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3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 29 novembre 2015|Catégories : Blog|

 

Les sur­in­ten­dants du 3152 Avenue Hull

 

Dans l'appartement en sous-sol, du plus loin qu'il m'en sou­vienne,
je regar­dais depuis la car­casse d'une baleine,
les bar­reaux de mon lit-cage,
une fenêtre à hau­teur d'appui, midi
sai­si comme une brève lumière oblique.
Là dans l'étroite cour encais­sée elle m'envoyait
jouer dehors près des pierres
brutes des fon­da­tions, qui à l'instant même,
unique ves­tige de ma mémoire, me semblent colos­sales.
Les seules cou­leurs étaient le bleu franc
et le vert per­sis­tant des sumacs qui pous­saient
dans chaque cre­vasse de ces murs et pen­daient
entre ciel et terre, exo­tiques comme des palmes tro­pi­cales
pour un gamin du Bronx. Mon père taillait
tous ceux qu'il pou­vait atteindre, comme si le gris était
une ver­tu qu'il ne trou­vait jamais assez par­faite.
En revanche, c'était ma mère qui finis­sait
ces murs, leur don­nait leur tex­ture finale,
gra­nu­leuse et grasse, comme la suie :
Rentrant en flâ­nant de mes jeux,
je la trou­vais, dans une caverne rem­plie de char­bon,
pen­chée devant des portes de fonte ouvertes, nour­ris­sant pelle
après pelle son insa­tiable dieu secret.

 

 

 

The Superintendents of 3152 Avenue Hull

 

In that base­ment apart­ment of first memo­ries
I looks out of a ske­le­tal whale,
the rib­bed cage of my bed, out through
deep-silled win­dow, into mid­day
caught as a brief slant of sun­light.
There in the nar­row sun­ken yard she’d send
me out to play beside the rough
foun­da­tion stones, which even now,
just one of memory’s ruins, seem colos­sal.
The only colors were the blue straight up
and the per­sistent sumacs’ green that sprang
from any cre­vice in those walls and hung
in midair, exo­tic as tro­pic palms
to a Bronx boy. My father hacked off all
that he could reach, as if gray­ness were
a vir­tue he could never quite per­fect.
Instead, it was my mother who com­ple­ted
those walls, gave them their las­ting tex­ture,
gra­nu­lar and oily, as soot will be :
Wandering back inside from play,
I found her, in a cavern hea­ped with coal,
stoo­ped before open iron doors, fee­ding sho­vel
by sho­vel her secret uncon­tai­nable god.

 

***

 

 

Ancien voi­si­nage

 

Voyant un démon de pous­sière s'emparer
des der­nières feuilles d'automne et des lam­beaux
d'un Daily News – les années filent au loin

et une fois encore à bout de bras
je tour­noie au-des­sus de son visage,
pris de ver­tige à force de trem­bler et de rire.

L'orme sème des étin­celles en haut de la Webster Avenue.
Le néon de Louie's Bar & Grill bour­donne,
avec des sac­cades ner­veuses. Ma mère

attend quatre volées plus haut, avec, vei­nées
de bleu, ses mains sèches et noueuses.
Je suis plus léger qu'un mot

qu'il n'a jamais dit. M'aurait-il lais­sé par­tir
j'aurais cir­cu­lé au som­met des toits,
n'en serais jamais des­cen­du.

 

 

 

The Old Neighborhood

 

Watching a dust devil catch
last fall’ leaves and tat­ters
of a Daily News –  the years spin off

and once again I am at arm’s length
whir­ling above his face in the boo­zy air,
gid­dy with trem­bling and laugh­ter.

The el sows sparks up Webster Avenue.
The neon of Louie’s Bar & Grill buzzes,
has it ner­vous twitch. Mother

waits four flights up, the blue
veins in her hands wrung dry.
I am ligh­ter than a word

he never spoke. Had he let me go
I would have cir­cled the roof­tops,
never come down.

 

 

***

 

 

Fenêtres au Metropolitan

 

Après avoir par­cou­ru avec mes dix cents les tun­nels sombres, à dix heures,
je déam­bu­lais dans le dédale de lumière des Maîtres de la Renaissance

(délais­sés, démo­dés alors) et me sen­tais atti­ré
par les fenêtres der­rière les voiles d'azur et le pâle cou incur­vé

des Madones qui sem­blaient plus dis­tantes et plus étran­gères
que tout ce que les reli­gieuses m'avaient ensei­gné. Mais là, près d'elles,

dans un car­ré pas plus grand que quelques pouces, avec des touches cares­santes
aus­si fines que des che­veux, les artistes avaient ren­du l'infini,

et je scru­tais, d'aussi près que les gar­diens me per­met­taient de le faire,
et me sen­tais, dans mon igno­rance, pré­ci­pi­té à tra­vers

des pay­sages qu'un enfant pou­vait presque ima­gi­ner
par delà les murs d'une ville : des plaines proches, des escar­pe­ments

et des châ­teaux loin­tains que ne pou­vait gra­vir que l'œil,
flot­tant comme des îles calmes où n'existaient

ni épines ni coups de mar­teaux, qui, j'aurais dû le savoir,
devaient alors atti­rer l'attention des inno­cents au pre­mier plan.

Bien qu'aujourd'hui je ne vois que facé­ties dans ces vignettes taquines
avec leur minus­cule échap­pée hors du temps, je n'arrive pas à m'apitoyer

sur ce gar­çon émous­tillé qui à la fer­me­ture s'en retour­nait prendre
la train D pour sa gare per­due du Bronx.

 

 

 

Windows at the Metropolitan

 

After tra­ve­ling the dark tun­nels on a dime, at ten,
I wan­de­red the flood-lit maze of Renaissance Masters

(deser­ted then, unfa­shio­nable) and felt the allure
of win­dows behind the azure cloaks and pale croo­ked necks

of the Maddonnas who see­med more dis­tant and alien
than any­thing the nuns had taught. But there, beside them,

no more than a few inches square, in brushs­trokes
fine as hairs, the artists had put infi­ni­ty,

and I pee­red, close as the guards would let me,
and felt myself, in my igno­rance, fall through

in land­scapes a child could almost ima­gine
beyond a city’s walls : near plains, far crags

and castles only the eye could climb,
floa­ting like islands quiet and exempt

from thorns and ham­mer-blows, which I should have known
even then must attend the inno­cent ones in the fore­ground.

Though now I see a jest in those tea­sing vignettes
With their tiny glimpses out of time, I can­not pity

That exhi­la­ra­ted boy who tur­ned at clo­sing and rode
The D train back to his lone­ly sta­tion in the Bronx.

 

 

Poèmes extraits du recueil “Sudden Harbor” ( Orchises Press, Alexandria,
Virginie, 1992), p.15, 31 et 44.

 

 

 

                                                                                           Traduction de Raymond Farina

 

 

 

 

 

 

 

3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 26 août 2015|Catégories : Blog|

 

Naissance du corps

 

Ton corps est né de là, de ces mains.
Avant, quand tu n'existais pas encore,
elles jouaient une musique aux signes désar­ti­cu­lés,
une béance de fer ou de bois,
une ombre bruyante de métaux.
De ces mains ouvertes, qui ont don­né
corps à un désir ancien,
tu es née avec ton appa­rence à toi.
(Cependant, je l'oublie par­fois,
et me dis que tu as façon­né mes mains à ton caprice
pour qu'elles se sou­viennent de toi.)

Avant, quand mes mains n'existaient pas encore,
ton corps était un men­songe.

 

 

Nacimiento del cuer­po

 

De aquí nació tu cuer­po, de estas manos.
Antes, cuan­do aún no existías,
toca­ban una músi­ca de signos desar­ma­dos,
une vacío de hier­ro o de made­ra,
una som­bra rui­do­sa de metales.
De estas manos abier­tas, que le han dado
cuer­po a un deseo anti­guo,
naciste con la for­ma tuya.
(A veces, sin embar­go, se me olvi­da,
y pien­so que tú hiciste mis manos a tu anto­jo
para que ellas te recor­da­ran.)

Antes, cuan­do aún no existían mis manos,
tu cuer­po era men­ti­ra.

 

 

 

Le rêve de la mémoire

 

Tout comme tu as oublié la peur,
tu as oublié la joie.
  Et tu dois
inven­ter une musique silen­cieuse,
à l'insu des autres,
pour retrou­ver les clés, les sou­liers,
et le nom des choses qui sont tiennes.
Mais nous reste-t-il alors quelque chose,
quand le cri s'habille du silence,
quand le fil uni de l'éclair se brise ?
Oui, attends, rêve une mémoire nou­velle
et délivre-là de l'ancienne, dans la boîte fer­mée
retrouve ton visage, ton vrai visage.
La mala­die, ter­ri­fiante comme les hommes,
ne peut détruire ce qui n'existe pas.

Que ton rêve s'abandonne au plus haut.
Que ton rire appri­voise la tris­tesse.
Que ta mémoire bri­sée se mette à mar­cher
sur une autre musique.

 

 

 

El suen᷉o de la memo­ria

 

Como se te ha olvi­da­do el mie­do,
se te ha olvi­da­do la ale­gría.
   Y tienes
que inven­tar una músi­ca cal­la­da,
sin que nadie lo sepa,
para encon­trar las llaves, los zapa­tos
y el nombre de las cosas que son tuyas.
¿ Pero nos que­da algu­na cosa entonces,
cuan­do se viste de silen­cio el gri­to,
cuan­do se rompe la uni­dad del rayo ?
Sí, espe­ra, suen᷉a una memo­ria nue­va,
sáca­la de la anti­gua, de la caja cer­ra­da
recu­pe­ra tu ros­tro, el ver­da­de­ro.
La enfer­me­dad, ter­rible como el hombre,
no puede des­truir lo que no existe.

Que tu suen᷉o se entregue a lo más alto.
Que tu risa conven­za a la tris­te­za.
Que tu memo­ria rota empiece a andar
con una músi­ca dis­tin­ta.

 

 

 

Chanson de neige

 

La neige lais­se­ra mes mains froides.
Ces mains avec les­quelles j'ai fait tant de feu
pour rien. Cette neige qui enlace
sa propre impa­tience, qui conspire
sur les vitres. Ces mains mortes
de froid comme un pan de mémoire.
Cette neige qui ne se sou­vient plus
de la pierre embra­sée. Ces mains
qui écrivent pour rien, pour le der­nier
feu, pour une musique per­due.

La neige lais­se­ra mes mains froides.
La neige qui me prend à la gorge.
Ces mains qui tournent la tête
à chaque pas. Cette neige lente
comme si tou­jours elle était la pre­mière.
Ces mains qui ont fait tant de feu
pour un soir unique, pour un jour.
Cette neige qui dort sous les étoiles.
Ces mains qui croient en ce qu'elles touchent
et qui tou­chant la neige touchent le néant.

La neige lais­se­ra mes mains froides.
Ces mains qui serrent un oubli
qui ne s'entend pas. Cette neige qui en joue
comme d'un toit sans musique.

 

 

Canción de nieve

 

La nieve dejará mis manos frías.
Las manos con las que hice tan­to fue­go
para nada. Esta nieve que se abra­za
a su pro­pia impa­cien­cia, que conspi­ra
en los cris­tales. Estas manos muer­tas
de frío como un tro­zo de memo­ria.
Esta nieve que no recuer­da el tac­to
de la pie­dra encen­di­da. Estas manos
que escri­ben para nada, para el últi­mo
fue­go, para una músi­ca per­di­da.

La nieve dejará mis manos frías.
La nieve que me aho­ga la gar­gan­ta.
Estas manos que vuel­ven la cabe­za
a cada paso. Esta nieve len­ta
como si siempre fue­ra la pri­me­ra.
Estas manos que hicie­ron tan fue­go
para una tarde solo, para un día.
Esta nieve que duerme a las estrel­las.
Estas manos que creen en lo que tocan
y que tocan la nieve y tocan nada.

La nieve dejará mis manos frías.
Estas manos que aprie­tan un olvi­do
que no se oye. Esta nieve que las toca
como a un teja­do que no tiene músi­ca.

 

 

Poèmes extraits de :

Zapatos de andar calles vacías/​Pas per­dus dans des rues vides
Raúl Nieto de la Torre
Ediciones Vitruvio, Madrid, 2006/​ Pleine Page édi­teur, Bordeaux 2007

Traduction par Dominique Boudou, révi­sée par Elvire Gomez-Vidal
Préface de Elvire Gomez-Vidal

3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 25 avril 2015|Catégories : Blog|

 

LE BOURDON NOIR

 

Au ralen­ti
il rampe,
ses ailes dia­phanes,
bleu de nuit iri­sé,
frottent
contre la pierre

*

Grain de mus­cat,
sa tête négrillonne
recon­duit
aux abysses
l'attelage d'un ange
sous deux ailes smalt.

 

***

 

L'ARBRE A PAPILLONS

 

Fleurs de sucre
aux essences confites
sa grappe pen­dante
épi­cée vent de face
se retire en la friche
où dort un alam­bic.

 

 

***

 

Ô SILENCE

 

Les gouttes te pré­cèdent,
tra­versent les points
de ton mil­le­per­tuis jaune
balan­cé au pen­dule
des tiges que tu vides
à gorge pleine.

*

Hors
le bleu pas­tel,
une anco­lie, les aco­nits,
tu perces au hasard ta voie,
rom­pu au bour­don,
à un gré­sille­ment.

3 POEMES

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 29 mars 2015|Catégories : Blog|

 

Dans un clin /​
de lec­ture
Entre les pau­pières /​
du soleil
Un bat­te­ment de ciel
Une coc­ci­nelle
poin­tille tout un mot /​
sur le recueil de poèmes
que j’effeuille à fleur /​
de ta peau

Quelque part /​ dans un clin
de lec­ture
Des ailes
feront battre plus loin /​
les clô­tures
d’ombre du 
soleil.

 

 

***

 

 

IMPRESSION FUGITIVE

L’œil & le pho­to­graphe
n’auront pas rejoint l’autographe
de l’insecte sur la feuille

Un poème réin­vente le cli­ché
sur une feuille /​
Instant recom­po­sé

 

 

***

 

 

 

COUPURE D'ELECTRICITE

 

un fusible a sau­té
dans la nuit de ma tête /​
de ma tête-à-poèmes
2 heures après minuit ce n’est rien
le train-tram-rail des rêves
qui roule /​ Le Directeur du Réseau Central
défé­ré /​ dans ma tête qui roule
Sous les ver­rous /​ à des éclisses mal
res­ser­rées  /​ des
kilo­mètres
des kilo­mètres de voies se serrent
des paral­lèles se joignent
à la barre la voix des ouvriers
sans voie déraille /​ Sang /​
Convois de sang

La Grande Société se serre
les fers /​ Le Directeur
la cein­ture /​ qui prend
ses sbires à témoin
mais il y a mal­donne

Tu prends ton bon­heur
en pre­mière classe /​ billet à l’œil
tan­dis
que dure l’Affaire /​ N’ont pas le temps
de contrô­ler
n’auront pas le temps
de tout contrô­ler /​ trop dur à faire

La faute à per­sonne
La faute à per­sonne

Voie exté­rieure
Extérieur-Nuit
l’herbe mange le rail
le ram-tram-rail
de la lumière tan­dis
que tu marches /​ tu marches
jusqu’à l’emblème une trace d’un peu d’humanité

Dans le ciel l’angle obtus d’un fuse­lage sonne
l’angélus /​ sept heures
dix-neuf-heures /​  sur le cadran l’ombre
change d’heure /​ autre­ment /​ la même
tou­jours la même
La quête des prières gagne mains son­nantes
la paume des nuages
une ville un clo­cher la voix des gal­li­na­cés à par­ta­ger
l’heure /​ pas de corde à balan­cer
plus le temps /​ pas de balan­cier
temps élec­tro­nique pro­gram­mé /​
la ville affai­rée
tan­dis
que tu marches /​ tu marches
podo­mètre ther­mo-lumi­nes­cent
col­lé à tes pas lui­sants /​ ascen­sion /​ per­for­mance
Vers /​ Chute
assu­rée

mais c’est la faute à per­sonne
mais c’est la faute à per­sonne

Fitness du vers en pleine & belle forme
mais cou­pure d’électricité
un fusible a sau­té
dans le boî­tier miné

de ta tête-à-poèmes
un poème et /​ un poème/​  et un poème

On ins­pecte la pyra­mide
la pyra­mide des res­pon­sa­bi­li­tés
Le Directeur avec /​ Le Directeur diri­geant
leurs che­mins vers la mer avant
la Centrale ther­mo-lac­tique
de nos rêves
mais c’est la faute à per­sonne
mais c’est la faute à per­sonne

ou à celui d’en-d’ssous
                         juste en-des­sous
                                    tout en des­sous
                                                        à des­cendre
                                                                   en dou­ceurs

toi tu marches /​ tu marches jusqu’à
la Galerie Nationale
la gale­rie natio­nale près de la cathé­drale
des anges presque debout font l’ange et regardent
se comp­ter l’heure /​ sem­pi­ter­nelle /​ sem­pi­ter­nelle

Le confé­ren­cier enfile la flûte
la flûte des visites
dans la trame ten­due
reten­due des regards
par­fois des reflets brillent
Rentrer dans la gale­rie d’art
Intemporelle /​ intem­po­relle
en-dedans /​ tout-en-dedans
des choses à convoi­ter /​ en dou­leurs
des convois d’or
Des tis­sus t’enveloppent
t’imprègnent /​ t’impriment
jusqu’au sang
des recoins de lune
inter­lope
jettent l’extase obs­cure
sur la toile
Sur la toile
une étin­celle par­fois /​ une atten­tion s’allume
den­rée rare
3 mètres sur 3 mètres 8 ans de tra­vail
3 de recom­men­cés /​ les lis­siers tissent la patience
dans l’espoir-Pénélope
tu pédales
tu pédales de bon­heur
retrou­vé c’est le métier qui rentre
au-dedans
sur le fil
fil de laine dans cette trame de soie /​ des draps de satin
la lumière vibre /​ sculpte la toile
étoiles de l’art dans les regards
loin loin loin /​ âme-tram-rails /​ des trains qui passent
parce qu’ils passent
eux /​ au loin /​ brou­tés
par le regard
euh… /​ bovin

On prend du plai­sir
Le Directeur de la Grande
Centrifugeuse des Rêves –des­ti­na­tion
mangues /​ ana­nas /​ palé­tu­viers
s’est pen­du mais
on se ser­rait la cein­ture
c’est la faute à per­sonne
sur­tout la faute à per­sonne

Le Directeur s’est pen­du /​ atten­tion
Patrimoine à vendre /​ Art à vendre /​ Artistes
sol­dés
en solde de tout cœur
Send u$ your heart ! A vot’ bon cœur, m’ssieurs dames !
Bien National  /​ 350 euros/​picture
pour la peine de ton rêve
ton rêve pré­caire
–pas cher, pas cher-
Pour une tapis­se­rie, fau­dra bien voir
tem­po­ri­ser
art contem­po­ra­ni­sé
-On pré­pa­re­ra
Sciences Po’

Tout se perd & tout
est à vendre
Maman est morte & je ne sais
pour quoi
Il faut éli­mi­ner l’armoire /​ l’armoire-à
-glace qui déforme
sa pauvre image /​ sa pauvre image
C’est lui le res­pon­sable C’est lui le res­pon­sable
Maman est morte & je ne sais
plus quand
mais faut récu­pé­rer
récu­pé­rer le mobi­lier
sur­tout le mobi­lier
Noter
Récup’ Mobil-mother
Fouiller empor­ter /​ vite empor­ter
Pendant la cou­pure /​ la cou­pure d’électricité

Sous cou­vert de ta tête
cou­pure d’électricité
tour­ne­sols à l’envers
Break Heart Ange per­du dans ton som­meil
se ronge les ongles –ce sont les nerfs
ce sont les nerfs /​ ten­dus sous la peau
C’est la faute à la cou­pure
la cou­pure d’électricité
du réseau /​ des nerfs
C’est la faute à la mort de Maman
Faudrait dor­mir

Pas dans le poème de la nuit
les caté­naires sont tom­bés
/​ fou­droyés
les lignes ont les basses ten­sions
et les éclisses assas­sinent
Il est six heures ici /​ midi à New York
Minuit dans le lit des Sex-appeal
Orphée frus­tré dérai­sonne
rêve Narcisse plu­tôt qu’Eurydice
Scoop-de-mytho’ au cœur de l’Info’/  qui sonne
l’angélus éteint pour­tant qui résonne
deux fois par jour /​ pas humain
mais

c’est la faute à per­sonne
c’est la faute à Personne
Orphée frus­tré cogne
aux portes éven­trées
des Ego-sys­tèmes /​ nos EGOs
-Système
de Beaux Gosses pas beaux

mais il n’y a per­sonne
mais IL N’Y A PERSONNE
 

                 

3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 17 février 2015|Catégories : Blog|

 

Comme si ton ins­tinct t’alertait
Tu ne vou­lais pas de jupes.
Tu t’écorchais les jambes
En grim­pant dans les arbres
Ou bien une saute de vent les sou­le­vait
Livrant à tous les regards
Les des­sous
Blancs
De la honte

Tu ne vou­lais pas de jupes
Mais ils t’ont façon­née
t’ont fait des tresses
Et tu es deve­nue
La jolie
Fille
T’imposant leurs manières
avec le sou­rire
bru­tal
cris­pé
d’un gar­dien de pri­son bien éle­vé

La nuit
Immobile
Tu fai­sais sem­blant de dor­mir
Tu léchais tes bles­sures
Et t’arrachais les croûtes
Et de petites perles de sang
S’en allaient rejoindre
les constel­la­tions impas­sibles

 

***

 

Il y avait cinq doigts dans sa main droite
des anguilles
des rats
des flèches
Quand il ne t’étouffait pas
Il lui arri­vait de les remuer.
Il res­ser­rait sa cra­vate
Il se cou­pait les ongles
Se curait l’oreille.
Il y avait cinq
(vrai­ment gros)
doigts dans sa main droite
pour mieux
te miner
te dévo­rer
te tuer .

***

Il n’y a
pas d’éléphant
dans cette pièce.

Une voi­ture,
Un nuage,
Un mys­tère ;
Un bébé qui m’appelle
Depuis les entrailles vides
De la nuit fluo­res­cente.

Il n’y a
pas d’éléphant
dans cette pièce.

N’en par­lons plus.

 

Traductions Marc Delouze, avec l’auteur
 

3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 17 février 2015|Catégories : Blog|

 

Les heures se creusent
Sur la baie saillante de mes hypo­con­dries
La lune étend son ère sous les passes du jour
Puis tout se tait sur le rêve funam­bule de mes inhi­bi­tions
La cause de toutes les causes
La rai­son d'être de cha­cun
Au cré­pus­cule
Tombent les jours et la sai­son esti­vale
En un espace fin comme la lame fine du rasoir
Sur ma peau blême du matin froid.

 

***

Raison vacillante au vou­loir qui se casse
La volon­té en écume lime la longue nuit
Sur le fil si mince de mes réten­tions
La vie en vou­loir et tou­jours m'échoient
Les rêves d'une majo­ri­té pro­fane et bruyante
Sur le paraître  fin du jour
Le suaire vain du paraître.

 

***

 

Et nous savions jouer d'heure en heure
Éviter les pièges lourds de l'audience
Esquiver le contour de mes paral­lèles où abondent l'ignorance trop crue de détours
La savante esquisse de mes rêves sur la lune mon­tant à l'horizon
L'ultime beau­té du jour levant
Sur la quié­tude mon­daine de par­cours aux lise­rai d'or sur le ciel ora­geux
Le paral­lèle exquis de mes tor­peurs
En lueur au fond des yeux à toute heure
A l'heure où je renie père
et sem­pi­ter­nelle ritour­nelle
De mon enfance subie sur le jour triste de mon bon­heur
De l'horizon qui noie la trace
A l'endroit où tout se tait.

3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:34:59+00:00 1 février 2015|Catégories : Blog|

 

La músi­ca

 

La pas­tilla

la dro­ga uni­ver­sal

el efec­to sur­real

desde tiem­pos remo­tos.

La natu­ra­le­za exte­rior

lle­nan­do de fue­go

el oído del hombre.

La mise­ria per­fec­ta del vien­to

y una boca huma­na

las arti­cu­la­ciones de las cigar­ras

en casa de mi abue­la.

La llu­via que ater­ri­za asus­ta­da a la tier­ra

casi sin saber de su mila­gro sono­ro

el espe­so y lige­ro, el gris y arcoí­ris.

La fuer­za que hace el baile

los sui­ci­dios que enamo­ran al cos­mos

con una cuchil­la que oca­sio­na un concier­to

en otra dimen­sión.

 

La musique

Le cachet

la drogue uni­ver­selle

l’effet sur­réel

depuis de temps anciens.

La nature exté­rieure

qui rem­plit de feu

l’ouïe de l’homme.

La misère par­faite du vent

et une bouche humaine

les arti­cu­la­tions de cigales

dans la mai­son de ma grand-mère.

La pluie qui atter­rit apeu­rée sur la terre

presque sans connaitre sa miracle sonore

son poids et sa légè­re­té, le gris et l’arc-en-ciel.

La force qui fait le bal

le cos­mos qui s’enamoure des sui­ci­dés

avec un lame qui pro­voque un concert

dans une autre dimen­sion.

 

 

El arte

 

Ambiciones plau­sibles en todo el mun­do.

Descaro. Obstáculo.

Entre Dioses y ritos mal­he­chores

entre ráfa­gas de vien­to

con pro­fecías que la cien­cia no cree

y que los pone a los pies del dine­ro.

Esclavos tam­bién los “sabios”.

Medidas, inven­tos, resul­ta­dos

rue­dan en la alfom­bra roja de los san­tos.

Toda una his­to­ria de sen­ti­mien­tos que se muti­lan,

cuan­do la fe sin gra­cia y cie­ga

se arro­dilla ante una silla de oro.

Más nada.

El siempre media­dor

el más esplén­di­do y sublime

entre cien­cia y reli­gión.

Escupe el caos mi ami­go leja­no

Y llo­ra sin lograr recon­ci­liar…

sólo ador­nar la espe­ran­za del mun­do.

Entre cien­cia y reli­gión : El arte.

 

 

L’art

Ambitions plau­sibles par­tout dans le monde.

Impudence. Obstacle.

Entre dieux et rites fal­si­fiés,

entre rafales de vent

avec des pro­phé­ties que la science ne croit pas

et qui les dépose au pieds de l’argent.

Esclaves aus­si les « sages ».

Dispositions, inven­tions, résul­tats,

roulent sur le tapis rouge de saints.

Toute une his­toire de décou­vertes qui se mutilent,

quand la foi sans grâce et aveugle 

s’agenouille devant une chaise d’or.

Rien de plus.

Le sem­pi­ter­nel inter­ces­seur,

le plus splen­dide et sublime

entre science et reli­gion.

Crache le chaos mon ami loin­tain

et pleure sans arri­ver à récon­ci­lier…

à peine décores-tu l’espérance du monde.   

Entre la science et la reli­gion : l’Art.

 

 

Fermina

Fiebre alta, fuente de vida.

Fabricadora de orgul­los,

feliz­mente, dueña de sí,

me recordó que se ama

y varias veces si se quiere.

Aunque no tole­ro su alti­vez

a la que sé pau­pér­ri­ma,

admi­to que per­fu­ma

has­ta un mer­ca­do sucio.

Enardecida, cos­tum­bris­ta

supo mar­chi­tar a una flor

y darle vida nue­va­mente

con besos de leche cor­ta­da

Supo resca­tar aquel­lo

que parece no poderse.

Debe no culparse como rei­na pro­ter­va.

Besa beren­je­nas, besa

lo que no supo apre­ciar.

Sólo había que cam­biar la rece­ta,

sólo  había que encon­trar la mane­ra

de lle­gar a su vientre exangüe ;

de lograr contar las pecas

de su lomo de tigre­sa.

La odio, es un regaño cos­teño

La amo, es tam­bién un recuer­do pari­si­no,

uno de los tan­tos intan­gibles que ten­go.

Fermina ter­mi­na con su paz,

Fermina eli­mi­na la llu­via.

Dice no a sus caza­dores.

No es más que una teme­ro­sa

que un día y has­ta dos,

empezó a amar.

Por lo vivi­do en su juven­tud

La afren­to cuan­do dijo “puta”

Por lo vivi­do entre sus canas,

amo cuan­do enlo­que­ció de anís.

Aquí yo, envi­dio su posible paz,

aquí yo, extra­ño la llu­via.

No entendí su sumi­sión des­pia­da­da

pero, com­prendí su reli­gión des­ter­ra­da.

Si ella me pre­gun­ta­ra

¿Hasta cuán­do tú niña, me revi­virás en tu ir y venir ?

Le respon­de­ré : toda la vida.

 

 

Fermina

Fièvre forte, source de vie.

Génitrice d’orgueils,

heu­reu­se­ment, maître d’elle-même

elle m’a rap­pe­lé qu’elle s’aime

et que quelque fois elle se désire.

Bien que je n’aime pas sa condes­cen­dance 

que je sais indi­gente,

j’admets qu’elle par­fume

même un mar­ché sale.

Passionnée, atta­chée aux tra­di­tions

et mon­daine à la fois,

elle a su faner une fleur

elle la faire renaître

avec des bai­sers de lait caillé

Elle a su sau­ver

ce que l’on ne peut pas.

Elle ne doit pas se culpa­bi­li­ser, reine per­verse

Elle pose ses lèvres sur des auber­gines, 

sur ce qu’elle ne pas su appré­cier.

Il fal­lait seule­ment  chan­ger de recette

il fal­lait seule­ment trou­ver la façon

de par­ve­nir à son ventre exangue ;

de réus­sir à comp­ter les taches de rous­seur

de son échine de tigresse.

Je la hais, c’est une ron­chon­neuse de la côte.

Je l’aime, elle est aus­si une sou­ve­nir pari­sien,

mon sou­ve­nir intan­gible  

Fermina en finit avec sa paix,

Fermina éli­mine la pluie.

Elle dit non aux chas­seurs.

Elle n’est qu’une peu­reuse

qui un jour peut-être deux,

a com­men­cé à aimer.

Pour que ce qu’elle a vécu dans sa jeu­nesse 

Pour ce qu’elle a vécu de che­veux blancs,

Je l’affronte quand elle  dit « pute »

J’aime quand elle a per­du la tête de trop d’eau-de-vie

Moi, ici, j’envie sa paix pos­sible,

Moi, ici, je regrette la pluie.

Je n’ai pas enten­du sa sou­mis­sion impi­toyable

mais  j’ai com­pris sa reli­gion exi­lée.

Si elle me deman­dait

¿ Jusques à quand, jeune fille, revi­vras-tu en moi ton aller et venir ?

Je lui répon­drai : toute la vie.

 

 

 

Traduction en fran­çais : Rémy Durand

3 poèmes

Par | 2018-02-22T13:35:00+00:00 13 janvier 2015|Catégories : Blog|

 

PERE

 

La nuit der­nière
J’ai rêvé de toi,
Père.
Tu es entré
Dans mon rêve
Tel un cerf
Debout en équi­libre
Sur une butte
Herbue.

Je t’ai appe­lé
Par ton nom
Père.
Je t’ai appe­lé
Avec le mot : père
Et j’ai dit :

Regarde,
Mes yeux sont
Deux fleurs humides
Du ruis­seau
De la mon­tagne.
Viens
Que ta langue
Chaude de cerf
Etanche la rosée
Qui tombe
De mes yeux.

Et tu es res­té là
Comme dans un autre
Monde,
Comme dans un autre
Rêve,
En équi­libre sur la butte,
Envahie par les herbes.

Tu as agi­té
Tes grands
Bois
Et dis­pa­ru dans le nuage
Immaculé
Du rêve
De per­sonne.

 

 

L’ ANGE DE PIERO DELLA FRANCESCA

 

Il n’est plus guère le por­teur
De lumière.

Lui-même deve­nu l’objet
D’un jeu
D’ombre
Et de lumière.

Prisonnier des lois
Du monde maté­riel,
Il s’agenouille comme qui
Implore le par­don.

Se rele­ver
Probablement
L’étourdirai
Quelque peu.

Ceinte d’une corde,
Sa robe ramasse ses plis
Autour de sa taille
Et de ses genoux.

Ses ailes sont lourdes,
Quasiment char­nues.

Comme s’il avait honte
De sa chute
Dans le royaume des sen­sa­tions
Et de l’architecture,

Ses genoux appuyés
Sur le sol de marbre froid,
Maintenant son visage
Dans l’ombre.

 

 

PAPOTAGE DU SOIR

 

Parfois lorsque je m’ennuie
Je parle avec Dieu.
Ensemble nous exa­mi­nons les motifs du lino­léum,
Le rythme de leurs desi­gns
Sur le sol de la cui­sine.

Dans ces formes, dis-je,
On peut  voir un ours,
Dans ces autres un petit chat,
Et tu vous oubliez la cas­quette de ce drôle de type
Vous avez une tête de lion.

Il répète après moi, mal­adroit :
Un ours, un chat…
A chaque fois sur­pris quand il retrouve
La même forme près du buf­fet
Et aus­si sous la fenêtre.

Voyez-vous cette ligne
Qui par­tage le sol en deux ?
Quelle confu­sion il créé entre les images.
Celle-ci pour­rait être un bison
Mais n’est que le dos
Difforme d’un che­val.

Un bison, le dos d’un che­val…
Il déchiffre come un élève de pri­maire,
Enervé contre la noire fis­sure
Qui coupe en deux  le sol de la cui­sine.

Je pointe mon doigt vers la porte d’entrée
Là où com­mence le monde des monstres,
Des ani­maux fan­tas­tiques sans têtes,
D’horribles créa­tures sans corps.
Je le pousse dou­ce­ment dehors,
Car enfin il est tard, et j’aimerais dor­mir.

Mais lorsque la nuit je me relève
Pour boire un verre d’eau,
Il est tou­jours là, debout dans l’entrée
Fixant une ligne ténue
Qui court du mur à la fenêtre,
Comme quelqu’un per­du dans une ville étran­gère,
Sans connaître la langue
Pour deman­der son che­min.

 

Traductions Marc Delouze, avec l’auteur.
 

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