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Yves Leclair, Cours s’il pleut

Par | 2018-02-20T02:36:51+00:00 8 juin 2014|Catégories : Blog|

L'histoire de la poé­sie occi­den­tale est faite de rup­tures suc­ces­sives pour se libé­rer des formes. Mais depuis quelques dizaines d'années, la forme fait un retour en force tout en incor­po­rant la notion de liber­té. Aragon a renou­ve­lé la rime, les poètes aujourd'hui créent sans cesse de nou­velles formes. Pour dire les choses vite… Yves Leclair, très libre­ment, se donne des cadres pour cap­ter le temps qui passe.

    Le recueil est soi­gneu­se­ment construit et l'aspect for­mel est évident. Cinq par­ties le com­posent, la deuxième étant elle-même divi­sée en trois suites ; au total donc, ce sont sept ensembles qui se carac­té­risent par la forme uti­li­sée.

Doucement les basses est com­po­sée de dis­tiques où l'enjambement, par­fois, vient cas­ser ce qui pour­rait être mono­to­nie. Les poèmes évoquent des lieux dif­fé­rents et, repris de manière non chro­no­lo­gique, ont été écrits de 2000 à 2011.

Haut Pays Bas (Voix céleste I) regroupe de faux son­nets (deux ter­cets et deux qua­trains) écrits aux Pays-Bas en 2002 et 2004.

D'un unique trait de pin­ceau (Voix céleste II) aligne des pavés de vers libres écrits en Italie, en Crête, en Tunisie et en Syrie à des dates dif­fé­rentes.

Vues impre­nables (Voix céleste III) donne à lire des dizains.

Cité des Dieux offre au lec­teur des neu­vains (sauf le pre­mier et le der­nier poèmes qui sont des dizains).

Vers salu­taires pré­sente des poèmes com­po­sés de ter­cets.

Derniers vers pour la route est exclu­si­ve­ment fait de strophes de 9 vers (sauf l'envoi du der­nier).

    On remar­que­ra aus­si l'humour qui tra­verse ces titres mais aus­si, à l'occasion, cer­tains poèmes ("Je marche très à ras de terre /​ et traîne tant les pieds usés /​ […] /​ que mes vers n'ont plus de talon"). Même le titre du recueil est un clin d'oeil au parc de Courcilpleu. Aussi que chaque poème se ter­mine par des indi­ca­tions qui pré­cisent les cir­cons­tances dans les­quelles il a été écrit : date, lieu, mais aus­si réfé­rences à d'autres écri­vains, sou­ve­nirs de lec­ture… Comme si pour Yves Leclair, il fal­lait rela­ti­vi­ser les choses. On a là comme une sorte de maté­ria­lisme de l'écriture qui prend le contre-pied des grandes pré­ten­tions qui sombrent par­fois dans l'idéalisme le plus confus. Quelques exemples : "Visite à mon père, Martigné-Briand, 12 jan­vier 2011", "Oggiogno, de notre petit ermi­tage, au-des­sus du lac Majeur (Italie), 8 août 2002" ou "De Sfax (Tunisie) à Alep (Syrie), et sur un titre de trans­port emprun­té à Jacques Réda, 8 avril 1999"…) Ce titre de trans­port n'est pas iso­lé : on trouve aus­si d'autres sup­ports comme un ticket de caisse ou de sta­tion­ne­ment ; c'est dire l'urgence de mettre au monde le poème (urgence qui peut aller jusqu'au geste du cal­li­graphe comme dans D'un unique trait de pin­ceau).

    Que rete­nir de ce par­ti-pris ? Yves Leclair com­mence ses poèmes par de l'anecdotique : "Je feuillette, ce soir, le petit livre", "Dans la rue pié­tonne, un rou­tard /​ […] /​ joue de mémoire un concer­to" ou "Les deux cou­vreurs ont répa­ré le toit d'ardoises"… et ça se ter­mine en s'ouvrant sur l'universel : "… une biblio­thèque /​ per­due au fond des sables du désert", "On se croi­rait à l'IRCAM, tant /​ sa ruine confine au chef-d'œuvre" ou " … le vio­lon /​ prend l'eau et l'âme en chan­tant sous la langue". La preuve que les choses les plus humbles peuvent être à l'origine de la poé­sie…

 

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