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7 poèmes

Par | 2018-02-22T11:38:02+00:00 29 juin 2016|Catégories : Blog|

tra­duc­tion d’Émile & Nicole Martel  

 

 

 

 

 

 Correspondance

 

 

 

J’arrive à la mai­son et la fête bat son plein. De par­faits

incon­nus. Des gens à l’allure ordi­naire, mais pour­tant

il manque quelque chose – pas de bouffe, pas de drinks.  Ce qui les nour­rit

vient d’ailleurs. « Il n’y a pas

de quoi s’en faire, » dit-elle en m’entrainant

vers une autre pièce, ma chambre à cou­cher, où elle me montre

la cap­sule qu’elle garde sous la langue. Est-ce que ce serait

du cya­nure ? Mords à tes risques et périls. J’en ai per­du

l’appétit. C’est tant mieux parce que la fête

est finie, les der­niers invi­tés s’en vont en emme­nant

mes enfants. J’aimerais bien y aller moi aus­si, mais je n’ai pas de billet,

le conduc­teur m’a expul­sé, et la loco­mo­tive siffle

sous le clair de lune et ses énormes roues len­te­ment, comme à regret

com­mencent à tour­ner, écra­sant

com­plè­te­ment mon jar­din. Leur nour­ri­ture

vient d’ailleurs. De

Constantinople. « Vos enfants

vont aimer ça là-bas. » En saluant

depuis une fenêtre (des enfants vic­to­riens

dans un cadre tout orné) ils pro­mettent d’écrire.

 

 

 

 

 

Musique

 

 

 

Aussitôt qu’Ivan est appa­ru, le papo­tage a ces­sé –

            un silence res­pec­tueux, à peine bri­sé par une seule toux.

Avant de  s’asseoir sur le tabou­ret il a enle­vé

            sa veste de tuxe­do, son nœud papillon et sa che­mise de soie blanche.

Il a cou­vert sa poi­trine d’huile végé­tale et de farine.

Tandis qu’il jouait (une fugue de Bach) de la neige tom­bait sur le cla­vier.

On lui a accor­dé une ova­tion enthou­siaste.

 

Hélène, c’était la viande dans notre sand­wich.

Comment pou­vait-elle nous igno­rer ?

Son solo de vio­lon était impec­cable.

C’était la meilleure per­for­mance de sa car­rière.

 

Alice a tout essayé – la flûte, la cla­ri­nette, le trom­bone, le bas­son,

            le cor et le tuba.

Ça n’a jamais mar­ché.

L’auditoire pen­sait que les coui­ne­ments, les cla­que­ments et les chuin­te­ments

            étaient déli­bé­rés.

Elle est deve­nue la coque­luche de l’avant-garde.

 

 

 

 

 

Cloche

 

 

Je suis allé vers le clo­cher.

À une longue table des moines étaient pen­chés sur leur bol.

Ils lapaient leur soupe.

C’était dégoû­tant. Je leur ai deman­dé quand allez-vous

ces­ser de man­ger et son­ner la cloche ?

Et il y en a un, le plus vieux, qui, en s’essuyant la bouche sur la manche

            de sa sou­tane, a répon­du : le son qui doit recon­duire  

            ta mère à la mai­son, quelle force doit-il avoir ?

C’était une bonne ques­tion, à laquelle je n’avais pas

            de réponse.

Ils m’ont offert de la soupe, que j’ai accep­tée à contre­coeur,

            c’était un bol dont on aurait dit qu’il était sans fond.

Quand tu auras ter­mi­né, dit le vieux moine, je vais faire

le bruit qui ramè­ne­ra ta mère à la mai­son.

 

 

 

 

 

Morsure

 

 

Les hommes me mor­daient les bras.

On avait ban­dé les yeux du che­val.

Personne ne s’occupait d’éteindre le feu dans la pièce à côté.

Ça va brû­ler pour tou­jours et toi avec, ’

            dit la vieille femme, la mère des hommes.

Elle enle­va ses vête­ment et les mit dans une boîte

            qu’elle me remit.

Enfile-les’,  m’a-t-elle  dit, ‘et donne-moi les tiens.’

 J’ai fait ce qu’elle m’a dit et suis deve­nu la mère de sept hommes

            pen­dant huit heures.

Quand j’ai dit à mes fils de mordre les bras de la vieille femme

            ils ont refu­sé.

Puis nous avons échan­gé nos vête­ments à nou­veau.

Ça a duré sept mois.

Le pre­mier jour du hui­tième mois on a emme­né le che­val

            dans la pièce en flammes.

Après que nous eûmes man­gé le che­val, la vieille femme a dit à ses fils

            de me mordre les bras.

 

 

 

 

 

Tabloïd

 

 

 

Ma mère ? Je la porte comme un vête­ment en ser­rant aus­si près que je le peux, tout

comme je l’ai tou­jours fait dans cette mai­son des­ti­née au culte. Tout

un des­tin, la Mort pour rire alors que de fait

c’est un exer­cice de tra­ves­tisme qu’on mène en dan­sant toute une che­nille-conga,

un  Mille Doré, de futures star­lettes qui grattent et

qui déchirent jusqu’à ce qu’elles atteignent l’autre côté,  jusqu’à : Zenshin

A-rip­pu kosu (un trai­te­ment comme des pleines lèvres sur tout le corps), Yoko qui crie

Une phrase Yam ! Une phrase Yam ! pen­dant que je ravale ma fier­té

et conti­nue. Note : tan­dis que Yoko s’envoie en l’air avec

votre ser­vi­teur il s’en prend à Betty, l’Américaine

pleine nature, sim­ple­ment pour reve­nir. Méprisable bâtard, oh, juste

pour reve­nir  je le veux, je le veux. Ce que Yoko mérite, son armoire

loin d’être vide, son ren­dez-vous avec l’assassin aux yeux qui louchent

sur la rue de l’Imam-désarçonné, sa situa­tion com­mer­ciale

déses­pé­rée et des jambes pour aller avec, ses masses d’urine dans

des bou­teilles près du lit, sa col­lec­tion de queues de cas­tor bouf­fées par les mites.

Je pense que je vais la por­ter elle aus­si.

 

 

 

 

 

Compassion

 

 

 

envers les Laquais de la Fourrure – tel­le­ment occu­pés à cher­cher l’occasion

            de peindre plus de taches sur la vache Guernesey de Stéphanie Guelph

            qu’ils ont oublié de déco­rer

            les autres ani­maux et ils seront punis en consé­quence ;

envers les Putes de l’Ainsi-soit-il – dix mille hommes en bleu

            dans un petit livre noir et qu’est-ce qu’ils font ?

            Ils récu­pèrent Gaga des mains des Yeux Bridés ;

envers les P’tits Macs – ter­ras­sés

            par un don­neur de sperme, mais tout ce qui les inté­resse

            c’est d’engager plus de clients ;

envers les Ricaneurs Baba – se débrouillant avec

            une assu­rance impar­faite en sif­flant le nom

            de tous ces vil­lage dévas­tés – Jath, Nalgonda, Kalyani –

            où ils ne retour­ne­ront jamais ;

envers les Petits Morbides – sereins comme des enfants

            dans leur cer­cueil – qui eut cru qu’ils parlent

            avec un accent du Sud : Howdy ! Apple ! Bang !

envers les Ambitieux du Sermon – on les mène en chaises rou­lantes  

            vers le nid de vipères mais n’ont-ils pas com­pris

            que tous les conte­nants (eux inclus)

            sont des conte­nants rituels ?

envers les Souillons de Chacmool – ces vieux déca­tis per­chés,

            comme dans une Pietá, sur le ventre de leur maî­tresse, et qui

            se fichent (c’est ce qu’ils disent) de la tex­ture mol­le­ment beur­rée

            de leur petites merdes appé­tis­santes ;

envers les Gars Bala – éten­dus dans les flaques,

            qui ont un pro­blème de fuite inso­luble

            avant la fin du spec­tacle et alors

            il sera trop tard. 

 

 

 

 

 

Cheval

 

 

 

Quand je baise la grosse jument

je suis la mère que je vou­drais être, les mame­lons offerts

à des bouches aux dents par­faites.

 

Quand je baise la grosse jument

je suis la pute qui demande à être punie ; une ses­sion

avec les sadiques du hea­vy metal Sturm und Drung devrait me suf­fire.

 

Quand je baise la grosse jument

comme autour du feu mes sœurs s’assoient et chantent

je recon­nais que le fer rouge est ce que je mérite.

 

Quand je baise la grosse jument

les che­villes et les poi­gnets atta­chés au som­mier de fer

j’éteins une bou­gie avec mes lèvres.

 

Quand je baise la grosse jument

ce n’est pas du sexe. Ce que vous enten­dez est le bruit

des roues de caou­tchouc des chaises élec­triques sur un plan­cher de bois.    

 

Quand je baise la grosse jument

j’ai trop de sève sur le visage, disent-ils,  et que

c’est trop humide et ils s’y attaquent avec des chif­fons.

 

Quand je baise la petite jument

il y a bride et har­na­che­ment

et un sen­tier sous la lune.  

 

*

              

 

 

Correspondence

 

Home to find the par­ty in full swing. Complete

stran­gers. Ordinary loo­king people, but something’s

mis­sing – no drinks, no food. Their nou­rish­ment

comes from elsew­here. “It’s nothing

to be concer­ned about,” she says as she leads me

into ano­ther room, my bedroom, where she shows me

the cap­sule that she keeps under her tongue. Could

it be cya­nide ? Bite at your per­il. I’ve lost

my appe­tite. Which is just as well because the party’s

over, the last guest lea­ving with my chil­dren

in tow. I’d like to go too but don’t have a ticket,

tur­ned away by the conduc­tor, the loco­mo­tive his­sing

in the moon­light as its huge wheels slow­ly, reluc­tant­ly

begin to turn, my gar­den

ground to a pulp. Their nou­rish­ment

comes from elsew­here. From

Constantinople pos­si­bly. “Your chil­dren

will like it there.” Waving

from a win­dow (Victorian chil­dren

in an ornate frame) they pro­mise to write.

 

From Bread 2000

 

Bell

 

I went down where the bell was.

At a long table there were monks bent over bowls.

They were slur­ping soup.

Disgusting. When, I asked,

will you stop to ring ?

And one, the eldest, wiping his mouth on the sleeve

of his cas­sock, replied : The sound that will car­ry

your mother home, how big must it be ?

It was a good ques­tion, & one to which

I had no ans­wer.

They offe­red soup, which I reluc­tant­ly accep­ted,

a bowl, appa­rent­ly, without a bot­tom.

When you’ve fini­shed, said the old monk, I’ll make

the sound that car­ries your mother home.

 

From Drink from the Animal 2010

 

Biting

 

The men were biting my arms.

The horse was blind­fol­ded.

No one would extin­guish the fire in the next room.

It will burn fore­ver & you with it,”

said the old woman, the mother of the men.

She took off her clothes, put them into a box

& gave it to me.

Put them on,” she said, “& give me yours.”

I did as I was told, & became a mother of seven men

for eight hours.

When I told my sons to bite the old woman’s arms

they refu­sed.

Then we exchan­ged clothes again.

This went on for seven months.

On the first day of the eighth month the horse was taken

to the bur­ning room.

After we ate the horse the old woman told her sons

to bite my arms.

 

From Drink from the Animal 2010

 

 

TABLOID

 

My mother ? I’m wea­ring her as tight as I can, as

I always have in that house of reli­gious pur­pose. Some

pur­pose, Death for a laugh when in fact

it’s an exer­cise in cross-dres­sing taken to a conga line

length, a Golden Mile of would-be star­lets scrat­ching & tea­ring

until they’re through to the other side, to : Zenshin

A-rip­pu kosu (a full-body A-lip course), Yoko shou­ting

Yam sen­tence ! Yam sen­tence ! while I swal­low my pride

& get on with it. Note : when Yoko roars yours

tru­ly a tumble in the hay takes with Betty, full-bloo­ded

American girl, just to get back. Spiteful bas­tard, O just

to get back I do, I do. What Yoko deserves, her cup­board

far from bare, her ren­dez­vous with the wall-eyed assas­sin

on the Street of the Unhorsed Imam, her com­mer­cial plight

with legs to match, her horde of urine in bed­side bot­tles, her

moth-eaten col­lec­tion of bea­ver tails. I’m thin­king

of wea­ring her too.

 

From Detroit 2012

 

 

HORSE

 

When I’m with the fat horse

I’m the mother I’d like to be, nipples expo­sed

to mouths with per­fect teeth.

 

When I’m with the fat horse

I’m a slut knee­ling for cor­rec­tion ; a ses­sion

with the Sturm und Drung gang should see me right.

 

When I’m with the fat horse

as around a fire my sis­ters sit & sing

I accept the brand as my due.

 

When I’m with the fat horse

ankles & wrists lashed to a rack

I snuff a candle with my lips.

 

When I’m with the fat horse

I’m not having sex. The sound that you hear is the squelch

of the rub­ber wheels of elec­tric wheel­chairs on a wood floor.

 

When I’m with the fat horse

there’s too much sap in my face, they say, that

it’s much too moist & take to it with rags.

 

When I’m with the thin horse

there’s a bridle & stee­rage

& a moon­lit path.

 

From Detroit 2012

 

 

COMPASSION

 

for the Fur Lackeys –so busy cla­mou­ring for a chance

to paint more spots on Stephanie Guelph’s Guernsey

cow that they’ve for­got­ten to deco­rate

the other ani­mals & will be puni­shed

accor­din­gly ;

for the Amen Hookers – ten thou­sand blue men

in a lit­tle black book, & what do they do ?

They rescue Gaga from the Gooks ;

for the Ha’penny Slammers – wrest­led to the ground

by a sperm papa, all they can think of

is to hire more shop­pers ;

for the Snigger Babas – making do with less

than per­fect spunk while they hiss the names

of those spent vil­lages – Jath, Nalgonda, Kalyani –

to which they’ll never return ;

for the Little Morbids – as serene as chil­dren

in cof­fins, who’d guess that their yields

have a yawl fac­tor : Howdy ! Apple ! Bang !

for the Pulpit Hopefuls – wheel-chai­red into

a snake pit, have they fai­led to grasp

that all contai­ners (them­selves inclu­ded)

are ritual contai­ners ?

for the Chacmool Sluts – withe­red old men per­ched,

pie­ta-like, on their mis­tresses’ laps, couldn’t

care (or so they say) how but­ter-soft

their mouth-wate­ring poo poos are ;

for the Bala Boys – spraw­led in pud­dles,

have a lea­kage pro­blem that won’t be sol­ved

before the show’s over & by then

it will be too late.

 

From Detroit 2011

Sommaires