poème court, laco­nique, fami­lier, où il retrans­crit les moindres gestes, les remous de l’âme, dia­logue avec le micro­cosme des choses (meubles, outils…), poé­ti­sant le quo­ti­dien.

1967-1971 : Après le putch des Colonels, Ritsos est de nou­veau arrê­té et dépor­té dans les îles de Yaros et de Léros. Très malade, il est fina­le­ment libé­ré en 1970. Les Dix-huit petites chan­sons de la patrie amère sont un hymne au com­bat du peuple grec pour la liber­té, tan­dis que Pierres répé­ti­tions grilles ou Le Mur dans le miroir évoquent dans une langue simple, sans plainte, un quo­ti­dien réduit à l’élémentaire et, à tra­vers le vécu per­son­nel, la souf­france col­lec­tive.

1972-1983 : Les com­po­si­tions des années 1970-1980 (Graganda, Devenir, Le Chef d’œuvre sans queue ni tête…) adoptent de nou­veaux moyens d’expression : l’écriture post-sur­réa­liste, tan­tôt lyrique, joueuse ou sar­cas­tique, bou­le­verse la cohé­rence tem­po­relle et logique, créant un uni­vers four­millant d’images et de sou­ve­nirs. Dans les œuvres de cette époque, l’amour tient une place pri­mor­diale ; la sen­sua­li­té, l’érotisme, aupa­ra­vant latents et cryp­tés, se libèrent.

1983-1986 : Avec Iconostase des saints ano­nymes, Ritsos pro­longe dans la prose l’expérience d’une grande liber­té d’expression.

1988 -1989 : Ritsos écrit entre Samos et Athènes ses der­niers poèmes qui consti­tue­ront le recueil Secondes.

1990 : mort à Athènes de Yannis Ritsos, le 11 novembre.

1991 : paru­tion à titre post­hume aux édi­tions Kedros (Athènes), de Αργά, πολύ αργά μέσα στή νύχτα (« Tard, bien tard dans la nuit ») qui réunit les quatre der­niers recueils de Ritsos, dont Secondes (Δευτερόλεπτα) est le der­nier. Secondes a été tra­duit en espa­gnol, en cata­lan et en anglais. En France, un recueil inti­tu­lé Tard bien tard dans la nuit, tra­duit par Gérard Pierrat est paru en 1995 aux édi­tions Le Temps des cerises, avec seule­ment les trois pre­miers recueils de l'œuvre homo­nyme ori­gi­nale.

X