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NOUS

By | 2018-01-22T07:04:19+00:00 21 avril 2014|Categories: Blog|

 

                 Le vent ayant ava­lé d'imprévisibles oiseaux  s'est réfu­gié dans les mots qui   n'osent plus ouvrir la bouche . Nous, nous avons héris­sé notre langue  de défense  dans la gorge du silence afin que l'angine rouge du poème mûrisse la parole sans ori­gine, la parole d'immédiate source.

 

*

 

                Orfèvre voyant, le temps, ponc­tué de trous noirs,d'absences

enso­leillées râpièce la voix qui ordonne  toute ascen­dance céleste ou  asser­mente le râle d'écrire.

                Ne pac­ti­sant plus avec les pen­sées qui se dis­sipent des cala­mi­teuses émo­tions, nous ne guet­tons, solen­nels, qu'en lune noire ; les codes échap­pant à l'esprit de l'affolante ago­nie géné­rale.

 

*

 

                Pluie de suie, gré­sil rouge − réel acide émiet­té…

                L'oeil cherche la parole à laquelle nous avons voué

avec fer­veur  naïve et abné­ga­tion déses­pé­rée tous nos innom­brables ren­dez-vous de soli­tude. Désormais, ne pou­vant plus comp­ter que sur ce qui nous pré­cède ou nous aspire irré­sis­ti­ble­ment, nous allons à l'ignorance la plus vide, la bien­heu­reuse incon­nais­sance.

 

*

 

                Entre les brouillons de l'éveil et les marges de la per­fi­die men­tale, la fan­tasque et lou­foque alié­na­tion nous dis­qua­li­fie dans la len­teur écar­te­lée.

                Avisés que les reflets ampli­fi­ca­teurs de notre incroyable léthar­gie vou­lant finir d' ensom­meiller notre peu de soif, nous car­dons notre patience, l'étrillons, pour faire de  notre coeur un ardent buis­son de roses, de notre âme un pain de ciel ouvert.

 

*

 

                Faute d'être la véri­table peau, l'originel visage de ce corps qui n'est qu'une lettre qu'il nous faut atti­ser, nous avan­çons notre langue d'attaque  dans la gorge du silence, afin, que le bruis­se­ment du sel écume le feu d'un autre nom.

 

*

 

                          (la soif entre deux poèmes est un désert)

 

                Le silence gré­sille de l'écho que midi pré­fi­gure et que minuit lui ren­voie.

                C'est par l'aurore pres­sen­tie que nous avons fran­chie, que nous nous sommes avi­sés ; par la langue déprise du fouet du temps et les mots d'une autre parole que nous nous sommes ver­ti­ca­le­ment édi­fiés pour ne plus être que cha­cun de nos poèmes, pour les autres tout ce que nous sommes, même quand nous ne sommes pas.

 

*

 

                Notre rythme est celui du soleil sur les eaux ; de la pierre qui fait bruire le sel de son bat­te­ment ; de la mer qui oriente nos routes, nos che­mins, nos sen­tiers mule­tiers jusqu'au delà des marges qui nous savent, de leurs lignes qui nous guident et ne nous guident plus….là, où nous pou­vons édi­fier des mesures de silence immo­bile où croître hors du nom.

*

                Maintenant  le pas le plus sûr est celui qui se fait dans l'espoir rugueux du sui­vant, où de la halte défi­ni­tive. Aussi, nous n'avons ni à pres­ser le pas, ni à nous retour­ner, ni à rebrous­ser che­min, ni à nous arrê­ter, si ce n'est que pour mieux nous mou­voir en notre sang, nous réac­cor­der avec notre coeur ou avec le grand souffle uni­ver­sel qui nous res­pire.

Nous

By | 2018-01-22T07:04:19+00:00 16 janvier 2014|Categories: Blog|

 

Nos deux mondes se parlent, s’effleurent et puis se frôlent,
                sans jamais se tou­cher,  comme si nos deux corps
                               se refu­saient à l’autre.
Perméables à l’esprit, se jouant sans comp­ter
                du ciel et de la terre,  du tré­fonds des enfers
                               aux clés du para­dis. 
Hésitant à tis­ser une toile entre nous, 
                sur l’écrin de nos peaux  cra­que­lées de dési­rs,
                               le voile de la pudeur  habille tout l’espace
                                               de nos cœurs orphe­lins des amours dis­pa­rues.
Je vous embras­se­rais,  si vous lais­siez mon nom
                fleu­rir sur vos lèvres.
Je vous embra­se­rais sur les champs de l’amour,
                si vous lâchiez vos guerres  et vos ser­ments per­dus.
Je vous cares­se­rai s, bien lovés peau à peau,
                si vous vou­liez quit­ter  vos armoi­ries dorées
Tous les bruits de fureur  ces­se­raient dans l’instant
                et nos nuits sans non-dit seraient notre pré­sent. 
                               En silence et sans arme, nos temps s’accorderaient.

 

NOUS

By | 2018-01-22T07:04:19+00:00 10 septembre 2012|Categories: Blog|

 

Nous ne nous par­lons qu’au télé­phone
Pour que nos regards
Ne se ren­contrent pas
Et n’aillent pas racon­ter aux autres
A quel point nous nous sommes aimés
L’un et l’autre
Et à quel point nous nous sommes bles­sés
L’un et l’autre
Et nos voix
Comme le cri des fla­mants roses
Ont donc appris à men­tir
En quelque sorte.

 

Traduit par André Mathieu