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À CHAQUE PETIT MATIN…

Par | 2018-05-26T06:03:04+00:00 29 novembre 2014|Catégories : Blog|

 

 À  CHAQUE  PETIT  MATIN,  UN  AUTRE  CRÉPUSCULE

  (in « TODO ESPERA UN FUEGO », 2010)

 

Toute la jour­née jusqu’à être un enfant face à la pre­mière porte
de sa vie. Dernier quar­tier de lune. Corps de cire.
Rebrousser che­min avec un balai de genêts, achar­nés.
Touffu, le jar­din des voyantes.

Peureux, j’ai vu les buvettes se peu­pler d’ennemis.
Celui-là, masque de car­na­val, c’était moi. Au vol,
il reprend son corps d’athlète hors d’usage et se plonge
au plus obs­cur d’une foire.

Il ne reste pas pour le bal, dit-on.
 

Autre ville. Hôtel La Oculta Vez. Il put relire des cata­logues
de pein­ture « …d’une cor­po­réi­té poreuse en conti­nuelle
dis­pa­ri­tion » était-il écrit. Du temps, pour res­pi­rer.

Sur les pho­to­gra­phies du temps que plus per­sonne ne montre.
L’enfance de nos parents. Je vois des foules
de mains, d’oiseaux, de griffes dres­sées. Des adieux.
Gare du nord. Division Azul.

Un homme caché en vaut deux. Dans sa propre ville
il ne parle avec per­sonne. Pour ce qu’il est et par son silence.
Il est visible comme des braises mises de côté avant d’être de la cendre.
Je m’approche avec mon verre.

Bon sens de l’orientation. La rue tou­jours
en tra­vaux selon la signa­li­sa­tion et son seul pan­neau : l’interdiction
abso­lue d’écrire ici. Rue Pain et Charbon.

Chez moi. La mai­son des fous, en tra­ver­sant la rue.
Poussée de tuber­cu­lose. Fini les pro­me­nades.
Tous, nous sommes et nous ne sommes pas, Héraclite. Un élas­tique ten­du.
De la gaze vapo­reuse.

Crois en la chance. Un bureau sombre. Comme des notes
ou des lettres, semaine après semaine, les envois. Courrier aveugle.
Ouvre la porte et lève la main de nou­veau pour être vu.

Théâtre d’une com­pa­gnie de men­diants. Valises et paniers.
Poupées de la nuit en com­pa­gnie. Nous sommes sor­tis au petit matin.
Une autre fois le voyage aux alen­tours.

L’espion vit dans l’ombre. Il ne se montre que dans les moments
d’acier. Brillant. Puis dis­pa­raît. Sa ville,
les ailes. Le refuge des répé­ti­tions. Exactitude.

J’ai été femme, flaque d’eau, bou­ton de neige,
calyp­so bleu, c’est ce que dit la chan­teuse. Lune de miel.
Médecine natu­relle. Jeux de l’essaim.

À petit matin, autre cré­pus­cule.
Il lui semble écrire la bio­gra­phie d’un fils répu­dié.
Midi sur la piste du cirque.
Zones d’ombre au centre, inex­pli­cables.

Manger avec le diable. Il n’a pas vou­lu. La soupe épaisse, 
la cuiller brû­lante. À l’occasion, il recon­naît son visage
fami­lier dans les jour­naux. Dans les pho­tos des puis­sants.
Comme un spec­ta­teur for­tuit des désastres.
Fleurs noires. Centre de table.

Il tra­duit mal. Les langues proches  sont les plus éloi­gnées.
Il a cru que la main cares­sante était une ortie.
Et que le che­val blanc a vou­lu le désar­çon­ner.

La malé­dic­tion des langues.
Bals pri­vés dans les entre­pôts.
Aujourd’hui la lune s’échappe des cages. Affectueuse.
En un cli­gne­ment de pau­pière. Le patron est accou­dé
Et regarde…Sa fixi­té : une branche secrète.

Chez moi. Une jolie boite. Pleine de petites boites.
Pour écou­ter. Elle. Son mutisme à elle. Assibilant.

Très loin. Il atteint le frère de la pointe
des doigts. Attaches, dou­leur des poi­gnets.
Photos d’enfants. Quand il tenait une roue
et mani­pu­lait des prises élec­triques. Décharge de mémoire.

Déguisement recon­nais­sable.
« Si tu étais venue seule, je ne t’aurais pas recon­nue ».

Je loue une mai­son dans laquelle je ne veux pas vivre.
Fin de tra­jet. Absence, les mots. L’amandier,
dit-il déjà. Et le petit griot­tier : attends.
Range tes bagages de dou­leur.
 

Semaine de bas­sesse. Bas-reliefs. Du poème qui ne
lais­sa pas dor­mir. Pelotonné sur la côte.
Amarres et signaux à racon­ter.

Troie. Cheval de laine. Ils se ras­semblent comme s’ils n’étaient qu’un :
Le plan de la ville et la forme du corps aimé.
Ville, cou­leur de coing, des ravis­seurs.
Noire, lagune noire des amants. Ville sans meur­trières.
Te par­cou­rir à che­val, avec un doigt.
Tout le corps emmu­raillé…

Famille. Entre deux lumières. Il y a une véri­té des acteurs.
À chaque porte, il y a une vie com­mune feinte.
Feu du foyer. Ombres chi­noises.

Fil de l’argumentation. La cor­beille à cou­ture de la mère.
Comme l’arc-en-ciel chez le char­bon­nier. Désordre
mythique. Aiguilles et bou­tons dépa­reillés.
Restes, buz­zers, ava­lanche.

 

Stroboscopes. Dans ses rêves, elle avait une vision totale de l’espace.
Rien, pas même les pénibles études de pers­pec­tive
ne libèrent quelqu’un de cette gau­che­rie du demi-som­meil, me disait-elle.
                          Conique, cava­lière, axo­no­mé­trique…
Et elle rêva que notre noce, c’était la soupe des pauvres.
Une petite fumée qui guide le cor­tège.
Matin de dimanche. Ébriété.

 

 

Traduction : Jean-Yves Bériou

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