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5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:50+00:00 23 novembre 2016|Catégories : Blog|

 

 

 

Là où réside l’image

 

 

 

Mes doigts sont plus pré­cis que mes pen­sées
Souvent, au lieu de réflé­chir
J’unis mon pouce
Tantôt avec l’index
Tantôt avec le majeur
Et tapote sur la table
Ou sur mes genoux
La table et les genoux sont cette chose que je ne com­prends pas
Et les doigts cette per­ti­nence qui me manque
Pour mar­te­ler l’inimaginable

 

 

 

***

 

 

 

Au renard

 

 

 

Le renard est mort
Vive le renard qui marche
Silencieux dans les bois
Celui que per­sonne n’a jamais vu
Mais qui existe, pour­tant
Tue les poules, s’enfuit
Et se lèche les pattes san­glantes
Coupables de mas­sacres sans impor­tance
Vive le renard qui ne demande rien
Vit, prend, se lèche les pattes, meurt
Vive le renard qui meurt
Silencieux dans les bois

 

 

 

***

 

 

 

Absent de là

 

 

 

Froide est la nuit
Et por­teuse de doutes,
Hormis pour les putains que des bras incon­nus
Enlaceront ce soir,
Là où je ne suis pas.
Car à plu­sieurs endroits
Dans cette obs­cu­ri­té per­cée par quelque reflet de Lune,
Quelque lampe oubliée,
Mes lèvres ne subissent pas la brû­lante frai­cheur
De vents nou­veaux
Egarés.

Et je ne contrôle rien dans ces endroits,
J’y suis mort et n’y suis jamais mort.
Les gens s’en moquent,
Bien sûr,
Comme les che­vaux du parc se moquent des vastes plaines
Sauvages,
Qui sont pour eux d’un autre monde,
Pour eux pauvres che­vaux,
Le cou flé­tri, les sabots
Rythmés.

Je suis un che­val de ce genre,
Qui s’accouderait au bal­con,
Les dents humides, lui­santes,
Des miroirs blancs et salés
Par les larmes rava­lées.
Elles ont un goût qui plait à mes men­songes,
Je sou­ris.

 

 

 

***

 

 

 

Caractère giclé

 

 

 

Sérénades, élé­gam­ment igno­rées,
Et rien après.
Poésie, petite beau­té ago­ni­sante,
Puis du vent de fesses ivres et posées nues
Sur le rebord d’une pis­cine de pavillon.
Des bar­be­lés, une chan­son, un viol, une moto,
La nuit qui n’est plus mys­té­rieuse,
Et moi,
Lâche,
Content de faire par­tie de ce monde.

 

 

 

***

 

 

 

Pauvre enfant

 

 

 

Il naquit
Sa mère appe­la les peintres
Les peintres le regar­dèrent
L’étudièrent
Le goû­tèrent
Le tour­nèrent dans tous les sens
Le mirent à contre-jour
Eteignirent la lumière
Le trem­pèrent dans l’huile
Pour en éva­luer la lui­sance natu­relle
Et affir­mèrent
Unanimes
Que l’enfant n’aurait jamais pu être le modèle d’un beau tableau
Ils le mirent dans leur liste des choses
Qui jamais n’auraient pu être le modèle d’un beau tableau
Entre la sta­tion-ser­vice et le télé­vi­seur
Ensuite vinrent les hommes de lettres
Qui prirent l’enfant
L’écrivirent
Le lurent et le relurent
Le sur­prirent en pleine mas­tur­ba­tion
Afin d’en connaître la honte
Lui firent gra­vir les éche­lons de la socié­té
Virent que l’enfant avait du mal à y par­ve­nir
Le sui­virent
Le rem­plirent
L’admirèrent vomir
Rire
Sourire
Pousser un sou­pir
Et dirent à la maman que
En réa­li­té
Ils ne com­pre­naient pas vrai­ment pour­quoi
Elle les avait appe­lés
 

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:50+00:00 23 novembre 2016|Catégories : Blog|

 

 

 

les feuilles des pages
forment un monde
– on dit : map­pe­monde –

entre mes mains
une boule de cris­tal
– pour voir clair –

et la neige au-dedans

 

mon front cou­pé entaillé
suinte de détresse

 

 

 

***

 

 

 

le visage impas­sible
sou­vent

– masque cor­se­té –

je ne sais plus
où sont ran­gées
mes fleurs

            dans quel tiroir

et qu’elles embaument
comme de la lavande

 

 

 

***

 

 

 

je ne peux plus par­ler

                à per­sonne

les mor­ceaux de tis­su
forment un patch­work

per­sonne ne veut
de ces bribes de pen­sée

des mor­ceaux d’os
tenus par une broche

 

 

 

***

 

 

 

 

pour Cécile Guivarch

 

 

je marche

par­fois je viens
à ta ren­contre

tes mots de fleurs
aux accents chauds

nos mots deviennent
des bagages

nous les empor­tons
avec nous

 

 

 

***

 

 

 

rémi­nis­cences

un creux un rond
où s’infiltre le vide

dans le ventre ou la tête
pas d’arêtes sous la peau

un pay­sage lai­teux
où passent des sil­houettes

des pois­sons morts

à la sur­face de l’eau

des pois­sons

aux yeux exor­bi­tés

 

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:50+00:00 1 octobre 2016|Catégories : Blog|

Les radeaux bleus

 

 

 

Il est des heures, Il est des cris,
Il est des jours, Il est des nuits
Où le sang revient à ses rêves de mer,
A ses sèves célestes enfouies,
Pour nous offrir des par­che­mins
Qui redonnent leurs cou­leurs
A nos bai­sers, à nos cœurs, à nos mains
Et, à nos caresses, leurs fruits
De pin­ceaux en fleurs,
En échos d’appels à nos amours bleuies,
En rou­leaux d’immenses cieux
Tantôt joyeux, tan­tôt meur­tris,
Tantôt radieux, tan­tôt gris
Où se retrouvent les pleurs
Et les rires de nos yeux,
Entre enfer et para­dis,
Entre ago­nie et tableaux bleus,
Radeaux de sur­vie !
Il est des heures, Il est des cris,
Il est des jours, il est des nuits
Où le sang revient à ses rêves de mer,
A ses sèves ter­restres enfouies,
Où les cou­leurs, pour le grand bleu,
De mille feux, rechantent la vie !

 

 

 

in " Le souffle des res­sacs "

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Morte étoile

 

 

 

Ce jour-là, 

Les vagues reje­tèrent la palette. 

Seule la dune bou­gea, 

Offusquée.
Les bar­bares rirent
Et cra­chèrent
Les der­nières étoiles
Comme des dents ensan­glan­tées.
Les rivières des sou­ve­nirs
Charriaient leurs mort-nés
Enveloppés de haine et de cou­teaux.
Les leçons des méandres reprirent
Sous les mottes des glaises
Et les mots d’amours sus­pen­dues
Aux hanches de nuits
Aux ori­gines des pas
Reprirent les cou­leurs des regrets,
Squelettes sif­flant d’azurs las
Et d’ouragans fanés.
Lunes écos­sées,
Jours désha­billés de solaire soli­tude,
L’incarcération de l’incinérée toile,
Morte étoile !

 

 

in " Le souffle des res­sacs "

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Fusion

 

 

 

Je marche vers toi,

Sur le tapis de cendres
Des pigeons sacri­fiés.
Je tends ma main avec toi
Vers le nom­bril éteint de la lune écla­tée.
Je viens à toi
Pour fondre dans les flammes de nos soleils
Grimpant
Jusqu’à la der­nière goutte de sang de nos rosées.

 

 

in " Arpèges sur les ailes de mes ans "

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Femmes !

 

 

 

L'impossible ne peut être femmes !
Nous aurons tou­jours la taille de nos rêves !

Nous rejoin­drons, de notre flo­rale impa­tience,
Dans la lumière de nos espé­rances,
Le suc flam­boyant des étoiles
Et le rire assour­dis­sant des dan­santes comètes !
Nos fièvres habillées des houles des nais­sances
Nous offri­ront, comme tou­jours, tout ce temps
Pour tis­ser, dans nos pro­fon­deurs ailées,
Tous ces fruits volants de l’amour
Qui naissent et s’abritent au creux de nos reins,
En amples sai­sons tra­cées au miel des matins,
S’élevant des caresses de nos mains !
Femmes !
Flammes d’amour et de paix !
Ecrites par tous les élé­ments,
Nous réchauf­fons, de nos racines,
Toutes ces tiges d'or qui poussent
Couronnées, dans la mousse de nos rêves,
Par les ascen­dantes douces gerbes ailées de notre sève !
Femmes !
Le pos­sible est aus­si femmes !

 

 

 

in " Le souffle des res­sacs "

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Arbre ! 

 

 

 

Tu es tou­jours là où se confondent 
En ver­ti­ca­li­té sonore, 
En hori­zon­ta­li­té ailée, ton or 
Et l’air don­né à la feuille de vie néces­saire, 
Extension vitale pour les pas de nos envols, 
Fraîcheur de tapis déployée en arcs d’accueils 
Où médite l’oiseau 
En ses retours stel­laires de danses 
Pour que l’eau puisse encore ger­mer, 
Dans ses silences mul­ti­co­lores, 
Au par­fum de nos ren­contres. 
Arbre ! Tu nous offres tou­jours 
Le sang de tes sou­ve­nirs 
Et tes nerfs dans les cieux de tes sou­pirs !

 

 

 in " Le souffle des res­sacs "

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 31 mai 2016|Catégories : Blog|

Cinq poèmes de Gili Haimovich pré­sen­tés par Marilyne Bertoncini – tra­duc­tion de Marilyne Bertoncini et Sabine Huynh

 

 

 

 

 

Aujourd'hui, même les bus me montrent leur der­rière.
Je clau­dique sur mon cœur.
Le tra­jet change l'apparence des choses.
À force de conduire, le visage du  motard qui passe
devient le tien
Je porte des pan­ta­lons réso­lu­ment noirs.
Aussi réso­lu­ment que tout ce que tu fais
est char­mant.
Entre nous se dresse un leurre théo­rique.
Nous par­lons comme on impro­vise du  jazz.
Chacune de tes pro­po­si­tions est un nou­veau pas vers un strip­tease
qui n'aura pas lieu.
Je sais
que te tou­cher
sera comme pas­ser ma main sur une page vierge.
En atten­dant, c'est réso­lu­ment noir
et seul l'instinct me per­met de savoir où nous sommes

 

 

 

Today even the buses turn their behinds to me.
I am lim­ping on my heart.
The drive changes the way things seem to be.
And from so much dri­ving, the face of the biker that passes here
turns into yours.
I wear pants that are defi­ni­te­ly black.
Definite like the way eve­ry­thing you do
is in the cute zone.
Between us stands a theo­re­ti­cal lure.
We are spea­king jazz impro­vi­sa­tions.
Every offer from you, it's ano­ther stage in a strip­tease
that's not being done.
I know
to touch you
will be like moving my hand on a blank page.
Meanwhile it's like a defi­nite dark­ness
only out of ins­tinct, I know where we are stan­ding. 

 

 

 

הַיּוֹם אֲפִלּו הָאוֹטוֹבּוּסִים מַפְנִים לִי אֶת הָאֲחוֹרַיִם שֶׁלָּהֶם.
אֲנִי, צוֹלַעַת עַל הַלֵּב שֶׁלִּי.
הָרָצוֹן מְשַׁנֶּה אֶת פְּנֵי הַדְּבָרִים,
וּמֵרֹב רָצוֹן פְּנֵי רוֹכֵב הָאוֹפַנַּיִם שֶׁחָלַף פֹּה
הוֹפְכוֹת לְשֶׁלְּךָ.
אֲנִי לוֹבֶשֶׁת מִכְנָסַיִם בְּשָׁחוֹר הֶחְלֵטִי,
הֶחְלֵטִי כְּמוֹ שֶׁכָּל מַה שֶׁתַּעֲשֶׂה יִהְיֶה בַּתְּחוּם הֶחָמוּד.
אֲנַחְנוּ מְדַבְּרִים אִלְתּוּרֵי גֵּ'אז.
כֹּל הַצָּעָה שֶׁלְּךָ הִיא עוֹד שָׁלָב בִּסְטְרִיפְּטִיז
שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה.
אֲנִי יוֹדַעַת,
לָגַעַת בְּךָ
יִהְיֶה כְּמוֹ לְהַעֲבִיר יָד עַל דַּף חָלָק.
בֵּינְתַיִם זֶה כְּמוֹ חֹשֶׁךְ מֻחְלָט
שֶׁרַק מִתּוֹךְ אִינְסְטִינְקְט אֲנִי יוֹדַעַת הֵיכָן הַדְּבָרים

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Carnaval

 

 

 

On va au car­na­val.
On fait de notre mieux pour se faire plai­sir.
En atten­dant de s'éclater,
on essaie d'éviter la dou­leur, c'est à dire qu'on s'évite.
Nous avons tant de façons de nous battre :
en déchar­geant notre colère par rafales d'appels à longue dis­tance, des cla­var­dages et même des cartes pos­tales
et quand nous sommes près l’un de l’autre
nous nous assé­nons nos décep­tions comme des gifles
ça fait mal, ça pétri­fie, cette totale absence de dis­tance.
Tant de façons de nous battre,
si peu d'occasions de capi­tu­ler.
Peut-être nous fau­drait-il juste l'ambiance par­fai­te­ment pai­sible,
de celles qui ins­pirent à dire la beau­té
qu'on a un jour tenues dans nos mains..
Nous nous fixons au Lac Ontario. La Tour CN observe notre com­por­te­ment.
Pas d'inquiétude, , nous n'avons jamais osé mau­dire à voix haute, mau­dire exprès.
La cha­leur nous fai­sait bais­ser les yeux
on aurait pu prendre ça pour de la timi­di­té.
Silencieux, avides, nous espé­rons que quelque chose de bon trouve son che­min jusqu'à nous.
Selon mon habi­tude, je n'ai pas assez de patience pour attendre
qu'arrive la per­fec­tion, c'est-à-dire
la paix.
Je sais, je vais lais­ser tom­ber, céder
te lais­sant te lever, me péné­trer.
Mais attends une seconde,
juste avant que la paix ne devienne vrai­ment péné­tra­tion,
nous trou­ve­rons un car­ré d'ombre, du sou­la­ge­ment
en man­geant du plan­tain frit
en arri­vant à un sem­blant de conver­sa­tion
à pro­pos de son goût exquis.
On a déjà oublié qu'on était venus pour s'amuser.
Je ne regarde même pas ma montre pour voir si c'est l'heure
de m'ouvrir.
Le soleil se couche déjà.
Le car­na­val se dépêche
de renou­ve­ler son éclat,
de pas­ser en mode séduc­tion.
Nous nous glis­sons dans quelque chose de plus confor­table,
tout notre effort tour­né vers le plai­sir de ten­ter d'aller au lit,
mais juste pour dor­mir, aus­si vite que pos­sible.
Finalement, c'est le car­na­val qui nous apaise.
Tout ce qu'il nous reste à faire, :
traî­ner nos corps las, jusque chez nous, jusqu'à notre guerre lasse.

 

 

 

Carnival

 

 

 

We are going to the car­ni­val.
We are doing our best efforts to have fun.
While we are wai­ting for the fun to kick in,
we are trying to avoid the pain, mea­ning each other.
We have so many ways to fight :
shoo­ting our anger from long dis­tance calls, inter­net chats and even post­cards
slap­ping our disap­point­ments at each other from too short dis­tance
hur­ting, fos­si­li­zing from having no dis­tance at all.
So many ways to fight,
so lit­tle oppor­tu­ni­ties to sur­ren­der.
Maybe all we need is just the per­fect, pea­ce­ful sce­ne­ry,
the kind that will ins­pire us to reveal again the beau­ty
that ones we held toge­ther.
We are set­ting at Ontario Lake. The CN tower is wat­ching our beha­vior.
No wor­ries, we never dared to curse out loud, to curse inten­tio­nal­ly.
The heat lowe­red our eyes
in a man­ner that might be mis­ta­ken as shy­ness.
Silently, hun­gri­ly we are lur­king for some good to come.
As my usual man­ner, I do not have enough patience to wait until per­fec­tion,
mea­ning peace will come.
I know, I will just give up and in
let­ting you get up and in my body.  
But just before,
before repla­cing insis­tence upon sin­ce­rer peace in pene­tra­tion,
we will find a square of shade, relief
eating fried plan­tains
suc­cee­ding in making some kind of conver­sa­tion
of how yum­my it tastes.
We alrea­dy for­got we came here to have fun.
I am not even che­cking my watch to see if now it is my time
to open up.
The sun is alrea­dy set­ting down.
The car­ni­val is rushing
to renew its gla­ring,
to switch into seduc­tive mode.
We are slip­ping into some­thing more com­for­table,
swit­ching our effort to rejoice in the attempt to get to bed,
but just to sleep, as soon as pos­sible.
Eventually, the car­ni­val is the one to sub­due us.
All that is left for us to do is just
to drag our­selves back home, back to our wea­ry war.

 

 

 

קרנבל

 

 

 

אנחנו הולכים לקרנבל.
אנחנו עושים את מירב המאמצים לעשות חיים.
בעודנו מחכים שהחיים האלו יתחילו,
נמנעים מהכאב, כלומר אחד מהשנייה.
יש לנו כל כך הרבה דרכים לתקוף :
יורים זעמנו בשיחות חוץ, נלכדים בצ'יטוטי רשת, משתלחים אפילו בגלויות ששולחים,
מטיחים אכזבות
בפָּנים, כשהמרחק קרוב מידי,
שותתים, מתאבנים, כשאין מרחק בכלל.
כל כך הרבה דרכים להלחם,
כל כך מעט הזדמנויות להיכנע.
אולי כל שאנחנו צריכים, זו רק האווירה המושלמת, השלווה,
הנכונה,
מהסוג שיטיל עלינו השראה,
לחשוף שוב את היופי בו נהגנו לאחוז יחד.
אנחנו מתמקמים באגם אונטריו. מגדל הסי.אן. משגיח על התנהגותנו.
אין מה לדאוג, אף פעם לא הרהבנו לקלל בקול, בכוונה תחילה.
החום משפיל עינינו, במה שיכול להדמות למורך
לב.
בשתיקה, בשקיקה, אנחנו ממתינים לאיזשהו טוב שימצא דרכו אלינו.
כמנהגי, אין לי סבלנות לצפות עד ששלמות,
כלומר שלום, יגיעו.
אני יודעת שאוותר ואכנע
אתן לגוף שלך לעלות, להיכנס, לזה שלי.
אבל רק עוד רגע,
רגע לפני ששלום כן יוחלף בחדירה,
נמצא ריבוע צל מקל
נוגסים בטוגני בננה
מצליחים בלנהל
איזה דו-שיח
על כמה טעימים הם.
אנחנו כבר שחכנו שבאנו הנה ליהנות.
אני אפילו לא בודקת בשעוני אם הגיעה שעתי
להיפתח.
החמה מתכווננת לשקיעה,
הקרנבל במרוצה
לחידוש נצנוציו,
למעבר להלך מפתה.  
וגם אנחנו מחליפים
בגדים, מחלקים למשהו יותר נוח,
מחליפים את המאמץ להתאחד, במרוץ אל המיטה
אבל רק כדי לישון וכמה שיותר מהר.
בסוף, הקרנבל גבר עלינו.
כל שנותר לנו
זה לגרור גופינו העייף הביתה, חזרה אל מלחמתנו היגעה.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

C'est sym­pa de te revoir

 

 

 

C'est sym­pa de te revoir
En ban­lieue
Dans une ver­sion minia­ture et adou­cie
De nos vies pro­saïques.
C'est sym­pa de te voir
Étreint par un pull bigar­ré de brun,
De voir
les douillettes mailles sub­ur­baines
Embrasser tes pelotes de dési­rs dés­illu­sion­nés.
Tu as l'air de tel­le­ment te suf­fire ain­si.
C'est sym­pa de se revoir en ban­lieue
Comme deux losers
Même pas capables d'aller en ville
pour s'enivrer.
C'est sym­pa de te revoir en ban­lieue
Assez ennuyeux aus­si
Si bien que je ne vais pas
Trop trop trop
Avoir hâte
D'une pro­chaine fois.

C'est sym­pa de te revoir
Dans une zone presque neutre.
Le seul qui étreigne quoi que ce soit ici
C'est ce pull bigar­ré que tu portes
Et qui pro­tège ton petit ventre som­nolent.
Les tigres, en  ban­lieue, se changent en chats tigrés qui bâillent.
Nous nous accro­chons à la seule bar­rière qui nous reste,
Ce voile de brume sub­ur­bain,
Que nous n'avons jamais choi­si de dis­si­per,
De  même que jamais je ne rase­rai ta barbe auburn
Pour révé­ler l'audace de ta bouche,
De même que je n'enfonce pas mes doigts
Dans la laine brune qui t'entoure
Pour en tirer un fil
Et déga­ger
Une sorte de
Cœur.

 

 

 

Nice to Meet You in the Suburbs

 

 

 

It's nice to meet you
In the sub­urbs
In a sof­te­ned minia­ture ver­sion
Of our pro­saic lives.
It's nice to see you
Embraced in a brown pied swea­ter,
To see
The sub­ur­ban cozy yarns
Hugging your des­pe­rate yearns.
You seem so self-contai­ned that way.
It's nice mee­ting you in the sub­urbs
Like two losers
That didn't even make it to the city
To get drunk.
It's nice mee­ting you in the sub­urbs
Almost boring enough
So I won't
So so so much
Look for­ward
To the next time.

It's nice to meet you
In an almost neu­tral zone.
The only one that hugs any­thing
Is this pied swea­ter of yours
Protecting your round, drow­sy bel­ly.
In the sub­urbs tigers become yaw­ning tab­by cats.
We cling to the only bar­rier we have left,
The fog­gy sub­ur­ban veil,
We never chose to remove,
The same way I won't ever shave your rus­set beard
To reveal how bold your mouth can be,
The same way I'm not poking my fin­gers
Into your brown sur­roun­ding wool
To pick a thread
And pull out
Some kind of
Core.

 

 

 

נחמד לפגוש אותךָ

 

 

 

נֶחְמָד לִפְגֹּש אוֹתְךָ,
בַּפַּרְבָּרִים,
בְּגִרְסָה מְרֻכֶּכֶת, מְמֻזְעֶרֶת,
שֶׁל חַיֵּינוּ הַפְּרוֹזָאִיִּים.
נֶחְמָד לִרְאוֹת אוֹתְךָ
חָבוּק בִּסְוֶדֶר חוּם מְנֻמָּר,
לִרְאוֹת כֵּיצַד חוּטֵי הַצֶּמֶר הַמְּנַחֲמִים
מְאַמְּצִים לְקִרְבָּם וְסוֹפְגִים
אֶת כְּמִיהוֹתֶיךָ הַמְּיֹאָשׁוֹת.
נִרְאֶה שֶׁאַתָּה צָרוּר הֵיטֵב בְּתוֹךְ עַצְמְךָ.
נֶחְמָד לְהִפָּגֵשׁ  בַּפַּרְבָּרִים,
כְּמוֹ שְׁנֵי לוּזֶרִים
שֶׁאֲפִלּוּ לֹא הִצְלִיחוּ לְהַגִּיעַ הָעִירָה
כְּדֵי לְהִשְׁתַּכֵּר.            
נֶחְמָד לִפְגֹּש אוֹתְךָ בַּפַּרְבָּרִים
כִּמְעַט מְשַׁעֲמֵם מַסְפִּיק
כְּדֵי שֶׁאֲנִי לֹא כָּל כָּךְ כָּל כָּךְ כָּל כָּךְ
אֲצַפֶּה
לַפַּעַם הַבָּאָה.
נֶחְמָד לִפְגֹּש אוֹתְךָ
בְּטֶרִיטוֹרְיָה כִּמְעַט נֵיטְרָלִית.
אַף אֶחָד פֹּה לֹא מְחַבֵּק אַף אֶחָד,
לְמַעֵט הַסְּוֶדֶר הַחוּם הַמְּנֻמָּר הַזֶּה שֶׁלְּךָ,
מְגוֹנֵן עַל בִּטְנְךָ הָעֲגַלְגַּלָּה, הַמְּנֻמְנֶמֶת.
בַּפַּרְבָּרִים, נְמֵרִים הוֹפְכִים לַחֲתוּלֵי חֲבַרְבּוּרוֹת מְפֻסְפָּסִים, מְפֹהָקִים, מְפֻסְפָסִים.
אֲנַחְנוּ נֶאֱחָזִים בַּחוֹצֵץ הַיָּחִיד שֶׁנּוֹתַר לָנוּ,
רַעֲלַת פַּרְבָּרִים מְעֻרְפֶּלֶת,
שֶׁלְּעוֹלָם לֹא נִבְחַר לְהָסִיר,
כְּשֵׁם שֶׁלְּעוֹלָם לֹא אֲגַלֵּחַ אֶת זִיפֶיךָ הַחֲלוּדִים
כְּדֵי לַחֲשֹׂף כַּמָּה נוֹעָז יָכוֹל פִּיךָ לִהְיוֹת,
כְּשֵׁם שֶׁאֵינִי נוֹעֶצֶת אֶצְבְּעוֹתַי,
בַּסָּרִיג הַסּוֹבֵב אוֹתְךָ בְּסוֹרְגֵי חֹם
כְּדֵי לִבְחֹר בְּחוּט אֶחָד
וְלִמְשֹׁךְ הַחוּצָה
אֵיזֶשֶׁהוּ סוּג שֶׁל
לִבָּה.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Cris

 

 

 

 

 

Gladys lais­sa ses cris
trop long­temps, dans un pot à bon­bons.
Il n'en reste que dou­ceur
devant laquelle Gladys est une mouche que ses dési­rs effraient.

Sa las­si­tude n'est pas assez tenace,
ni ses cris qui s'effacent,
et bien qu'elle ne tienne pas par­ti­cu­liè­re­ment aux cris
qui laissent des taches indé­lé­biles,
le flot du sang par­court le corps
même s'il ne s'égoutte pas dehors.

C'est même moins fati­gant que de crier.
Et que sait-elle ? Rien.
Elle entend seule­ment par­fois la gêne
crier l'urgence.

On ne doit pas for­cé­ment crier pour décla­mer de la poé­sie.
Mais c'est tou­jours san­glant.
Et sexy.

 

 

 

Shouts

 

 

 

Gladys left her shouts
in a can­dy jar, for too long.
Only sweet­ness remains from them
toward whom Gladys is like a fly who fears its desires.
 
Her tired­ness is not stub­born enough,
like her fading shouts,
and though she is not neces­sa­ri­ly in favor of shouts
that leave irre­mo­vable stains,
blood streams through the body
even if it's not drip­ping out of it.

It's even less tiring than crying.
And what does she know ? Nothing.
Just that some­times she hears embar­ras­sing things,
scream out the crises.
 
To chant poe­try it's not neces­sa­ry to shout.
But it's always bloo­dy.
And it's sexy.

 

 

 

צעקות

 

 

 

סִימָה הִשְׁאִירָה צַעֲקוֹתֶיהָ
בְּקֻפְסַת מַמְתַּקִּים לִזְמַן אָרֹךְ מִדַּי.
נוֹתְרָה מֵהֶן רַק מְתִיקוּת
שֶׁכְּלַפֶּיהָ סִימָה הִיא כִּזְבוּב הַפּוֹחֵד מִתַּאֲווֹתָיו.
 
הָעֲיֵפוֹת שֶׁלָּהּ אֵינָהּ עִקֶּשֶׁת דַּיָּהּ
כְּמוֹ צַעֲקוֹתֶיהָ הַדּוֹעֲכוֹת.
לַמְרוֹת שֶׁהִיא לֹא בְּהֶכְרֵחַ בְּעַד הַצְּעָקוֹת
שֶׁמַּשְׁאִירוֹת כֶּתֶם בַּל יִמָּחֶה,
הַדָּם זוֹרֵם בַּגּוּף
גַּם אִם אֵינוֹ נוֹטֵף מִמֶּנוֹ.
 
זֶה אֲפִלּוּ פָּחוֹת מְעַיֵּף מִלִּבְכּוֹת.
וּמַה הִיא יוֹדַעַת. כְּלוּם.
רַק שֶׁלִּפְעָמִים הִיא שׁוֹמַעַת אֶת הַמְּבוּכוֹת
צוֹרְחוֹת אֶת הַמַּשְׁבְּרִים.
 
לָשִׁיר שִׁירָה זֶה לֹא בְּהֶכְרֵחַ לִצְעֹק.
אֲבָל זֶה תָּמִיד דָּם.
וְזֶה סֶקְסִי.

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 30 mai 2016|Catégories : Blog|

TROUVEUR

 

 

 

 

 

Dis-moi si tu aimes, com­ment va ton cœur

Devant le poème si tu vois ce qui est

Présent et caché sous son masque

Un nau­fra­gé volon­taire

Dis-moi si tu aimes, com­ment va ton cœur

Sur une île de silence si tu regardes bien

Une paix à peine née

Un vieil enfant

Dis-moi si tu aimes, com­ment va ton cœur

Entre deux sou­pirs entends-tu

Les bruits du monde

Une mort annon­cée

Dis-moi si tu aimes, com­ment va ton cœur

Poignée de grains dans la main du semeur

Dans le sillon de la plume

Ton conten­te­ment

Dis-moi si tu fais ton bon­heur

D’un chant d’oiseau d’un vol de vent

Accroches-tu les étoiles

Dans le ciel de ta tête

Dis-moi si tu fais ton bon­heur

D’un gémis­se­ment de moi­neau d’un cri d’enfant

Dans la poi­trine d’un humain

Dans la cage de tes mains

Je te dirai alors le mal­heur des sans nom

L’aigreur de n’avoir pas

Un ami qui ne soit pas moi

Un tré­sor sur qui veiller

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

POUR TE DIRE

 

 

 

 

 

Quand j’irai chez toi je sou­ri­rai

Et tu ouvri­ras grand ta porte quand

Seulement tu enten­dras ce que

Nous sommes vingt années de rêves

 

Je vou­drai te dire que je t’aime

Mais tu es si loin, cou­ra­geuse,

Les blés s’ouvrent à ma porte

Nous sommes vingt années de rêves

 

Tu gran­di­ras aux bords abî­més de mon corps.

Forgé par les sou­ve­nirs un visage se noie

Une route au-des­sus des nuages rouges

Nous sommes vingt années de rêves

Qui a dit que nous nous ren­con­tre­rons

Au milieu des pierres tu es l’oasis

Une route au-des­sus des nuages rouges

Ton regard sur le mien et ces pen­sées sur mon corps

 

Tu sculp­te­ras la col­line aux vents qui s’offre

Et l’homme dit que sur la pierre il a soif

Son regard sur le tien et ces pen­sées sur ton corps

Une route au-des­sus des nuages rouges

 

Les pierres des mai­sons res­semblent à tes mains

Tu es le soleil dans mes che­veux blancs

Et quand tu vois la neige s’éteindre

Tu des­sines des soleils dans le gris des poèmes

 

Je pren­drai le temps pour te dire

Nous nous élè­ve­rons en aéro­plane

Tous au-des­sus des villes ma ville bleue

Dessine des soleils dans le gris des poèmes

 

Nous pren­drons le temps de vivre deux fois

Avec les pierres de l’amour, l’eau des col­lines

Une route au-des­sus des nuages rouges

Dessine des soleils dans le gris des poèmes

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Oh ! La nuit est tom­bée sur Athènes ce matin !

 

 

 

 

 

Oh ! La nuit est tom­bée sur Athènes

Oh ! Pénélope et Ulysse ont de la peine

La déesse Liberté et le dieu Amour

Reverront-ils la lumière du jour ?

 

Télémaque l’enfant ne connaît pas les pré­ten­dants

Qui pour une poi­gnée de dol­lars ont construit le néant

Et la parque endeuille le peuple des rues

Et l’humaine déchaus­sée reste nue

 

Qui a lais­sé faire les princes de la guerre

Qui a démo­li la paix de cette terre

Qui a eu peur de dire le temps

Qui col­la­bore avec les méchants

 

Oh ! La nuit est tom­bée sur Athènes ce matin

Et vrai­ment le peuple dort-il où le feu est éteint

Car l’ombre de la ruine guette les pays voi­sins

Qui ne se sou­cient ni des grecs ni du malin

 

Tant que nous irons au temple pour prier

Tant pour l’exemple les prêtres pour­ront voler

Et le pain des jours et la lumière à la nuit

S’en iront en fumée et sans bruit

Je n’ai pas fait mon ser­vice uni­ver­si­taire

Mais je sais pour mes enfants le besoin

D’avoir l’amour pour grand-frère

Et la liber­té pour pain quo­ti­dien

 

Oh ! La nuit est tom­bée sur Athènes ce matin !

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

DIHYA

 

 

 

 

 

Le vent dans son voile dénude ses rêves

Sa marche pres­sée est une fuite en avant

Car jamais sur cette Terre il n’y a de trêve

Jamais l’Arche ne délivre son désir d’enfant

 

La mer épique roule ses hanches d’écume

Dihya chante en elle pour ne pas pleu­rer

Les ruines où son cœur dor­mant est enter­ré

Dans les cendres chaudes des nuits d’amertume

 

Le souffle d’Éole la porte sur son aile

Je vou­drais mais ne peux mar­cher avec elle

Sur le sol de mes étés je gémis bles­sé

Mes gar­diens ont le visage noir fumée

L’eau salée de toutes les larmes de pluie

Laveront-elles toutes les bles­sures du jour

Dans le ciel rouge les étoiles brillent pour

La fin des fins blêmes tout au fond de la nuit

 

Dihya cour­bée sur sa marche fran­chit l’horizon

Le vent dans son voile lui chante une chan­son

Berceuse pour celles qui sont déjà veuves

Et de guerre et de ter­ribles épreuves

 

Le vent dans son voile dénude ses rêves

Sa marche pres­sée est une fuite en avant

Car jamais sur cette Terre il n’y a de trêve

Jamais l’Arche ne délivre son désir d’enfant

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

LA FIANCÉE

 

 

 

 

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Et ta che­ve­lure jaillis­sait au soleil

Pendant que ta bouche rou­gis­sait ver­meille

Ton nez élo­quent toi­sait l’air vif sans pareil

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Et tes yeux brillants reflé­taient le ciel

À ton front pen­dait une mèche rebelle

Tes pom­mettes en sang rou­laient pêle-mêle    

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Et ton rire se confon­dait à mon rire

Nos bras s’ouvraient pour que l’un à l’autre s’offrir

Ne soit plus sans paroles pour jamais mou­rir

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Et nous deux au soleil devant les étoiles

Dans l’Univers des soli­tudes banales

Nous dan­sions gaie­ment à notre pre­mier bal

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Soudain le ciel s’ouvrait et le ton­nerre

Et les éclairs et le déluge sur la Terre

La pluie noire d’encre et de sang amers

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

L’orage déchi­rait ce mor­ceau de toile

Et frois­sait ta parure ori­gi­nale

Dans une orgie d’injures dites par des ves­tales

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Mais à mon réveil tu n’étais plus fian­cée

Des humains en colère t’avaient frus­trée

De mon vrai amour éter­nel­le­ment dam­né

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Sur la place publique ils m’ont mis aux fers

Vaine est ma sup­plique aux bour­reaux de l’Enfer

Le rêve est per­mis quand on vit sous la terre

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Et ta che­ve­lure jaillis­sait au soleil

Amoureux de vivre j’étais sans pareil

À boire à ta bouche le vin de la treille

 

Oui, j’ai rêvé que tu enle­vais ton voile

Mais je marche dans le grand désert des humains

Couronne sur la tête une lyre à la main

Te délivre avec mon poème de vilain

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 16 mai 2016|Catégories : Blog|

 

 

 

 

 

Freiné dans son élan
dépouillé de ses rives
le fleuve dans le lac
sub­siste par l’effort
opi­niâtre et secret
de pour­suivre son cours
dis­sous et confir­mé
en des eaux dif­fé­rentes
au des­tin immo­bile.

Son che­min se per­dra
une der­nière fois
dans le del­ta aux bras
mul­tiples grands ouverts
sur la mer.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Que ce soit le che­min du haut
menant à l’école et l’église
ou celui du bas, pro­pice aux ren­contres
amou­reuses, ils sont cou­verts de boue.
Emprunte-les l’un comme l’autre
sans craindre de macu­ler tes sou­liers :
c’est dans cette argile où s’impriment
tes pas que se des­sine                    
la voie d’une nais­sance,
le pou­voir de trou­ver
au bout, à la jonc­tion des routes,
les don­nées du départ
uni­fiées, corps et âme réunis.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Parvenir à la mai­son
qui résiste                
au souffle de l’Inconnu
et l’accueille
par des cloi­sons mobiles
sans dom­mage
lui ménage sa place

mai­son aux larges baies
de libre res­pi­ra­tion

mai­son ardente
que sa flamme renou­velle

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Poisson mobile et muet
en che­min vers les grands fonds,
pro­longe ta nage jusqu’aux parages
où l’eau devient feu
et toi sala­mandre
sans fin dans la flamme
vivante

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Tout pas­se­ra        
empor­tant      
la pesan­teur
de mille insuf­fi­sances

Tout pas­se­ra

Seul res­te­ra
mieux noué
ce qui unit

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 2 mai 2016|Catégories : Blog|

 

C’est à flanc de mon­tagne, la découpe d’une presqu’île
Qui porte ronde et tra­pue une vieille de dix siècles usée,
« Mère église. »
Elle couve sous ses chaumes un cime­tière d’herbes et d’ombres.
Tous les soirs, à l’heure dite douce
Quand les der­niers feux entre les pics rasent
C’est à petits pas trot­tés qu’elle avance
La jar­di­nière des noms,
Broc et arro­soirs clin­quant la marche.
Dans le champ des tombes qu’elle les­sive et astique
Elle arrose les morts l’un après l’autre.
Et pas que les siens
Tous
Tous les êtres qui ci-gîsent.
Elle frotte et désal­tère en tau­lière pro­digue
Les assoif­fés de l’autre monde qui fré­missent d’imploration,
Insatiable demande que ce peuple de terre,
Depuis leur gîte, même éten­dus, consis­ter ils veulent.

Si le mal­heur est la perte du séjour
Bien heu­reux ces morts-là 
Qui, sous la caresse d’une jar­di­nière, reposent.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Le long mar­chan­dage de ses membres
La vieille l’a tant traî­né
Ils ne la portent plus,
Les bras lui en tombent
Et les jambes cou­pées.
Fichu troc
De contre­bande 
Contre bouts d’existence
Et puis­sance d’un ins­tant,
Frayés.
À pré­sent,
Petite ombre voû­tée,
Elle glisse der­rière moi.
J’entends,
Pas du tout feu­trés,
Ses pas à pas contre pavés,
Rude caresse du rabot
Réveille l’enfance râpeuse.
En sabo­teur,
Le temps et ses à-coups
L’approche de la terre
Copeau après copeau.
Rabotés les pieds, d’autant de pas avan­cés,
Couche après couche rape­tis­sée,
Elle se rata­tine au son de la lime.
Doux grin­ce­ment 
Cependant.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Berlin,
Je marche sur des trot­toirs pavés,
Petits car­rés de gra­nit blanc s’enchevêtrent sage­ment,
Égarés par­mi eux devant cer­tains seuils
Petits car­rés de bronze, je croise.
Ils font signe dans tout ce blanc car­re­lé,
Isolés ou par deux, petits car­rés ternes ou brillants
Creusés de traits, lettres, chiffres,
Comme scel­lés de mémoire.
Je me penche.
Ci-gît, le der­nier pas­sage de l’hôte du lieu,
Du foyer au camp, seuil ultime de l’humain.
Entre son gîte accueillant et la bar­ba­rie qui se tapit,
Les petits car­rés de cuivre et de gris
Ourlent la mémoire des deux, sur le seuil de la porte, 
Le dépor­té ins­crit avec en ombre le dépor­tant.
Le seuil, le sas, le double S qui sonne ano­nyme, 
Le double es sou­dé au pas de porte,
Ça qui gît,
Le sol qui hurle sous la vaste indif­fé­rence du ciel.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Sur l’océan, les avan­cées de lave gagnent.
Rogne le basalte noir en cou­lées mises en boules.
Au milieu de l’obscure éten­due, un reste de bois,
Arbre mort au tronc unique dres­sé vers le ciel,
Il bran­dit
La véhé­mence de la sur­vie sque­let­tique en os blan­chi au vent.
Devant lui, les entrailles alan­guies de la terre en fusion se jettent.
Elles s’y sont soli­di­fiées encore fumantes d’ardeurs,
Et l’océan les lèche,
En conso­la­teur infi­ni…
De la cha­leur per­due, de la niche quit­tée,
De la course de gueuse arrê­tée ,
De la furie de feu et de chair éteinte.
En conso­la­teur infi­ni,
Il berce de son res­sac, la soif brû­lante à dévas­ter le monde.

Eclaboussées, les vagues accrochent aux pierres endor­mies des étin­celles de lumière,

La vie revient pareille.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La pièce est blanche comme une salle.
Quelque chose de beau sonne sur le clos du car­re­lage blanc en contours.
Privés de mou­ve­ment, l’un comme l’autre,
Privés de sor­tie et de mots en attente,
Ils reposent,
Protégés l’un de l’autre comme pré­cieux.
Quelque chose de beau et de doux résonne dans la pièce emmu­rée
Qui réper­cute estom­pés les bris du dehors en ouate,
Les pen­sées du dedans aus­si.
Quelque chose de beau et de doux éprouve la mère,
Affolée de la chose spon­gieuse, l’insupportable apai­se­ment 
Qui, en douce dou­leur se répand
Quand l’enfant cares­sé est por­té par d’autres bras.
Quelque chose dans ce blanc sur blanc qui réver­bère
La tête de l’enfant enru­ban­née de bandes
Dessous son corps sur le lit bor­dé
Dans la chambre de tous les blancs.
Libre de rela­tions, l’enfant dort pro­fond,
La vie cir­cuit court pulse dans son être de coma,
Il a la tête repri­sée après le choc du vélo dérayant de son cycle.
Retiré du monde, il y manque à pré­sent,
Depuis l’abri qui le berce silen­cieu­se­ment.
La mère le regarde dor­mir en pro­fon­deur,
Depuis ces autres mains qui ont su le sutu­rer,
Elle le laisse repo­ser enve­lop­pé dans d’autres draps.
Quelque chose de beau comme de la grâce
Après la condam­na­tion de la tête trouée,
Coupable se des­serre de l’avoir lâché.
Quelque chose comme la grâce
De le voir repri­sé ailleurs,
Cet enfant-né tom­bé.

 

 

 

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 18 avril 2016|Catégories : Blog|

Yaugurú, Montevideo, 2011

 

 

 

Explicación
 

 

I

 

una isla es una som­bra úni­ca, una tier­ra inau­di­ta,
una toma en pri­mer pla­no de pelí­cu­la ame­ri­ca­na
un ter­re­no de gita­nos sin tiem­po
una cue­va,
la duna con el lobo muer­to
el jardín de Cernianski en Londres
Villa Cleóbulo detrás del cemen­te­rio tur­co
el consul­to­rio de Freud con almo­ha­dones de ter­cio­pe­lo
su sala de espe­ra
Lou-Andreas al atar­de­cer en el vagón de un tren
la Casa de los Aduaneros y la angus­tia de Montale
la habi­ta­ción 303 del Hotel Gellért en Budapest
el balcón sobre el puer­to de Poros
la noche de Theodorakis en el Herodes Atico
el vie­jo cuar­to del seis­cien­tos uno
la sala en penum­bra en el cam­po y la araña en el rincón
el acua­rio de Dubrovnik
una conver­sa­ción sobre poesía
una poesía
la angus­tia de la tra­duc­ción de una poesía

 

 

 

II

 

 

la isla de Egina
su mira­da
una cue­va en la isla de Jersey
una batal­la en los Balcanes
un anillo en el fon­do del lago de Ohrid
un guía tamil tras los ras­tro­jos
la som­bra en un cuen­co de laca
el mila­gro del jade tur­bio
la obse­sión del amante del norte
la habi­ta­ción de Emma y León en el Hotel de Boulogne
un bar­co en la calle del hori­zonte
Montague Street
un fado de Misia
un aba­ni­co japo­nés cer­ra­do
el sol­da­do en su monas­te­rio
un poe­ta muer­to por la espal­da,
un can­to de due­lo,
el tiro de gra­cia

 

 

 

III

 

 

un acorde de bajo
un galpón con cone­ji­tos col­ga­dos de las vigas
la sangre en las heri­das
el aria de una ópe­ra
una altu­ra ter­rible
una igle­sia bizan­ti­na
al caer la tarde el olor de los cere­zos
el aura de tus sienes
el bali­do de una cabra en la nieve
una lla­ga viva,
el broche de mi madre una medu­sa per­la­da
el espe­jis­mo de una estrel­la en la are­na
un cas­ti­go en secre­to
un amor en secre­to, un secre­to :
la mira­da de un cua­dro de mi padre

 

 

 

Explication

 

Traduction de Nelly Roffé

 

 

I

 

 

une île est une ombre unique, une terre inédite,
une prise de pre­mier plan de film amé­ri­cain
un ter­rain de gitans intem­po­rel
une cave,
la dune au loup mort
le jar­din de Cerniansky à Londres
Villa Cleobulo der­rière le cime­tière turc
le cabi­net de Freud avec ses cous­sins de velours
sa salle d’attente
Lou-Andreas au cré­pus­cule dans le wagon d’un train
la Maison des Douaniers et l’angoisse de Montale
la chambre 303 de l’hôtel Gellert à Budapest
le bal­con au des­sus du port de Poros
la nuit de Théodorakis dans l’Attique d’Hérodes
La vieille chambre du soixante et un
la salle dans la pénombre du camp et l’araignée dans le coin
l’aquarium de Dubrovnik
une conver­sa­tion sur la poé­sie
une poé­sie
l’angoisse de la tra­duc­tion d’une poé­sie

 

 

 

II

 

 

l’île d’Égine
son regard
sa cave sur l’île de Jersey
une bataille dans les Balkans
une bague au fond du lac de Ohrid
un guide tamil der­rière les chaumes
l’ombre d’une conque de laque
le miracle du jade trouble
l’obsession de l’amant du nord
la chambre d’ Emma et de Léon à l’Hôtel de Boulogne
un bateau dans la rue de l’horizon
Rue Montague
un fado de Misia
un éven­tail japo­nais fer­mé
le sol­dat dans un monas­tère
un poète mort par der­rière
un chant de deuil,
le coup de grâce

 

 

 

III

 

 

un accord de basse
un han­gar avec de petits lapins pen­dus aux poutres
le sang dans les bles­sures
l’aria d’un opé­ra
une ter­rible élé­va­tion
une église byzan­tine
l’odeur des ceri­siers quand tombe le soir
l’aura de tes tempes
le bêle­ment d’une chèvre sur la neige
une plaie vive
la broche de ma mère une méduse en perles
le miroi­te­ment d’une étoile sur le sable
un châ­ti­ment en secret
un amour en secret, un secret :
le regard d’un por­trait de mon père

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Praga de noche

 

 

 

Entonces era invier­no : como un espe­jo y su estaño
la nieve de la calle refle­ja en amal­ga­ma el cie­lo de la ciu­dad vie­ja
el monu­men­to al monje que­ma­do en la hogue­ra cobi­ja
a los ven­de­dores de cas­tañas asa­das y de obleas
som­bras per­ti­naces.
Tyn, la góti­ca noc­tur­na, des­plie­ga sus escu­dos esca­ma­dos
de hier­ro al aire de la Stare Mesto.
Reinician su dan­za rígi­da los muñe­cos del reloj astronó­mi­co
inclui­da la Muerte.  Muriéndome un poco cami­no
con mis botas y mis guantes de piel.
Me miran las conste­la­ciones y
las esta­tuas de pie­dra del puente anti­guo.
Tengo frío y hoy, por así decir, me hie­ren el can­to
agu­do en las esqui­nas, las líneas como cuer­das de laúd
de las ven­ta­nas, los faroles men­guantes de las calles :
como si se des­pi­die­ra la ciu­dad, o estu­vie­ra dema­sia­do ausente.
La miro refle­jar : en contraste es dora­da, y eso hace una dife­ren­cia
para los ejér­ci­tos de la noche.
Hoy no vale el té de hybis­cos de la kavar­na de cos­tumbre :
si una nube nava­ja afi­la  sobre uno, el rojo del té desa­pa­rece :
cúpu­la, caver­na, sola de inú­til rego­ci­jo.

 

 

 

Prague la nuit

 

 

 

L’hiver alors : comme un miroir et son étain
la neige de la rue reflète  en amal­game le ciel de la vieille ville
le monu­ment au moine brû­lé sur le bûcher abrite
les ven­deurs de mar­rons grillés et d’oublies
ombres obs­ti­nées
Tyn, la gothique déploie la nuit ses écus de fer
écaillés par l’air de la Stare Mesto.
Les auto­mates de la montre astro­no­mique reprennent leur danse rigide
la Mort incluse. Me mou­rant un peu je marche
avec mes bottes et mes gants en cuir.
Les constel­la­tions me regardent et
les sta­tues en pierre du vieux pont aus­si.
J’ai froid et aujourd’hui, pour ain­si dire, me blessent le chant
aigu à l’angle des rues, les lignes comme des cordes de luth
des fenêtres, les lam­pions décli­nants
comme si la ville me quit­tait ou qu’elle se fai­sait trop absente.
Je  regarde son  reflet : dorée en contraste , ceci fait une dif­fé­rence
pour les armées de la nuit.
Aujourd’hui, le thé habi­tuel d’hibiscus de la kar­va­na ne sert à rien :
si un nuage affile son cou­teau sur nous, le rouge du thé dis­pa­raît :
cou­pole, caverne, seule d’inutile conten­te­ment .

 

 

 

 

***

 

 

 

Tarde en Firenze

 

 

 

Nadie cer­ca del cua­dro :
solo
equi­vale a un doble Caravaggio
Artemisia pin­ta la muerte del gene­ral asi­rio
a manos de Judit
/¿cómo entra esta luz vela­da, este
rayo impre­gna­do de pol­vo,
por qué escon­di­da heri­da roja?/
Solos
ante la figu­ra de Judit y la cabe­za de Holofernes
que relum­bran incier­tos
en este úte­ro mati­nal

No hay pasa­do aquí, sólo Artemisia
no hay el ángel del pasa­do que
me sobre­vue­la el cuer­po
que me inter­ro­ga siempre y dis­ci­pli­na.
No hay tam­po­co futu­ro –que lo diga Holofernes-
hay por heri­da una mira­da
secre­ta como un sel­lo :
rup­tu­ra de una seda des­gar­ra­da

 

 

 

Après-midi à Florence

 

 

Personne près du tableau :
seul
il équi­vaut à un double Caravaggio
Artémise peint la mort du géné­ral assy­rien
aux mains de Judit
/​ com­ment cette lumière voi­lée entre-t-elle, ce
rayon impré­gné de pous­sière,
pour­quoi cette bles­sure rouge cachée?/
Seuls
devant la sil­houette de Judit et la tête d’ Holofernes
ils res­plen­dissent incer­tains
dans cet uté­rus mati­nal

Ici, pas de pas­sé, seule­ment Artémise
pas d’ange du pas­sé pour
me sou­le­ver le corps
tou­jours il m’interroge et me dis­ci­pline.
Ni futur non plus- qu’Holofernes le dise-
un regard secret pour bles­sure
comme un sceau :
taille d’une soie déchi­rée

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Montague street

 

 

 

una  noche cual­quie­ra
una noche de llu­via
un hombre regre­sa a su refu­gio
pasa­je­ro sin fron­te­ras
las pala­bras escri­tas
las pala­bras ama­das
las pala­bras que matan
pala­bras que sedu­cen
pala­bras que des­ve­lan
las lle­va en su car­pe­ta

en la ven­ta­na de una casa
una ima­gen ape­nas per­fi­la­da :
una vir­gen su pelo como man­to
las manos uni­das estre­cha­das
ape­nas per­cep­tible en sus tonos tizia­no
a su lado la ilu­mi­na una  vela
vir­gen bellí­si­ma ape­nas pue­do ver­la
per­cibe mi ansie­dad :
el vidrio está empaña­do

yo pasé por esa casa
la noche en que una nos­tal­gia me azo­ta­ba
el pasa­je­ro tam­bién se detiene, la contem­pla
como sino de su estrel­la

al lle­gar al refu­gio sólo pien­sa en la ima­gen
empie­za su poe­ma :
“Una noche al vol­ver a mi rua Aurora”

 

 

Rue Montague

 

 

 

une nuit quel­conque
une nuit plu­vieuse
un homme retourne à son refuge
pas­sa­ger sans fron­tières
les paroles écrites
les paroles aimées
les paroles meur­trières
mots qui séduisent
mots qui dévoilent
il les porte dans sa besace

der­rière la fenêtre d’une mai­son
une image se pro­file à peine :
une vierge sa che­ve­lure la couvre
ses mains étroi­te­ment unies
à peine per­cep­tibles dans leurs tons titien
près d’elle une bou­gie l’éclaire
si belle cette vierge à peine puis-je la voir
elle devine mon anxié­té :
la vitre est trem­pée

je suis pas­sée devant cette mai­son
une nuit de nos­tal­gie
le pas­sant s’arrête aus­si, la contemple
comme des­tin de son étoile

Arrivé au refuge il ne pense qu’à l’image
il com­mence son poème :
« Une nuit je reve­nais dans ma rue Aurora »

 

 

 

 

***

 

 

 

Cortejo míni­mo III

 

 

 

lle­va­ban su cor­te­jo
en las tardes y en las noches nun­ca
al alba que enlo­quece las almas
que trans­for­ma la brea roja en sangre
que apa­sio­na los nar­dos nun­ca
al alba que prohíbe el ses­go
lla­ma­do cuer­po
la nava­ja lla­ma­da beso blan­co :
lle­va­ban su cor­te­jo casi a solas
con las copas del mar­ras­qui­no del
vie­jo arma­rio del vaso de Dubrovnik
y el cami­nar en el monte
ella obse­sio­na­da en su deseo
él sos­te­nién­do­la /​leve pena­cho de roble en primavera/​
ella creía en un corazón ardiente
creía espe­cial el amor de un corazón ardiente

como a una alhu­ce­ma él la sos­tenía
lle­va­ban su cor­te­jo de ves­ti­do de seda
(la salu­da de lejos desde
la car­re­te­ra roja)
pro­me­sa de corazón ardiente :
sería un refu­gio de mira­da efí­me­ra
sería como el comien­zo de una lla­ma

 

 

Cour minime    III

 

 

Ils menaient leur cour
les soi­rées, les nuits jamais
à l’aube qui rend les âmes folles
qui trans­forme la brai rouge en sang
qui pas­sionne les nards jamais
à l’aube qui pro­hibe le biai­sé
appe­lé corps
la lame blanche bai­ser blanc :
ils menaient leur cour sans témoins
avec les coupes du maras­quin du
vieil armoire du vase de Dubrovnik
et ce che­min dans la mon­tagne
elle obsé­dée par son désir
lui la soutenant/​ léger panache de chêne au printemps/​
elle qui croyait en un cœur ardent
qui croyait cet amour spé­cial en un cœur ardent

il la sou­te­nait comme une lavande
ils menaient leur cour d’habit de soie
/​il la salue de loin depuis
la route rouge/​
pro­messe de cœur ardent :
ce serait un refuge de regard éphé­mère
ce serait comme le début d’une flamme

 

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 5 mars 2016|Catégories : Blog|

 

 

 

Ici
la ruche des noms
bour­donne
de morts illustres
Un peu de leur miel
coule
dans mes veines
d'Africain
Douceur du pont jeté
entre la source
de mon chant
et l'embouchure
de leur fleuve

 

 

 

 

***

 

 

 

Résurrection

 

 

La mémoire s'époumone
Les sou­ve­nirs s'éveillent enfin
Des fan­tômes de ten­dresse
dans la mai­son
qui renait de ses cendres
bercent
la soli­tude d'exister
L'on aime le baume
des regards
et les voix qui résonnent
fami­lières
dans la chambre obs­cure
des rêves

 

 

 

 

***

 

 

 

Promesses

 

 

Je ne son­ne­rai plus
à la porte de l'étranger
qui parle en mon nom
double de mon errance

Je ne pren­drai plus
le train incan­des­cent
pour délais­ser
la sim­pli­ci­té des braises

Je ne tri­che­rai plus aux cartes
avec la Mort
pour rafler la mise

Je ne deman­de­rai rien
à la Vie
à son cœur étoile
dans la poreuse nuit

 

 

 

 

 

***

 

 

 

Lonely

 

 

La tombe de ta mère
ta mémoire
sa fic­tion
Le bruit d'un avion
dans la nuit
ta geôle l'exil
Le masque de fer
de ta vieillesse
le miroir ce bour­reau
Toi mar­tyr polaire
dans le mirage cha­leu­reux
la mul­ti­tude

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

Soif

 

 

L'été me pousse
vers la mar­gelle du puits
M'attend un seau d'étoiles
et de sco­ries
Je bois à longs traits
notre rai­son d'être
la néces­saire alliance
du rêve et de la veille
impure

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:51+00:00 7 décembre 2015|Catégories : Blog|

 

La Nef

 

Dans la pierre, une croi­sée des che­mins
L’épée aux lèvres de Verbe, l’âme cise­lée
Des temps anciens,
Sonne dans l’azur des siècles
L’œuvre à por­tée de main,
La jonque alen­tour des feuillants incli­nés
Rythme en grâce les détours,
Les pénombres odo­rantes de lumière,
La main se tend, à l’ode de la rai­son délais­sée
Et dans les mur­mures où la blanche nature
Ce matin essaime sa brume lac­tée
La Fidèle droite rayonne l’originelle
Andante des élé­ments récon­ci­liés,
Des sabots-de-Vénus font ser­ment
De tous jours lui insuf­fler la pri­mor­diale
Allégresse qu’un tel des­tin est à appri­voi­ser
La main se tend vers la nup­tiale maî­trise
Qu’un don seul de cœur à l’aube révé­lante
Des damiers ajou­rés où le pas humble
Et aimant a mené, au midi, au levant,
La main se tend en une seule nuit,
Au-devant de la lame jurant
De tenir poi­gnée dans un lan­gage d’enfant,
De prendre l’épée au fir­ma­ment de son étoile
Celle d’une vie de quête dans la joie de cher­cher
Prendre l’épée dans la main
Ne rien connaître tout oublier,
Etre une herbe, un dési­rant, humer l’air
Coquillage des yeux s’ouvrant
S’enlaçant, les corps en béni­tier,
Dessillé, devant
Un calice, une épée
Etre source et immen­si­té,
Une coupe, une épée.
La lame est faite en sa teneur
D’unifier le sens et l’œuvre
La main se tend, c’est un che­min
Où la vie choi­sit de se don­ner
Dans son entière géné­ro­si­té.

 

***

 

Le Souffle d’Eve

 

La Joie est-elle une arcane
L’arc-boutant d’une cathé­drale invi­sible
Une graine d’entière lumière libre
De la fleur du sens au fruit de l’innocence,
Doucement langue au chant du matin
Mon âme, tra­verse ce gué,
Réveil l’if au son des tam­bours,
La terre-mère pou­droie la pluie
Ondoie les peaux d’épiphanie,
Le ber­ger cueille l’herbe res­pi­rée
Des vents, l’altérité au son du vivant
Vénère en joie la nais­sance de l’émoi
Révère
Relève, sa part de vie et de croire
Elève, son aube
Relève, son intui­tion immé­mo­riale
La Joie est blanche mûre de la Beauté
Le Souffle-mon enfant
Parole réin­car­née, neuve
Ton visage de ten­dresse
Est le livre des rives de l’éternité.
La Joie ténue et libre
Du che­min déjà tra­cé en soi
Deux mains s’unissant
Se retrou­vant
Te don­ner mon don de t’aimer
Tout nous est dit
Dans le temps d’une année
Corps exul­té au répons
De l’onde envole l’oraison
Une prière muée
Transvasée, offrande révé­lée,
La Joie phi­lo­so­phale
Dans ce corps Antique
Mesure du mou­ve­ment
Allégresse en ellipse
Régresse, vide
Jusqu’à la nuée élo­quente
Pour retrou­ver
A l’alentour de l’aurore
Les yeux ren­trés
Dans le voile de lumière blanche
L’azur du Verbe
La Joie.

 

***

 

 

Ardente

 

Aria de laby­rinthe, les cieux
Voûtent l’évidence aux creux des reins
Forgent ce voyage des noces alchi­miques
Des trou­blantes cor­res­pon­dances
L’Ange a dépo­sé le royaume per­du
Eveil de la conscience Absolue
L’âme tra­verse la carya­tide inté­rieure
Celle des beau­tés dis­tinctes et pérennes
Le palais où chaque angle est la Geste
D’un chant spi­ral, le corps à demi-nu
Danser, exul­ter en folle sagesse
La com­mu­niante par­ti­tion
Quand les courbes encore
Sont volutes de caresses
Quand la Nature et Vénus
Sont abon­dantes d’être prê­tresses
En la Symphonie éveillée
Celle des aubes révé­lées,
La Flamme immé­mo­riale
Danse, danse, danse,
Esprit en un enla­cé, œuvrant
La rosace embra­sée
Du don accor­dé.

 

***

 

Dialogue pour ton chant Fidèle. Hommage

 

Aux confins des temps le mur­mure de l’attention
S’écrivait à la palme du cœur, enfance d’amande divine
La conque des chants mil­lé­naires dan­sait d’étoiles
Une flèche irrigue, sa pointe est une source,
Transvaser tel un arc saillant, être onde de beau­té
Flux et reflux d’une spi­rale à l’ode révé­lée
Aurore, être ta ten­dresse renou­ve­lée
Le pré­sent de ta comète écrit l’aimant au souffle
Scintillant de ton panache de Voie Lactée,
Universel est le lan­gage des intui­tions sen­sibles
Les ponts se tra­versent tels des arches inver­sées
Passer, don, nous élè­ve­rons pierre par main adou­bée
Au loyal élan de tous jours nous avions appe­lé,
Doux est le retour en son ver­ger quand l’acanthe flam­boie
Les ormes s’inclinant à l’acmé de l’émoi don­né,
Un pré­sent où l’unique est le centre du rythme
Sensible être, tu es ta Joie dis­tincte, déli­cate
L’harmonie du fris­son qui est l’apparaître
La gra­ti­tude rayon­nante te recon­naît en enfance
D’Homme, bien­veillance, vaillante âme apai­sée,
Les blés chantent l’olifant de l’allégresse
La grâce s’incurve à la caresse de ton ivresse
Libre, tant la dimen­sion est ins­tant du renou­ve­lé,
Haut les cœurs, magis­trale géné­ro­si­té
La conquête est une fidèle cor­res­pon­dante
Quand l’amitié de la Nature est sa source de nuance
A celui qui donne, sonne, la soie de sa ver­tu, revient l’immensité
Une allé­geance où le Mystère de l’engagement est union
O gué ! Elabore en rece­voir la géo­mé­trie des fruits de l’attention
La Bonté est char­nue des délices ima­gi­nés, de ce qui est créa­tion,
Les rameaux de l’innocence nour­rissent l’amante cir­con­vo­lu­tion
Quant à cueillir l’étoffe de la beau­té de l’étrenne,
Etendre l’étreinte jusqu’à l’offrande de la lumi­neuse droi­ture
L’essentielle nature à l’aube du matin perle sa pré­sente ramure
A la lignée des temps l’amplitude d’une seule âme, gra­ti­tude
Révèle, à l’épiphanie d’Eros, au pos­sible de l’héroïque,
Harmonie de l’émoi divin, ain­si une goutte de rosée sur la feuille
Inclinée est tendre en son volup­tueux sillon, bai­gnez-vous
A l’orée dévoi­lée, à la lyre qui ins­pire le tout aimé.

 

***

 

 

La pro­vi­dence légère

 

Grâce du lever, au dire de l’olivier et du lau­rier
Ornant le front encore tendre de la dou­ceur de l’aube réveillée
Allons, au témoin des aimantes diseuses, Dame Nature
De la roche au cris­tal, à l’andante miné­ral, est dia­mant
De verve ner­vure, exhale, les cor­res­pon­dances par­fu­mées
Lorsqu’au répons du chant l’Esprit bruisse la caresse bénit de son audace
L’armoiries de son orée est au ciel d’azur une noce aux ailes flam­boyantes
Le cœur vif à la voyelle de l’Agapê, les nuages vibrent au blanc du silence
Tels des pétales d’apparaître où la pré­sence de l’étamine d’un fécond soleil
Vague en rayon de Joie l’ellipse de nos songes, l’innocence ver­meil,
Le cerf règne en la forêt du pas­sage, au gué de l’amour, aux sources cla­po­tantes
Racines de miel fouis­sant l’humus, le pol­len s’élance,
Ondoie nos corps d’épiphanie, nos fra­giles trans­hu­mances tendent à l’étoile
De la Beauté, l’astre rémi­nes­cent  épure la noble conni­vence, can­dides
Les portes de la Voie Lactée, rameaux légers, constellent les sai­sons
De la renais­sance fleu­rie aux fruits de l’Automne, le sablier ami est un nombre
Où la flamme danse la mélo­pée des âges, vitrail ouvre la lumière !
Architecture d’opale où l’arc-en-ciel de ton chef-d’œuvre donne l’ouvrage
De la lyre du ciel aux son­nets à la syl­labe de lys, les voûtes taillées à l’élan de la Geste
Sonnent la loyale Merveille à l’égale de l’excellence, lune ren­contre la flèche du soleil,
Verse ton eau de la pomme à l’Absolu, en flux et reflux, ardente,
Le sublime est la main dont le cœur chante la rose­raie des âges mariés
Les val­lons de gorge ascen­dante libres ori­flammes répandent une har­diesse
Veloutée d’herbe où l’océan des blés est une offrande, cueillons la langue
Celle du don de nos éclats où la fleur s’épanouie au chant de la tiare
Sa gemme est une âme de mys­tère d’un roi, une aimante fit son sacre
A l’aubade d’un fris­son d’émoi ain­si en leur mesure prou­vée la fine
Végétale devint femme, la corolle de sa Joie le lui a don­né,
Il est à la grâce des vents, à l’ode de l’ombrage des chants
De savants édi­fices qui com­plices à l’attention de nos entières
Ballades de songes ser­tissent la vision pour lui don­ner son pré­sent
Une ode à la Beauté celle où il est le temps d’aimer, maître de vie
L’accord des répons auda­cieux sont au délice des liens don­nés,
La source vive de l’inquiète, dési­rante atten­tion aux jours flam­boyants
A ce mys­tère évident que nous les bri­sants en écume d’aimant, les comètes ten­dresses
Les arpèges de tona­li­té savou­reuse, un genou flé­chi, la main dan­sante,
La caresse des au-delà du temps, nous sommes, mes­sa­gers au Royal accord de la Traversée.
 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 7 décembre 2015|Catégories : Blog|

 

J’ai mis ton chien dans mon poème.
Il y a bavé très long­temps.
Je pense à des dimanches blêmes
d’hiver où il pleut dou­ce­ment,
au mois de mai qui veut qu’on aime
et qu’on embrasse son amant.
Je veux sor­tir de la semaine
et voler éter­nel­le­ment.

 

***

Avec sa canne de clo­charde
une rousse vieillie navigue
vers une pente où l’on bavarde
comme au prin­temps sur la gar­rigue.
Voici l’été et il me tarde
de trou­ver le par­fum des figues
que leurs feuilles et branches gardent.
Où vas-tu cer­ceau de fatigue ?

 

***

L’acharnement de sombres coups
agite une obses­sion inquiète.
Je ne sais pas si l’on dis­sout
l’arrimage des joies défaites.
Tant d’effort pour être debout.
Une fatigue sur ma tête
étale son silence doux,
feutre ennei­gé d’une tem­pête.

 

***

La lec­ture, midi, les places
me parlent d’histoires loin­taines.
Sous ma semelle ce qui passe
n’accroche pas. Combien de peines
pour être si légère et lasse ?
Faut-il qu’un sou­ve­nir me vienne ?
Toujours ma mémoire s’efface.
Vies plus réelles que la mienne.

 

***

Sur ma jambe un gros chien bave.
On a com­men­cé un dia­logue
du temps qu’on était des esclaves.
Voilà des siècles que l’on vogue.
On cache un mot dans une cave
pour empê­cher les épi­logues.
On s’imagine qu’on est brave
de se sau­ver dans des pirogues.

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 16 novembre 2015|Catégories : Blog|

 

J’ai épou­sé la lumière
elle me suit comme une ombre
comme un chien affa­mé
et sa pâleur noc­turne
a l’éclat d’une lame acé­rée

La chambre où je repose
n’a ni fenêtre ni bal­con
aucune clef ne délie séjour

 

 

 

La rôdeuse
nous marche sur la tête
ses pas sont plus tran­chants
que le plan­cher des mots

Ses pas sont des vigies
qui gardent les ombres
dans leur mai­son vide
la nuit mal-nom­mée

Sous ses talons
ses arcs-en-ciel se cabrent
plus fins que des ver­tèbres
plus vivants que tous les chants macabres
de la renom­mée

Elle ras­semble les songes épars
impos­sible de dire
qu’ils n’existent pas
qu’elle n’existe pas
sa caresse est une griffe
sa bouche a le goût du sable
toutes les aiguilles de ses pas
sèment la tem­pête de ma des­ti­née

 

 

 

Il y a le cercle et la parole
et l’heure où chaque nais­sance
annonce l’aube rageuse
l’attente du regard

Une main aveugle
dure à tâtons
devance le jour
des­sine comme par jeu
la fron­tière qui sépare
le silence de la parole
le geste du mur­mure

De son pouce
se tra­verse la brèche
s’effleure le néant
d’où l’on sauve
la braise
et la brin­dille

Et que l’oreille
se tende
vers ce sou­pi­rail
qu’elle entende
que nos fan­tômes
n’ont pas chan­gé de nom
que tous se croient encore vivants
dans l’espace ouvert
par l’éclat
le mirage
de nos âmes !

 

 

 

Pour écrire un poème

Il faut rece­voir
des bra­siers de vent
un matin de brouillard

Il faut oser construire
une mai­son de feuillages
en plein cou­rant d’air
mille fois la rebâ­tir

Il faut oser
se taire
res­ter immo­bile
long­temps indif­fé­rent
à toute rumeur
men­dier
le pre­mier chant du moi­neau
qui passe enfin sous la porte

Il faut avoir ces­sé
de vou­loir nom­mer les choses par leur nom
avoir bu
à la trans­pa­rence
de tous les calices

En écri­vant ce poème
on se prend à rêver
que dans un autre temps
un autre pays
une main amie
en recueille­rait les mots
pour les rendre à leur cou­leur
à l’ombre de sa voix
par la beau­té
de la vie
qui tra­verse un regard

 

 

 

Que s’avance sur ce che­min – ombre ! –
le poète à la tête haute
cou­ron­née de brouillard
et sa sœur
la men­diante Liberté

Ce n’est pas un hasard
si ceux qui n’acceptent pas la dou­leur
ne méritent pas nom de Créateur
ne méritent pas de voir
ni le ciel
ni les étoiles
muettes

comme ce tout pre­mier pas

 

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 16 novembre 2015|Catégories : Blog|

 

Une mai­son de pou­pée

 

Les fleuves sont hauts,
La Lune s’est mor­due la joue.
Les pattes des oiseaux
S’abritent et s’ébrouent.

La cloche cogne au bleu lisse
Des poi­trines endor­mies.
Le sable du sablier crisse
Dans la bouche de la nuit.

Et toi tu marches dans la neige,
Arlequin, tu creuses ta malice !
Tu fais mys­tère de ton cor­tège
Et puis tu retournes en cou­lisse.

 

 


Le désir m’a fait sem­blable

 

J’ai croi­sé ce soir le regard du trom­pet­tiste
Il tient ferme son rang comme une fièvre triste
Dehors il cherche mais le jour ne revient pas
Les jeunes Pans vaguent aux alcôves et ils n’aiment
Rien que le sang du soir que sa bouche mor­dille
Regarde-moi dan­ser comme un bateau qui pleure
Regarde-moi dan­ser au fond de quelle nuit
Git la car­casse rou­geoyante du bon­heur

 

 

 


Ni de terre ni de mer

Il n’y a plus d’enterrement
Ni de terre ni de mer
Si tout le monde ment
C’est pour mieux s’exhumer

Il n’y a plus d’enterrement
Ils te jet­te­ront os aux chiens
L’arbre n’embellit plus
De tenir le vent

Il n’y a plus d’enterrement
Plus un ciel à labou­rer
Qu’importe la forme des estuaires
Je me sou­mets à ton sablier

 

 


As-tu tout empor­té ?

 

Je ne désire plus me retour­ner encore
Sur la face jadis éclair­cie de ton rocher.
Si l’amour doit sur­gir sous un nom que j’ignore
J’accueillerai jusqu’au san­glot ses véri­tés.

Ô mémoire, de quel navire t’es-tu échap­pée
Avec ton vête­ment assou­pi de lumière ?

Va, ne me cherche plus. J’ai ser­ti nos gra­viers.
Je suis la mer en lutte sous le port, l’archipel
Reboisé par les vents mauves et étran­gers.

Qui que tu sois, fille fraîche aux mains de cerise,
Veil homme dont la voix est un jeune oiseau,
Je scrute ton orage, j’écarte le rideau rouge de tes rêves,
J’entre au monas­tère intran­quille de ton bra­sier.

Qui que tu sois, sois reine,
Et que notre éter­nelle sépa­ra­tion soit célé­brée.
Qui que tu sois,
Tu pour­ras dire : – Mon cœur s’en trouve déli­vré.

 

 

Sans comp­ter les dimanches

 

Nous aurons des des­sus-de-lit
En velours de Gênes
Et mille gue­nons plus veilles que ma mère
Y enfan­te­ront

Nous rame­rons avec les branches 
Vertes du poème
Quarante jours c’est long
Sans comp­ter les dimanches

Les enfants lais­sez-nous
Allez jouer tant qu’il n’y a pas de vent
Ne tou­chez pas
Les racines de l’arbre tant qu’il gèle

Nos tris­tesses sont des grands cyprès
Qu’on cache et qu’on brûle
Un matin
Sans y pen­ser

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 3 novembre 2015|Catégories : Blog|

 

Aujourd’hui se ter­mine
Rehaussant légè­re­ment
La pile des jours
Aux contours flous
Comme un vête­ment sur la peau
Qu’on vou­drait saine et sauve
Une gomme à  rendre invi­sibles
Les tâches accom­plies
Nous-mêmes flou­tés
Juste un sou­rire ratu­ré
Mais je sais que der­rière la porte
Qui ferme lun­di
Ou bien ouvre mar­di
C’est selon
Il y a un matin cise­lé
Un arbre aux branches
Incontournables
Des bras qui nous tiennent
Le regard haut

 

***

 

Chair des pierres
 

Faire glis­ser les heures
Comme des billes
En terre cou­leur
D’orage dans la pente
Sur le ver­sant ouest
Perles sans fil tom­bées
De nos poches béantes
Langage pou­cet
Miettes de pain
Miettes de toi
Grains de moi

Galets en tran­sit
Posés sur l’édredon
De gra­nit où brille
La pointe d’une étoile
Comme un poin­çon
Sur l’absence vive
Petit caillou rou­lant
Entre la semelle
Et le pied entra­vé
Alors ajus­ter le pas
Le soleil se cou­che­ra
Plus tard que pré­vu
Graviers sur­nu­mé­raires
Osselets du temps
Lancés au hasard
Vers le ciel vacant
J’écarte les doigts
Tout est encore
Possible si je joue

 

***

 

Chaque fois que le silence
Nous attrape par les épaules
Nous secoue comme un pru­nier
Pour faire tom­ber les par­ti­cules
De vacarme en nous
Débris et gra­viers
Grumeaux et copeaux
Chardons et par­dons
On peut s’endormir
La fenêtre ouverte
Au son du mar­teau-piqueur
Dans la rue où résonne
La colère de l’enfant hur­lant
Qu’on ne l’écoute jamais
On peut se lais­ser glis­ser

Dans la bas­sine des doutes
Gorgés de paresse
Les pau­pières striées de soleil
Des abeilles plein les mains

 

***

 

Delta

 

A cet endroit
Où le soir s’élargit
Vaste embou­chure sur la nuit
Des ciseaux à plumes coupent la tra­jec­toire
Des avions que je ne pren­drai pas
Alors ava­ler sa salive
Penser à main­te­nant
En ras­sem­blant d’un revers de main
Les der­nières miettes du jour
Refermer à moi­tié la fenêtre
Sur ce qui n’est pas encore fini
Etirer la der­nière heure de clar­té
Jusqu’au bord
Comme une nappe repas­sée
Sur le ciel migrai­neux
S’attabler à l’horizon
En atten­dant le sol­stice
Ou entrer dans le cou­rant
Avec nos malles vides
Nos brin­dilles ruti­lantes
Et aller vers…

***

 

L’aurore est double
Dans l’intervalle ecchy­mo­sé
Monter sur la pointe des pieds
Et poser la joue sur la ligne de crêtes
Il y a l’envers du décor
Qui gratte
Et les cou­tures
Qui craquent
Mais quelqu’un chante
En glis­sant  le long
Des pentes acci­den­tées
Le cré­pus­cule
Est res­té coin­cé
Dans l’horloge  aphone
Et je n’ai pas
De pile pas de ruse
En réserve
Juste du temps
Qui déploie ses ailes
Dans la chambre claire

 

 

 

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 29 septembre 2015|Catégories : Blog|

 

A Cinecittà avait été dres­sée une palis­sade
de madriers mas­sifs désor­mais graf­fi­tés de tags rouges
à hau­teur d’yeux d’ados. On était par­ve­nu ain­si
à iso­ler du monde le cercle des idées,
le O de bois, this woo­den O
propre à cer­ner les vastes champs de France,
et tout ce que savaient du monde les Grecs anciens.
De cette arène, on avait sor­ti les coqs de com­bat
et les tau­reaux cua­treños,
on avait fait le vide, mis en jachère,
refu­sé la moindre dîme de sang,
igno­ré les appels à la vio­lence
qui naissent dans les bas-ventres,
écou­té le vent sur le sable et sif­flé les étoiles de sorte
qu’elles choi­sissent leur place dans les prés
et serrent leurs rosettes, chau­de­ment l’une contre l’autre,
comme la mémoire classe ses pho­tos. C’était le para­dis, disaient ceux qui avaient ôté leurs san­dales
au centre du O, un état qui n’avait pas été écrit,
absent par­mi les mil­liards de com­bi­nai­sons
des touches d’un cla­vier,
pas même envi­sa­gé un seul ins­tant
par le moine du mont Athos des­cen­du hier de ses cimes
dans la volière de Roissy-en-France.
C’était une uto­pie d’inventeur,
un décor, un grif­fon­nage de jeu­nesse
qu’il suf­fi­sait de tou­cher du bout du doigt
pour que les pig­ments de rouge
s’époudraillent comme maquillage de clown,
comme chair aigre­lette de cor­nouille des bois,
qui pro­pose son rouge comme elle peut,
selon la force du vent et le poids des gouttes de pluie.

 

***

 

Toi l’homme, avec le sou­rire de ta poi­trine
ouverte comme on brise un bré­chet d’oiseau
ou d’homme oiseau ; l’homme-bullambule
sur une sphère aux conti­nents d’un bleu, rouge,
vert de papier gom­mé, en équi­libre sur le monde ;
homme habile à lan­cer le satel­lite d’une main
à l’autre, lan­cer un point de lune
sur­mon­té de sa tige courbe de muguet noir ;
homme Icare sans ses ailes, fra­gile, com­bien fra­gile,
homme-femme cas­quée d’une tête d’âne, couple che­val
péné­trant dans Troie bruyant d’un cli­que­tis
de res­sort qui se détend, jouet d’enfant
arbitre des guerres pas­sées, des guerres futures. Toi
l’homme confon­dant le ciel et une piste de jeu de quilles,
dont la face s’ouvre et se ferme aux solu­tions,
par­fai­te­ment se limite au rec­tangle d’un miroir,
dont le visage est un boî­tier de ser­rure, le trou en forme
de cœur de roi de cœur, de Charlemagne
aban­don­nant Roland à Roncevaux ;
l’homme blot­ti, dont l’envie se blot­tit
der­rière ses palis­sades, dont l’envie choi­sit
de faire du sur­place, comme les gouttes d’eau
tom­bant de la gout­tière, comme le der­viche tour­neur
aux yeux noir­cis de khôl com­bine vitesse
et immo­bi­li­té. L’homme de cirque
et l’homme du cirque des dési­rs, des cercles
d’enfer, l’homme-Orphée, tête de lune
sur tête de loup, au corps tom­beau,
au corps trom­bone pour mieux scan­der
les défi­lés mili­taires, pour que le cocher aux deux che­vaux
mieux fran­chisse la ligne d’arrivée
de la mort, sur une Terre trop ronde pour lui,
une palis­sade trop étroite qui cache mal,
en dépit de tant d’efforts, la constel­la­tion du can­cer et
les méta­stases aux lèvres des musi­ciens muets.
Toi l’homme et la lumière imma­nente des paumes,
la sur­prise pre­mière des tho­rax qui s’ouvrent au large
comme se décil­lent les pau­pières et les hymens.

 

***

 

Les pla­teaux du lac Itasca écartent leurs pentes
et perdent leurs eaux, lâchent
les esprits, bons, neutres, mau­vais ;
des nabots tirent leurs cha­peaux,
bas, au ras des vagues, et saluent leur pas­sage.
Car c’est le grand départ des flots
Où se mêlent encore des sangs bleus, noirs,
des glaires, toute une éro­sion cer­vi­cale
dont on se demande bien
ce que pour­ront en faire les berges.
Pourtant les eaux frô­le­ront les noms aca­diens
d’Orange, Beaumont et Saint-Cloud et,
après les chutes de Saint-Antoine,
rejoin­dront le golfe du Mexique, les cyclones
où cer­tains, depuis tou­jours, voient l’œil de Dieu,
un vieux Dieu cano­tant de déluge en déluge, tirant
les larmes des hommes comme des chèvres le lait et
nom­mant les mers obte­nues. Mers Egée,
Tyrrhénienne, Morte, Blanche et des Sargasses,
d’où les larves dia­phanes des anguilles
met­tront trois ans à rega­gner l’Europe,
dans un per­pé­tuel aller et retour et res­sac,
un per­pé­tuel par­cours du monde,
comme aujourd’hui encore, à cette heure,
flottent à la sur­face de toutes les eaux du globe
les cris des esclaves noirs atta­chés au Mississipi
et les cris des Juifs ache­vés au-delà du Rhin.

 

***

 

La ligne de par­tage des eaux
a béné­fi­cié du té de l’hydrographe,
aus­si pré­cis que la média­trice de l’arête de ses sour­cils
tirée par l’arête de son nez ; grand domp­teur
des gouttes de pluie comme Moïse sa mer,
fouet à la main s’il le faut, gri­mace aux lèvres,
sueur sale­ment âcre au front, la règle pin­cée
entre pouce et index, en ins­ti­tu­teur
qui ordonne ses rangs d’élèves,
ange éle­vant sa balance au-des­sus des âmes jugées.
Et voi­ci les gouttes par­ties, celles pour la Manche,
celles pour la Méditerranée, qui devront encore fran­chir
les péages d’autoroutes, l’A 13 jusqu’après
les hau­bans des grands ponts sur la Seine,
l’A 7 finis­sante dans les graus à mous­tiques,
avec son bruit de bal­lon bou­lé sur une flaque,
fri­se­li­sante – pour pédam­ment par­ler –
à l’approche du golfe après le ron­ron­ne­ment fluide
des files d’automobiles : les gouttes du nord,
gouttes du sud, goutte d’oc, gouttes d’oil.
Ce n’est pas un petit des­tin cette ten­dance,
aus­si cer­taine que l’Afrique s’écartant de l’Europe,
Madagascar quit­tant ses niches du Zambèze,
le sang les poi­gnets inci­sés, les mots les bouches,
les mots et leur suint, leur humi­di­té grasse,
qui prennent leurs accents selon la pente choi­sie
depuis la ligne de par­tage des eaux :
les mots sque­lettes de la condi­tion des hommes.

 

***

 

Le mar­te­lage du ventre, chaque nou­velle lune,
lorsqu’il est dûment exé­cu­té par le for­ge­ron,
donne l’assurance d’un accou­che­ment facile.
La cer­ti­tude aus­si du pla­cen­ta mira­cu­leux,
la source tou­jours pro­fuse des eaux, des eaux
mêlées d’hématite rouille, les meilleures,
celles recom­man­dées sur les ordon­nances
des plus grands méde­cins, celles recueillies de
la toute pre­mière pis­souille de Jésus
sous le regard admi­ra­tif des ber­gers et des mages.
Oh le bel arrière-faix des pre­mières par­tu­rientes !
D’une belle cou­leur, si plein de ver­tus,
ves­sie de vie d’avant la vie, éponge gor­gée
d’eau de jeu­nesse ! Et tom­bé, misère,
tom­bé dans un sac plas­tique, mes gen­tils enfants,
tom­bé par­mi les déchets de chairs et excré­ments.
Tombé. Tombé. Jeté. Bleu, le sac plas­tique,
je me sou­viens, il était bleu. Cela au lieu
de l’enterrer dévo­te­ment, res­pec­tueux d’un rituel,
dans un pot impé­né­trable aux four­mis,
pour don­ner aux sour­ciers, un jour,
une chance de faire sur­gir l’eau et sa sagesse,
qui empê­che­ront les épi­dé­mies,
cal­me­ront les fièvres, les colères, les coups,
soi­gne­ront les ger­çures et même répa­re­ront les crânes,
ô belle eau dorée, eau d’orange, de grain
d’épi de blé, eau gre­nat des puber­tés,
eau des orages de juin, silen­cieuse, eau
des neiges et des grêles, et des mots chan­tés,
eau sur vos cous, mes femmes les nécro­man­ciennes,
eau noire, lourde et patiente, aux odeurs
de pat­chou­li, eau pour mou­cher les chan­delles vertes
sous les pau­pières des enfants res­tés à l’état
de pla­cen­tas mer­veilleux.

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 30 août 2015|Catégories : Blog|

 

 

Retour au ciel étha­nol de Paris
aux ger­çures des doigts cla­quant
sur le véli­ber­taire gris,
à l’heure du can­dé­labre cou­chant.

 

 

 

 

Penser à rebours

 

Solitaire sans en sen­tir l’air,
la nuit com­prime mes rêves par terre.

Absence débor­dante ;
pour­tant, seule au loin ;
vide en trop plein.

Impalpable per­cep­tion.

Sensation vaine :
                               mes mains sans ses seins.
Débusquer son odeur
pour une bouf­fée d’ardeur,
étouf­fée par la fadeur du pré­sent.

 

 

 

 

Envolée de jupe 

 

            Prémisse d’une vision divine !
Tribuchotement ins­tan­ta­né,
                l'œil dérou­té
                                se rata­tine ;
les mains volent pla­nées vers la rampe !
Divinité du métro­po­li­tain, les chutes vont de bon train.

 

 

 

Dépeint éter­nel­le­ment gris mais il est aus­si :
gris acier,
beige déla­vé,
gris de lin,
bei­geasse,
gris perle,
bistre le soir,
gris de Payne,
blanc cas­sé,
vert de gris en hiver,
blanc sale,
grège,
blanc de noir,
brume d’azur,
zinc,
ou encore, bleu fumée,
orange vieillis­sant,
au prin­temps bleu char­rette,
vio­let déteint,
bleu pétrole,
étain,
ton béton,
éteint la nuit,
teinte bitume,
fer à l’apogée et rouillé au cou­chant,
châ­taigne en automne,
aspect sou­ris depuis le métro,
éclat pigeon vu des lucarnes,
teint mas­tic le matin
et s’illumine d’un esti­val colo­ris bureau bavant vers le bleu, le ciel de Paris.

 

 

 

 

Eclipse de temps

 

Une éclipse de temps trop sombre,
puis le rayon de sa fleur colore mon visage,
                                  le ciel s’embrase.
Cette douce lumière enflamme les pig­ments de ma peau.
Les coups de soleil figent ma pudeur,
empour­pré, je replonge dans l’absence.

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 30 août 2015|Catégories : Blog|

 

« L’amour à ton cou
Mes jambes t’apprennent
L’amour a nos âmes
Mozart et l’océan »

 

Extrait de « Ma pluie sous ta Laine »

 

*

 

Ta main sur
Ma main
Sur
Ton torse
Encore
Ta main sur
Ma main
Sur
Ton torse
Encore
Ta main sur
Ma main
Encore
Pas de
Pas de
Ni
Pas de… juste
Ta main sur ma main
Ton torse
Qui est-ce ?
Pas de
Pas de
Ni
Pas de juste
Juste à qui
Est-ce ?
Est-ce ?
Sur ta peau
Sans bas ni cha­peau
Juste ta main sur ma main.

 

Extrait de « Ma pluie sous ta Laine »

 

*

 

Je vais après les mots
Là où l’amour mène les siens.
Je vais après les miens.

Ils laissent dire leur vie
Racines fraîches et vieilles.
En terre, les mots remontent à la sur­face, me sentent.
S’éventent des échos, des prières d’antan, des dési­rs me tou­chant.
En terre, les miens moussent.
Les rêver bien plus loin et les perdre à la cime des arbres.
Au-delà, où sommes-nous ?
Au ciel, qui vient ? Je me suis.
Je vais après les mots, les siens, les miens.
Au ciel, le désir au vent mène qui veut, qui vient, qui sème bien plus loin
qu’en moi-même, son his­toire.
J’entre en terre, la sienne, une incon­nue bien­tôt connue.
Et je sais : il me suit, quand je sème au vent des cimes.

Je vais après les mots
Là où l’amour mène les siens.
Je vais après les miens.

Les corps parlent, caressent les cer­veaux, goûtent au-delà d’où je vais
Soufflent à la cime des âmes, aux racines et au vent.
Les corps s’aiment sans mots, s’égrènent.
Et les peaux, qui les plante ?
Nos sueurs se mêlent, nos peaux se hissent, lissent nos labeurs.
Le front plat, nous sommes là sans rides.
Nos lèvres sèchent à nos sou­pirs, et nos yeux s’ouvrent sur un bleu immé­diat :
« Je suis là !»
Qui sème me revient, me laisse aller vers, me passe à tra­vers, se retient.
Il n’est pas encore l’heure.
Sueur à sueur, nos caresses effacent nos labeurs les mains ouvertes vers l’autre rive : « Où es-tu ? »
Les mots, les miens, les ondes-miennes, les siennes foncent, m’échappent à la cime.
« Me quit­tez- vous ? » « Où m’emmenez-vous ? »
De tout mon long, je vous envie, vous me fouillez.
Alanguie, je suis longue.
Qui sait qui part, qui revient, qui fouille ?
En terre, les miens mouillent.

Je vais après les mots
Là où l’amour sème les siens.
Je vais après les miens.

Je ne sais plus si je sais que j’aime.
Je ne sais plus que je m’en vais.
Juste je pars juste.
C’est juste après les mots que des vagues débordent les lèvres.
Faut-il sor­tir du lit, quand deux rivières s’y jettent ?
Je res­pire ses mains, les miennes s’accrochent.
Je lèche ses pieds, les miens marchent sur l’eau.
Qui sait sans se mouiller les pieds taire ce qui sème ?
Et écou­ter pous­ser le ciel.

Je vais après les mots
Là où l’amour sème les miens.
Je vais après les siens.

Sans fond ni pont.
Aimer juste aimer sans fin juste l’aimé jusqu’à sa rive.
En face le pont, le cou­rant file son temps.
Aimer sans fond l’aimé qui fait face sans filer.
Et écou­ter pous­ser le ciel sous sa peau, mous­ser les siens sous la mienne.
Je suis allée après les mots, mes miens, les ondes-ciel, sa cime.
En une der­nière vague, un autre monde me quitte, me ramène.
Je suis moi de mieux en mieux.
À pieds secs, sur le bois poreux du pont,
Les yeux lavés par l’aventure,
Le temps de me mouiller, je suis née.
Je n’ai pas su que j’étais nue. Il ne faut pas savoir.
Je suis nue autant que mon âme file à son hymne.
Du ciel, j’ai semé les miens, les siens à ma cime,
Et l’avenir de l’aimé.

Comment savoir qui sème ?
Me diriez-vous… en amour…
Où allez-vous après les mots ?

 

Extrait de « Écrire, c’est aimer. »

 

*

 

« Aller en paix
Sous mon ciel
Prière je ne t’ai pas priée
Tu vins seule. »

 

 

En réponse à la phrase de Novalis : « Il faut que cha­cun devienne le ciel. »
citée dans « le bruis­se­ment des arbres dans les pages » de Gilles Baudry.
 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 5 juillet 2015|Catégories : Blog|

 

Le regard est à l'orage        tremble
                           le long des mains

peau blanche et longue
                           papier de sel
                                              cou­loirs infi­nis
de tes yeux        tour­nés vers
l'ombre d'une absence

          Je suis là où tu me cherches

 

 

 

°

 

A quoi sert de brus­quer le soleil        
          secouer les meubles
                  balan­cer les bruits     hors de la ton­nelle

 

 

                                      res­pire

 

laisse les rayons        entre les feuilles
                                     jouer avec ta peau

accepte du bon­heur ses piqures de rap­pel

 

 

°

 

 

          Sur tes pau­pières

          je mange les anges            entre tes cils
                  pour que tes rêves     ne soient pas pieux

la nuit        a le goût de tes lignes        Violette
le coeur à l'arrêt         je des­sine

                   sur un bout de peau
                  un bout de toi    exté­nué

les aven­tures de nos silences

 

 

°

 

La soli­tude cogne quelques exemples

          tu es tou­jours là devants moi
                  je suis frap­pé par ton odeur

          puis tu dis­pa­rais réap­pa­rais       en boucle

 

 

°

 

          Mes amis sont au pre­mier étage
J'entends leurs cra­que­ments
j'imagine la pous­sière qu'ils trans­portent
                                                                           avec eux

ils dansent je crois
s'illuminent quand le toit ne répond plus
                  bal­let de plumes de leurres et d'eau

l'escalier pour les rejoindre
n'existe plus

 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 5 juillet 2015|Catégories : Blog|

 

Lune

 

Il faut suivre la lune
Comme un jour­nal de bord
Second vais­seau à la gloire d’un roi
Les nuages sur sa coque
Eaux éter­nelles dans la constel­la­tion du Poisson

Lorsque la nuit se voile
La lune est une ville sus­pen­due dans les airs
Ses sons imper­cep­tibles /​ Elytres de lucioles
Grésillement des lam­pa­daires d’orient
Illuminations liées à l’univers

Il faut voir en la lune
De tous nos cœurs cycliques
Le point d’une ques­tion
Un reflet de la terre
Ame dans l’unité affir­mant son ailleurs

 

*

Le silence

 

Silence
Qui se déploie à l’infini autour des fron­dai­sons
Dépose au soir ses arbres d’or
Quand s’élèvent les pous­sières, ger­mi­na­tion cachée
Multiples, des constel­la­tions naissent dans l’azur

Porté par le som­meil de l’être aimé
D’un enfant la séré­ni­té
Les cils d’un regard
Le sou­ve­nir d’un papillon ou le vol au zénith
Le loin­tain et le proche

Dans le mur­mure roche
Du souffle, eaux pai­sibles
Espace
Esprit, pen­sée
Les bat­te­ments de cœur du livre ouvert du temps

 

*

 

Le mili­tant

 

Les blés sont verts
Modelés de cra­tères
Sérénités en acte
Le soleil bru­nit déjà les pins

Regards fron­cés vers l’horizon
De rares pro­me­neurs se des­sèchent
Immobiles
La route par­se­mée
Coléoptères éter­nels et pres­sés

Ciels
Uniforme gris bleu ombra­geux orages
Incertains
Des coque­li­cots se risquent dans le vent
Gouttes ver­meilles flot­tant sur les ombres brû­lantes

Soir qui tout apaise
Mort du midi au silence blan­chi
Matin
Un regard vous embrasse
Couleur d’autres pen­sées

 

*

 

Porté

 

L’océan
De tous ses orga­nismes
Lumineux
Numineux
Habité
Apporté

Nombre
Des cris­taux
De sable lait et miel
Ambre nou­veau
Retrouvant l’arbre
En lui-même, sa source claire

 

 

*

N.

 

Dans des pays en guerre
De sou­ve­nirs
Luit un visage d'or
Un ins­tant tour­né vers le ciel

Telle la face éclai­rée de la terre
Fertile et bleue
Sourcils levés
De mon­tagnes légères

Lisse de toute fron­tière
D'aucune peine
Née le matin même
Dans la fraî­cheur du jour de notre ren­contre

Elle brille sur un océan d'étoiles
Plus grave est la nuit
Couvre le vacarme du pré­sent
Que nous nous retrou­vions

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 5 juillet 2015|Catégories : Blog|

 

 

Nuages usés

 

Linges usés jusqu'à la trans­pa­rence, effi­lo­chures grises pas­sant très bas,  les nuages, ce matin, ont tout de suaires anciens.
Livres de pous­sière, arri­vés d'un hori­zon oublié.
Ainsi dros­sés vers nulle part, ils affolent le ciel et le font cou­rir.

Nous hale­tons sous notre sou­ve­nir.

 

*§*

 

 

Chantier d'oiseaux

 

Au matin, on entend le chan­tier de tous les oiseaux,
des tutoie­ments aigus, des ouvriers qui s'interpellent. Suspendus comme des lam­pions, des moi­neaux
se cha­maillent en vol.

Après le bégaie­ment des rêves, voi­ci le corps des mots, dans leur muse­lière de pous­sière. Voici les grandes herbes dode­li­nant.

Pendant la jour­née, dans une peine qui s'épaissit,
c'est toute la mémoire des cailloux qui dur­cit.

 

*§*

 

Bagarre d'arbres

 

Le ciel déverse ses oiseaux
Ses fan­tômes de feuilles
Ressac de la peine
Sur un grand pan de mur
Jauni par le soleil neuf
Des ombres d'arbres se bagarrent

 

*§*

 

 

Toupie

 

Lumière déva­lant le tobog­gan de la col­line

C'est là que les arbres déla­brés
appuie­ront leur renais­sance.

Larmes pas loin,
Juste der­rière le mur gris
Là où ramiers et merles se toisent

Les pen­sées tournent en tou­pie.

 

*§*

 

Il pleut des cris

 

Précise pré­sence, la nuit te fait face.
Rageusement, tu froisses l'instant.
En hale­tant, ta mémoire cherche le mot oublié,
Le mot indis­pen­sable tom­bé dans le puits,
Puits des mots oubliés…
Un puits dont le fonds nargue,
Ne ren­voie que l'écho inau­dible.

Il pleut des cris.

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 21 juin 2015|Catégories : Blog|

 

                L’intimité du par­don

 

Des vagues de peur et de fureur montent au som­met de la détresse quand des images tatouées dans la chair ne cessent de heur­ter la mémoire de ce qui fut bou­le­ver­se­ment de mil­lions d’existences. À chaque moment de nos sur­vies, la pointe lan­ci­nante d’un cou­teau brise nos affec­tions meur­tries et les bar­be­lés de l’horreur déchirent les lam­beaux du ciel quand la lumière du jour appelle à la clé­mence. Comment fouiller l’intime du par­don, regar­der le visage de ceux qui ont failli et ten­ter, pour tou­cher à plus de séré­ni­té, d’accorder tolé­rance, pitié et com­pré­hen­sion. Ceux qui ont brû­lé sur les bûchers bar­bares reposent dans le silence mais ceux qui sont res­tés dans l’incompréhensible ne peuvent par­don­ner au ciel et portent le plus lourd du far­deau.

 

In L’intimité du Poème

 

 

 

 

            L’intimité de l’écrit

 

D’un pou­voir sans limites, les mots s’écrivent et se mêlent de tout. Ils enva­hissent le des­tin d’une fleur arra­chant féro­ce­ment sa tige d’un geste cou­pant, l’isolant des siens, et l’abandonnant sur un talus sans sépul­ture. Il leur faut recon­qué­rir paix et silence. Retrouver leur voix écor­chée par la caco­pho­nie proche, ins­ti­tuer d’autres règles au sein d’une com­mu­nau­té fer­vente, réin­ven­ter la patience. Sur cette forte pous­sée sans autre che­min que la voix nue ren­voyant ses sono­ri­tés vers l’âme atten­tive, les mots dressent une ver­ti­ca­li­té de funam­bule dans l’épopée du poème et s’attachent à relier hum­ble­ment chaque lettre les unes aux autres, s’articulant dans l'intervalle d’un culte sans offi­ciant afin de tis­ser trame et chaîne d’une étoffe qui vêti­ra la pla­nète d’une res­pi­ra­tion légère.

 

In L’intimité du Poème

 

 

 

 

Si ce n’est Jupiter ou Yahvé, quel est donc celui que tu appelles en silence. Il ne te dira rien de la durée et t’abandonnera à la pénombre. Ici ont dor­mi les grands bâtis­seurs de bar­ba­rie et les créa­teurs de néant, vau­trés dans la lie et les hur­le­ments. Tu es res­té trop long­temps pen­ché sur cette plaie d’où la sève coule goutte à goutte. La tenir au plus pro­fond des plaintes aurait été sur­vivre. Mais tu veux vivre, ser­rer contre ton cœur le chant de l’oiseau, trou­ver au fond du nid le rythme des sai­sons.

 

In » Mémoire d’absence »

 

 

 

 

Au-delà du pré­ci­pice des mots, la geste indique la route et per­dure dans la fra­ter­ni­té des élé­ments. Déserts entur­ban­nés d’étoffes bleues, cités meur­tries de fièvres et de dou­leurs, vol­cans, simples îlots ano­nymes. Les mots illus­trent la page du rêve incon­ti­nent disant le poème du jour, se cognant dans son désir d’éparpiller ses sèves, solistes réunis d’une par­ti­tion jouée dans de vastes pro­fon­deurs.

Puis le por­teur de mots fré­mit devant la cer­ti­tude de sa folie.

 

In Triptyque

 

 

 

 

J’enrage d’écriture rouge et le sang de l’écrit empêche le bat­te­ment de mes ailes. Je vole au-des­sus des nuages, bri­sant le béton du ciel. À ma che­ville le bra­ce­let de pied main­tient en escla­vage les mots cadavres. Les mots, morts d’obscurité, s’alignent en rangs ser­rés, hir­sutes, sque­let­tiques et j’essouffle mon rêve pour­ri de cer­ti­tude.

 

In L’exil du poème

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:52+00:00 8 juin 2015|Catégories : Blog|

 

Toujours ailleurs

             Hommage à Mahmoud Darwich

                          J’habite dans une valise
                                                    disait-il

 

L’ailleurs nous porte
hiron­delle d’oubli
l’ailleurs fumée de rêves
l’ailleurs aux gonds de nos­tal­gie
l’ailleurs par­tout où n’être pas
l’ailleurs comme renaître
l’ailleurs d’errances et de dérives
l’entre-deux où se perdre
attente de l’autre rive

Ici tou­jours penche vers l’ailleurs
ici incline ou élève à ciel ouvert
che­min à bas­cule
sables mou­vants de l’espoir

Confort étroit de l’ici
risque consen­ti de l’ailleurs
l’ici et l’ailleurs
frères à tout rompre

Ailleurs mou­lin à tire d’ailes
ailleurs aux ailes de nuages
Ailes d’exil et de tem­pêtes
sou­le­vant des voix si fra­giles
si fortes

J’habite dans une valise
disait le poète gali­léen
pol­len de larmes
mou­ve­ment per­pé­tuel
paroles ivres de jas­min

J’habite dans une valise
disait Mahmoud Darwich
l’espace pas à pas
l’ailleurs en archi­pel

Palestinien pla­né­taire
Mahmoud Darwich
est mort à Houston en Amérique
sa valise reste ouverte
aux mains fra­ter­nelles…

                                
(Texte publié dans :
Lieux d’être n° 47 et Décharge n° 145)

 

*

 

Cosmogonie du silence

 

L’univers est un océan de ténèbres
où voguent des mil­liards de lam­pions
en archi­pels
vibrion­nant d’un ver­tige inson­dable

Cette pous­sière d’étoiles sous nos pas
nous gran­dit d’une toise céleste
quand nous por­tons nos yeux
au-delà des murs que nous éri­geons
pour pro­té­ger notre som­meil

Si tout est vani­té
il n’est pas vain d’aimer
et d’éclairer l’abîme
de nous-mêmes
nau­fra­gés de l’inconnu
pour fran­chir d’autres seuils
repous­ser l’horizon
assu­mer l’énigme pri­mor­diale…

 

4 jan­vier 2009

 

 

*

 

Des arbres de sang
explosent
dans nos laby­rinthes
les grappes de vie
sus­pen­dues à nos lèvres
cherchent un souffle nou­veau
comme un recom­men­ce­ment du monde
vers des prin­temps pal­pables

Les mains se cherchent
se prennent pour des ailes
et nos voix étran­glées
croient qu’avaler une flûte
ou appri­voi­ser un ros­si­gnol
suf­fi­ra à cap­tu­rer
le chant fra­gile
noter sur la por­tée du vent
la musique indo­cile
du poème…

              

                               Lyon, le 21 mars 2012

 

 

*

 

Les étoiles
fruits de feu
des ténèbres
en l’athanor céleste
sont-elles fécon­dées
par la poé­sie secrète
de l’univers…

La vie est là
tom­bée des astres
vacillants
dans la nuit infi­nie
des galaxies
et nous ici
pauvres idiots
cois
à contem­pler
notre néant
après avoir ado­ré
des dieux de papier
sourds à nos appels…

 

                      4.2.2014

 

*

 

Sous le sceau de la bur­qa

                           à Chahdortt Djavann*

 

La vie sans visage
est fleur de ténèbres
racines arides
de fiel
et de rage

La nuit bar­bare
en bâillons résille
brise les rêves

Les épou­sées du désert
ont tis­sé leur lin­ceul
de l’adolescence
à la mort

L’empreinte de leurs pas
d’un bleu brû­lant
ins­crit d’obscurs
cris dans les sables…

 

• Auteur de Bas les voiles !

(texte publié dans UTOPIA 2012-2013
et dans un livre d’artiste
avec des des­sins de Mylène Besson :
Triptyque sans visage,
éd. Les Cahiers du museur, 2014)
 

 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:53+00:00 8 juin 2015|Catégories : Blog|

 

MERCURE

 

Et je buvais ce sir­ta­ki
En colère dans un grand verre
Bleu bri­sé d'acier au soleil
En croyant les cigales proies
De la pythie et d'Aphrodite
Pâmées dans un grand drap !

Au pied de l'Olympe, en tailleur,
J'écoutais le vent bistre
Et le tabac sau­vage chan­tait
Des mélo­pées aux voya­geurs.
D'autres musi­ciens, beau­coup
Tanguaient en cœur fri­pé
D'haleines au grand jour !

Seule, dès l'aube aux lin­ceuls des vignes,
Je cro­quais les Açores aux sor­ti­lèges
Quand la voile est par­tie.

                                                Extrait de Les Champs de Mercure
                                                                            Recueil 1981-1984

 

 

 

                                                    

 

 

FRESQUE

Il est reve­nu avec les oiseaux de cré­celle

Il est reve­nu avec l'organdi des che­mins.

Le sou­rire épi­cé des pal­miers plis­sés.

Son cha­peau d'amande, cliques en claque.

Il est reve­nu ce soir de gen­tianes

Grésillant de mots purs et d'aventures

En culture dans les nids de jour qui luttent,

Avec un bour­don cra­quant, moi, l'oeillet,

Je me drape et j'ai faim !

Mais le bour­don en le coque­li­cot

En comme dans son ber­ceau.

                                                    Extrait de Vingt ans de peine
                                                          Recueil  1985-1989

 

 

 

 

DEPART

Il y avait du sel, du vent et des cou­leurs

Et sur le tableau noir d'autres signes encore.

Je trou­vais fort alors d'élever le ciel vaste, l'azur

Des anges, les oiseaux endor­mis et les croix

Sur tes silences, comme un dôme,

L'éclair d'un éden mauve.

Juin de feu, Roncevaux noir ;

Des mai­sons s'ouvrent

Aux quatre coins

En un rire d'eau forte.

Le rosier jaune lance encore sa gerbe

Comme une ostie d'éveil.

Mais dans le tun­nel de mes som­meils,

Rien n'est plus muré que ton sou­rire,

Cerclé de constel­la­tions tristes.

                                                Extrait de  La Modulation
                                                         Recueil 1990-1995

 

 

 

 TARRAGONE

 

Quand le bruit court et s'approche près de l'homme,

Quand cet homme déjà mur­mure : où es – tu  Margarita ?

Où s'est per­du ton sein sur mon ombre pen­ché ?

Mon che­min s'en va sous la pluie, dans la brume

Et  je  perds Margarita dans le silence

D'un chien sous la table de l'enfance.

Et ce chien d'aboyer aujourd'hui dans la nuit

Et le regard de se regar­der tou­jours vif dans la glace.

Le bruit de la mer d'être à la mer tou­jours

Où es-tu Margarita ?

Où s'est per­du ton buste sur le ber­ceau voi­lé ?

Où s'en va le bruit de la mer

Quand tou­jours le chien aboie ?

Quand mon cœur, tout à son désar­roi

Sous la lune, avec toi, se noie …

                                  Extrait de Les enfers d'Eurydice
                                              Recueil 1996-2005

 

 

 

TOUT  DEFRAGMENTER  MAINTENANT

Dans le jet d'eau,

L'eau n'a l'air d'être là que pour tom­ber.

Et pour­tant, c'est de cette averse

Qu'elle tire la force de son jet

Qui remonte bra­ve­ment,

Transformant le mou­ve­ment

En éner­gie pure.

Pure,

Non pas au sens de débar­ras­sé de tout

Mais pure de la pure­té des cas­cades.

La pure­té retrou­vée

De la cas­cade urbaine …

Le jet d'eau inter­pelle celui qui voit,

Celui qui entend, celui qui sent,

Celui aus­si qui craint le mou­ve­ment

Et la pré­sence.

Le jet d'eau vous sta­bi­lise

Vous accom­pagne

Ou vous enferme

Dans sa liqui­di­té.

Certains passent

Compacts,

Devant les jets d'eau.

Non pas fas­ci­nés ou curieux :

Etanches.

Et je res­pire pour eux,

Lavée de tous mes encom­bre­ments.

Sans égards, pour jouer,

Les enfants s'abattent comme des cor­beaux colo­rés.

Mais, ne sont-ils pas de l'énergie pure ?

De celle qui a créé les jets d'eau ?

 

                                             Extrait de Les chuin­te­ments de l'extase

                                                             Recueil 2006-2009
 

5 POEMES

Par | 2018-05-22T21:54:53+00:00 21 mai 2015|Catégories : Blog|

 

 

visage rond

 

 

non mon­sieur non
pour­quoi
vous voyez bien c'est écrit c'est écrit voyons vous voyez bien
inter­dit aux visages ronds
pour­quoi aux visages ronds pour­quoi pas aux visages ovales ou
aux visages longs
parce que c'est écrit inter­dit aux visages ronds
je n'ai pas le visage rond
vous avez le visage rond
je n'ai pas le visage rond  30 cen­ti­mètres de haut et 20 cen­ti­mètres de large
ce n'est pas un visage rond
ce n'est pas une ques­tion de cen­ti­mètres mon­sieur
alors c'est de quoi ques­tion
c'est une ques­tion de sen­ti­ment j'ai le sen­ti­ment que vous avez un visage rond
un visage rond ou le visage rond ?
ce n'est pas la ques­tion d'ailleurs il n'y a pas ques­tion il n'est pas ques­tion
pas ques­tion d'entrer aux visages ronds pas ques­tion pas ques­tion
et si je reviens avec un visage rond ?
alors                nous envi­sa­ge­rons

 

( paru dans le #04(Décalages) de la revue Passage d’encres II, déc.2013)

 

 

 

la gloire d’Omphale

 

Omphale prit à Hercule sa peau de lion
lui fit revê­tir sa propre tunique et lui confia

les tra­vaux domes­tiques

oui  Hercule ! j’ai bien dit
Hercule tra­ves­ti
mal­gré lui ? hum…
cer­tains le savaient
beau­coup le tai­saient

le mythe en pre­nait un coup

vivrait un triomphe, la Omphale, aujourd’hui
auprès des femmes

qu’on chante la gloire d’Omphale
pre­mière des fémi­nistes
                                              non
                                                          chan­tons femmes

la gloire d’Omphale
                                              ou bien

oui chan­tez

                                                           femmes

                                                           la gloire d’Omphale

et vous  hommes

 vaquez à la domes­ti­ci­té

                                                                                  ( dirent-elles )

 

( paru  dans  le n°7 de la revue l’Intranquille, automne 2014, éd .l’Atelier de l’Agneau)

 

 

 

loutre de mer

 

 

je vou­drais être une loutre de mer pour avoir
170.000 poils au cm²
je crois que ça me suf­fi­rait  moi le glabre non pili­fère
moi le si peu pileux
je rêve d'être une loutre de mer avec 170.000 poils au cm²
je béné­fi­cie­rais en outre d'une couche d'air sous mes poils
ce dont je ne béné­fi­cie pas actuel­le­ment
les muscles sphinc­ter de mes oreilles et de mes narines me per­met­traient
de plon­ger sans que l'eau pénètre grâce à
leur fer­me­ture auto­ma­tique
alors que
les muscles sphinc­ter que je pos­sède actuel­le­ment n'ont qu'un usage
assez res­treint
j'aurais
des pou­mons plus larges en pro­por­tion
j'aurais
un meilleur taux d'hémoglobine et
je ferais la planche
toute la jour­née
aux îles Kouriles ou Aléoutiennes mais sur­tout
j'aurais
des poils des poils des poils des poils jusqu'à 170.000 au cm²

 

( paru dans  le n°7 de la revue l’Intranquille, automne 2014, éd .l’Atelier de l’Agneau)

 

 

 

 

rimes sin­gu­lières

 

pauvre algue
pauvre bulbe
pauvres camphre et chanvre
pauvre tertre et pauvre sceptre
pauvres meurtre et sépulcre
pauvres monstres que vous êtes tous si
vous ne rimez à rien
sauf à
rimer avec vous-même

 

 

 

bal­sa­mine impa­tiens

 

qui dira le dilemme
qui chan­te­ra l’éloge dou­lou­reux
qui glo­ri­fie­ra l’incurable souf­france
de l’amant de la bal­sa­mine ?

toi
l’amoureux pris au piège de ton amour
toi qui ne peux sai­sir celle que tu aimes
sans que, végé­tale cap­sule éja­cu­lante,
                                  – impa­tiente noli me tan­gere
elle s’évanouisse (et non s’épanouisse) entre tes doigts

toi l’amant mal­heu­reux qu’Eros a réduit
à l’impuissant regard
toi qu’il a ampu­té
des mains de ton désir
toi le brû­lant amant
le tout bruis­sant
cloî­tré dans l’inféconde attente de l’impossible
les yeux rivés sur
cette her­ma­phro­dite
psy­chro­phile amou­reuse des froi­dures

 

 

in "Algues & barges”, aux édit° p.i.sage-intérieur.

5 POEMES

Par | 2018-05-22T21:54:53+00:00 21 mai 2015|Catégories : Blog|

 

Des mots noirs

 

Des mots noirs
à faire cha­vi­rer le nuage
à ché­rir son ombre
à sac­ca­ger la plaine
à humer les sou­rires secrets
à regar­der de loin la glu de l’existence
à remon­ter la glis­sade de l’espoir
à cara­co­ler avec un che­va­lier
à faire sai­gner sa bles­sure

 

Extrait de Le sillon des jours, Edition Le Temps des Cerises, 2014

 

 

Permanence

 

Ainsi l’aurore
sera-t-elle tou­jours au ren­dez-vous
alors que des hommes
se tra­hi­ront
que d’autres fra­ter­ni­se­ront
et que les oies sau­vages
conti­nue­ront à ne pas se trom­per de che­min

 

Extrait de Le sillon des jours, Edition Le Temps des Cerises, 2014

 

Villes incer­taines

 

A tra­vers un rideau bleu
je me dis­sipe
d’une cha­leur de ville sus­pen­due
res­sac des années de rêve

Ces villes jointes
par des rails bos­se­lés
finissent tou­jours dans des gares incer­taines

Alors je me couche
et j’arpente leur corps veine après veine
sur des pavés de nuages
en quête d’une ter­rasse de lumière

 

Extrait de Journal der­rière le givre, Poèmes d’Alya, Edition l’Harmattan, 2002

 

 

Photo-poème n°5

 

Paravent de lumière. Démultipliée
comme le début d’un film
au rythme de ta peau
Va et vient. Reflet sur
ce tri­angle qui épuise
le regard du pro­me­neur

Tu des­cends à genoux
pros­ter­née comme au der­nier soir
sup­pli­ciée aux griffes du rideau
qui t’emmaillote
en sym­pho­nie d’escaliers
qui ne font que mon­ter
tan­dis qu’inlassablement tu des­cends
mesu­rant le fris­son du velours
de ton corps à l’intransigeance de la pierre

Te cou­cher ici ? Impossible

Je rêve du centre de ton ventre
De la trace indé­lé­bile de ta venue au monde

Une glis­sade aus­si simple
que celle des nénu­phars érec­tiles
sur l’eau calme de ma dou­leur

Apprendre à lever la lumière
Jouir de ton pied droit en sus­pens
comme de la proue d’un galion

Se noyer ici ? Impossible

Tu ser­pentes ver­ti­cale
tra­pé­ziste de mon désir
qui enlace le rayon d’un soleil froid entre tes dunes

Te lais­ser retour­ner
avec des feuilles d’érable rou­gies
par un vent violent
amou­reux des hau­teurs
pour­voyeur de hasard et de soli­tude ? Impossible

Te rat­tra­per ce matin ? Impossible

Je me perds dès que je crains
de te per­cu­ter
mes yeux acca­blés de sel
à force de pen­ser à toi
de loin
de me sou­ve­nir
Car tu es le double de l’autre
à la voile agile
celui qui s’éloigne sur la rumeur du monde
celui que ma joie d’enfant
a lais­sé s’échapper
comme ce sable sec de tes mains de rose

La marche tour­noie, vibrionne
car le mys­tère du fleuve n’est pas loin
Ma poi­trine se frag­mente
à mesure que je dévale la tour
au-des­sus de toi
Toi dont je désire déjà l’obscurité
l’insaisissable repère

Poème inédit, 2014

 

 

 

Râle de l’hiver

 

L’avenir de la forêt ne s’écrit pas sur le cla­vier de la mer
La houle a arra­ché toutes les rimes de nos rêves enfan­tins
Ici le varech nour­rit des femmes sans poi­trine
Leurs rides sou­rient aux marins

Par delà la crête des goé­mons
les entrailles du cha­lut te livrent
leurs zones de trem­ble­ments
leurs chaos à étriller tant que s’épanche
par sac­cades
le râle de l’hiver
et à mains nues, tan­nées, elles y vont par grand froid
four­ra­ger dans ce mois sans sai­son

Te rap­pelles-tu que tu avais regar­dée la lune
au creux de l’âme avant de la caler
contre ton navire foi­son­nant d’abandons ?

Entrer pour tou­jours dans la mai­son de sel
où les portes se suc­cèdent
jamais closes
recé­lant le jas­min comme un ani­mal soli­taire
secret par­fu­mé du sen­tier dans l’obscurité d’un temple trem­pé par l’automne

Trilles et sou­pirs amas­sés
souffles incan­des­cents sur nos che­mins
avides de renaître dans la mon­tagne
aujourd’hui enva­hie
par la mer

Avec tes fenêtres
posées à l’infini comme des îles
trouant de joie
nos voiles clan­des­tines

J’userai de toutes les nuances du drame
et j’effeuillerai ta rosée liber­tine

Poème inédit, 2014
 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:53+00:00 10 mai 2015|Catégories : Blog|

 

DES COULEURS

Il y a des cou­leurs qu'on ne voit pas
Des cou­leurs qui appa­raissent par­fois
Incrustées dans les pierres
Façonnées par le feu
Des cou­leurs éter­nelles
Comme le vert, le vio­let
Dans l'imagination qui agence le monde
Dans les notes d'une mélo­die
La cou­leur s'invite et illu­mine
Comme ce soleil noir
Présent dans nos cœurs
Comme ce dia­mant bleu
Que je vois dans mon rêve
Tu es bleue comme le ciel
Je suis rouge comme le diable
Nous sommes pourpres ensemble
Qu'importe les souf­frances
Qu'importe l'existence
Des cou­leurs appa­raissent
Déterminent le des­tin
Se déchiffre l'indicible
Se com­pose le réel
Qui éclate enfin
De jaune, d'orange, d'ocre
A jamais, nous, devins
Savourons, savou­rons
La vie éter­nelle

 

***


CŒUR

 

Et on enfer­me­ra mon cœur
Dans un petit coffre de bois
Il sera gris comme du papier
Comme une pomme momi­fiée

Mon cœur trans­per­cé
De part en part
Mémoire de mes souf­frances

Fatigué par l'amour
Fatigué par les haines
Survivant par les joies
Succinctes et dis­crètes

Mon cœur se rap­pelle
Ce que fut cette vie
Gravée à jamais
Dans cet organe sacré
Dans les replis des valves
Autrefois pleines de sang

Où la vie se niche
Quand elle quitte sa mai­son ?

Cœur, je veux que tu te sou­viennes
Qui j'étais il y a 10 ans
Qui j'étais à 15 ans

Garde ta mémoire entière
Dans ton coffre de bois
Non, ne dors pas encore
Je suis là, je suis là…

 

***


LE REFUGE

 

J’ai construit un refuge en pierre dans les arcanes de mon âme
Une pro­tec­tion de briques rouges contre les attaques des spectres
Il y a un jar­din de cendres qui l'encercle de ses bras de pous­sière
Même la trop humaine et aveugle vio­lence ne peut le trans­per­cer

Détruisez-moi, enfin essayez…

Pourquoi l'hiver n'a pu créer la glace ?
Pourquoi le froid n'est seule­ment qu'un mot ?
Pourquoi l'épée n'est qu'un sym­bole de feu ?
Pourquoi la nuit est une belle déesse bleue ?

Abruptes mon­tagnes,
Sommets loin­tains
D'en bas je contemple
Mon ave­nir en vain

Le refuge est conso­li­dé par la grâce des élé­ments
Des pierres s'entrechoquent, jaillissent des étin­celles
Un feu constant irra­die de sa cha­leur les murs

Comprendre
l'articulation des corps

Connaître
l'agencement secret

Comme dans une forge, le métal se liqué­fie et des outils d'or naissent de mes mains

 

***

 


HEMISPHERE

L'hémisphère gauche réduit
J'erre dans le monde
Je décon­necte sans peine
Les don­nées du lan­gage
Brisant les chaînes
Et le car­can du sens
La terre m'appelle
Comme une louve blanche
Son cri trans­perce la nuit
Et frappe mon cœur
Avec la digni­té du grand style
Je m'enfonce dans le chaos
Je sombre dans l'air
Retrouvant mes ailes
Celles qui me reviennent
A moi l'ange du vent
Retenu par ce monde
Parsemé de matière triste
La noblesse latente
Irradiant d'un feu dis­cret
Les cel­lules de mon corps
Je m'enfonce dou­ce­ment
Vers des recoins plus clairs
Vers la pâleur de ta chair
Qui me tient éveillé
Sous le soleil de la nuit

 

***


BALANCEMENT

Sous les arcanes majeurs
La trace de mon sang noir
Un pauvre bate­leur
Sautille et danse le soir

Loin les inquié­tantes cimes
Admirables gouffres blancs
Je n'ai peur d'aucun abîme
Attirance du point médian

Pourtant la route ondule
Elle fuie dans un bruit mat
Ses franges reflètent la lune
S'égrènent en rêve mes pas

J'observe ami­ca­le­ment
Les extrêmes qui s'opposent
Alors que vient le temps
Du secret pâle des roses

Sous les arcanes majeurs
La trace de mon sang noir
Un pauvre bate­leur
Sautille et danse le soir
 

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:53+00:00 25 avril 2015|Catégories : Blog|

 

Je conden­se­rai mes sou­haits
dans l’orgueil d’un jar­di­nier de pas­sage.
Grand confes­seur des roses.
Nous tra­ver­se­rons des sen­tiers
dans des feuillages s’initiant aux forces du vent.
Notre confiance s’unira
afin de pro­phé­ti­ser le temps.
Nous ne frap­pe­rons que deux fois
à la porte du des­tin.

 

***

 

Emprunter les ruelles de mio­so­tis
au besoin, tordre les rêves en arro­sages.
Attendre la jour­née,
Assis au bord des matins,
et peu­pler de cou­rants d’air
le musc des ténèbres.
A tort ou à rai­son
les hommes vieilli­ront de sou­ve­nirs.

 

***

 

J’ai croi­sé les doigts
har­ce­lé les ténèbres,
qu’elles m’offrent à boire et à man­ger.
Que je garde des vic­tuailles
pour plus tard,
quand il y aura de la neige sur les che­mins.

 

***

 

Il n’y a pas de bruit.
Toute flamme n’est que rosée.
Eglantier en deve­nir.
Je t’atèle au regard du monde
à ses répliques.
Nous rions de la nuit étoi­lée.
Des fris­sons sub­ju­gués par des vents en deve­nir.
Une lan­terne ne s’ébruite
qu’avec le feu qui l’inonde.

 

***

 

Retournez dans votre chau­mière
elle s’enfume, s’enracine
dans vos sou­haits spi­ri­tuels.
Dormez dans son corps
et buvez une tasse de lait
de la cou­leur des ardoises en hiver.
Entraînez-vous pour être la pré­sence qu’elle désire,
pour être en lisière des copeaux de bois qui ont ensor­ce­lé l’âge d’homme.
N’étiolez pas la fleur au coin de la fenêtre
ses cris pour­raient brouiller la piste des oiseaux.

5 poèmes

Par | 2018-05-22T21:54:53+00:00 13 avril 2015|Catégories : Blog|

 

Le silence revien­dra sur ses pas

Par petites touches j'arriverai au coeur des choses,
là où la nature se désal­tère.
Alors, peut-être ose­rai-je la fidé­li­té.
Alors, peut-être le silence me fera-t-il une place en sa pré­sence.

L'armée des ombres, gar­dienne spé­cu­laire,
Aplanira ses ailes et s'effacera.
J'aurai alors les trois étoiles pour gui­der mon regard
Et les deux lions pour diri­ger ma route.

Lorsque j'arriverai au coeur des choses,
là où la ligne et le tra­cé ne font plus qu'un,
J'oserai habi­ter le silence et par­don­ner aux signes
Leur incom­men­su­rable len­teur,
Ma tor­peur et ma dette.

Lorsque je par­vien­drai au seul vou­loir,
Oh oui, lorsque je par­vien­drai au seul vou­loir,
Là où la route se fait étroite et le chant pro­fond,
Là où le chant se fait aigu, non pas grêle mais clair,
Le silence revien­dra sur ses pas. Il sur­gi­ra, intact,
De cette enfance sans équi­voque où les oiseaux ne crai­gnaient rien.

 

***

 

La nuit Le jour

De chaque écaille du dra­gon, la paroi froide, létale… de chaque secousse de sa queue téné­breuse, un pas de plus dans le gouffre pois­seux, les yeux écar­quillés, les peaux nues muant à une vitesse ver­ti­gi­neuse, ver­ti­gi­neuse. « De l'azur nous tou­che­rons la trans­pa­rence »… Ce bleu, ce bleu de Perse, ce bleu cobalt, cette pin­cée d'azur, comme un poin­çon attes­tant la légi­ti­mi­té rigou­reuse du pacte, son iné­luc­ta­bi­li­té, l'étau res­ser­ré, cali­bré au plus près. Ascension vers le jour entraî­nant les cohortes de créa­tures affa­mées, avides, ten­dant leurs mains éper­dues, juste avant le non sens, juste avant la ptôse. Flèche de pur désir ten­due du fond de la nuit la plus pro­fonde. Le jour ne sait rien de la nuit. Le jour est une crête amné­sique, un seuil, une embel­lie. Les cou­leurs dia­phanes du jour depuis la nuit sont pâles. La nuit, coups de bou­toir et déca­pi­ta­tion. La nuit lépreuse, la nuit éden­tée, la nuit puan­teur vous entraî­nant dans ses cloaques. La nuit borgne aux miroirs défor­mants. Oiseleur, maître des mondes, oise­leur, prince des ténèbres, expert en pièges et arti­fices.
Le jour est uni­té, alliance, véri­té… La nuit, le che­min iné­luc­table de sa conquête.
La nuit est connais­sance, la nuit les philtres et leur gour­mande et délec­table éla­bo­ra­tion. La nuit, le lent arrai­son­ne­ment ; la nuit, ses ver­tiges et la peau de cha­grin, le dur devoir à étreindre en bout de course. Nulle nuit n'échappe à son jour. A chaque nuit, son jour. Dans la nuit et ses marges, le kaléi­do­scope aux mille visages, le creu­set où s'ébauchent les pos­sibles. La nuit fer­tile des chants les plus pro­fonds, des ser­ments les plus doux, la nuit aux caresses iri­sées, à la plé­ni­tude matri­cielle. La nuit, ves­tale ini­tia­trice. Chaque marche fou­lée est pro­messe de déli­vrance. Chaque pré­ci­pice évi­té, pro­messe d'architecture éblouis­sante. La nuit est chair sur les os qui sont le jour. La nuit, le chau­dron où cuit len­te­ment la des­ti­née du monde.

 

***

 

Laissez-moi la beau­té tuté­laire

A mon père

 

Adieu, lave. Un frois­se­ment sec. Crépitement d'os.

Laissez-moi la libel­lule et mon col­lier de larmes.
Laissez-moi la beau­té tuté­laire et le nau­frage.
Laissez-moi rire et lais­sez-moi pleu­rer.

J'ai mâché des larmes d'oubli.
J'ai gri­gno­té la moelle de vos os endor­mis
Et j'ai cra­ché des fila­ments séchés,
Des lianes filan­dreuses de fiel et d'agonie.

J'ai noyé et broyé, souillé et pié­ti­né.
Et de ce machouillis infâme est né un égré­gor
Fait de toutes les lames, miroirs de mau­vais sorts,
M'en suis enduit le corps.

J'ai tré­pi­gné, psal­mo­dié, atti­sé,
Arraché l'épaisse boue qui déna­ture.
En trouées de lumière, de mes san­glots enfouis,
Jaillissant comme un cri,
J'ai cra­ché du lilas, du bleu, de l'amarante, des oranges solaires,
Des car­mins cris­tal­lins, des bleus céru­léens,

J'ai lavé les orgies, rou­gi les amné­sies,
J'ai cra­que­lé l'absence, étan­ché la souf­france,
Puis je me suis assise.

J'étais seule.

 

***
 

Sur le tran­chant de l'aube

Puissante la pous­sée d'un monde en renais­sance.
Flèche azur d'un archer veillant depuis des siècles
Dont l'ardeur scin­tillante ricoche dans l'eau claire.

Véhément le songe secoue la sclé­rose amné­sique
D'un monde qui se dérobe sous le poids de ses ans.
Et cette langue atro­phiée,
En bouillon­ne­ments d'aurore ruis­se­lante,
déchire le baillon de l'oubli.

Je l'ai vu dans ton chant.
A l'assaut de ta gloire,
Sur le tran­chant de l'aube,
Tu largues les amarres sur une mer d'acier.
Et la flèche trem­pée au plus lim­pide du songe
Fait une per­cée d'azur au coeur de l'horizon.

 

***

 

Idéogramme amou­reux

 

C'est une libel­lule, un oiseau-lyre,

Un archange ins­pi­ré invi­tant au bai­ser.

C'est une pro­messe d'envol, un objet de désir,

C'est un cri.

C'est une main ten­due.

C'est une pluie bat­tante.

C'est la fer­ti­li­té des songes fécon­dés.

C'est l'invitation au voyage.
C'est l'élan, c'est un don, une pro­messe.

C'est une colombe bat­tant des ailes

Prête à prendre son envol.

C'est ton cerf-volant.

C'est un coeur ins­pi­ré, c'est un coeur échan­gé.

C'est la danse d'une âme qui bat pour te com­bler.

C'est l'amour har­na­ché.

C'est l'alezan ailé.

C'est une cer­ti­tude.

C'est ta droite, ton étoile,

C'est la ver­tu qui s'offre,

Le lien d'âme, l'effusion des enfants.

C'est un oiseau rapace, un petit d'aigle

Un aiglon piaf­fant de joie,

bat­tant des ailes d'impatience.

C'est une danse de joie.

C'est un pro­fil altier.

Une jeune cou­ronne fine et franche.

C'est une sil­houette en marche.

Elle s'est pen­chée vers toi et t'a don­né son coeur.