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SIX LIEUX

By | 2018-01-23T20:27:22+00:00 16 novembre 2013|Categories: Blog|

 

L’oracle des cyprès donne sa flamme à l’entrée du che­min. Les vignes sou­mises, feuilles basses, devant les pierres dres­sées pour le mur, ruminent quelques restes noc­turnes. Les chauves sou­ris dans l’oliveraie en perte d’obscurs tissent les gestes du pas­sé aux ronces dis­tin­guées. Tous quittent leur gangue noire, pré­cisent leur nom, un à un sur la col­line, à com­men­cer par cet arbre aux fruits excen­triques d’or et de sang mêlé.

Aujargues

 

 

 

La nuit vient. L'on passe devant une mai­son fai­ble­ment éclai­rée et l'on se dit, c'est là que je veux vivre. Avec cette femme incon­nue qui se repose sous l'abat jour.

Vertamboz

 

 

 

Adolescent, je pro­fa­nais les tombes en hur­lant dans la nuit. Arrachant les croix de mau­vaises qua­li­tés pour les jeter aux ronces. Aujourd'hui, je lis les meilleures feuilles funé­raires et je me pro­mène cal­me­ment dans les cime­tières, sachant que là-des­sous il n'y a per­sonne. Le vent dans les pins, comme un applau­dis­se­ment.

Saint Maurice de Sorgues

 

 

Nous pre­nons le vent, côte à côte, la grande éolienne et moi. Sans un mot. Parfois, nous tour­nons la tête dans la même direc­tion. Sans même nous concer­ter.

Millau

 

 

Ce matin, bâton de brume à la main. Vers Mascourbe, je pen­sais écrire le déblanc des amé­lan­chiers. Maintenant l'éclat oran­gé d'une seule feuille de buis comme un bijou dans le che­min. Ô cra­pauds, pre­miers mar­cheurs ter­restres et pre­mières mains. On che­mine len­te­ment dans le vil­lage pour arri­ver jusqu'au soir. La seule occu­pa­tion est celle du vent dans les ruelles. L'alyte dans la nuit appro­fon­di­ra notre pré­sence à la fenêtre ouverte dans l’obscur.

Latour sur Sorgues

 

 

Le peintre était debout au beau milieu d’une espla­nade d’armoises. Devant des mil­liers d’arbres ronds pou­drés de brume et de lumière. Immobile devant son che­va­let. Le prin­temps trou­blait les feuillages. Le calme du pay­sage se mélan­geait à sa toile. Se répan­dait sur sa toile, en toute évi­dence. J'ai aimé cet incon­nu qui m'a don­né le jour sans un mot. Je ne peux l’oublier. Il y a si long­temps. Il faut dire que ce jour-là, le pay­sage lui res­sem­blait !

Sisteron