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A l’annonce de la chute du mur

Par |2018-08-18T20:41:34+00:00 7 septembre 2014|Catégories : Blog|

 

J’étais venu de si loin
A l’annonce de la chute du mur
J’avais le che­min bos­se­lé de mon­tagnes
De tra­jets déchi­rés et de pistes oubliées
J’avais sur le cœur le ser­pent de la peur
J’étais venu plus ruis­se­lant que le fleuve
Sur la route de la mer 
Plus sec que le sable sur les sentes su Sahel
Mais le jour par grappes mûres
Tapissait mon désir et me prê­chait la marche 
Et moi sans savoir com­ment chez toi 
On don­nait nom à la vie et à la mort
Comment les arbres nais­saient
Comment chez toi on dor­mait
Comment les routes bifur­quaient à la lisière des eaux
Et com­ment les vagues léchaient les rives
J’étais venu sans savoir
Qui je lais­sais der­rière qui je ver­rais devant
La tête pleine de mor­sures et de musiques  
Poussé par les vents et par les monts
En quête d’aurores et d’asile 

A l’annonce de la chute du mur
J’étais venu ameu­té par la liber­té 
Alléché par les par­fums  de la paix
Chercher la terre pro­mise au par­tage  
Et sans savoir qui j’étais
Sans deman­der mes haines et mes peines
Sans savoir quels rires je pleu­rais
Quelle peau avait ma cou­leur
Si j’étais de l’est ou de l’ouest
Si je par­lais la langue d’ici ou d’ailleurs
Si j’étais grand ou si j’étais petit
Sans rien savoir du tout 
Ni de la pous­sière de mes pieds
Ou de la sueur et du sang de mes sentes
Tu m’avais ouvert ton pays
Et me voi­ci ici en cette terre meuble
Engraissée par les ruines du mur
Où chan­ter reprend vigueur à l’horizon des cœurs
Et rire redonne sens aux ver­sants du soir

à la gouache des larmes à l’orgie du sang aux flam­beaux des blues à la flam­bée des trônes au gey­ser des orages à la marée du sang à la litur­gie des mas­sacres au déluge du chaos et au chaos du déluge…
le poème fait pro­cès tout feu tout flamme
et c’est à vous sang de mon sang du mon­go ma loba
vous que je ne nomme pas  à moi­tié
vous poème contre la ton­sure du crime
vous défer­re­ment des cou­pables à la refon­da­tion
vous  cla­vier de l’histoire vous crash de la tor­nade
vous  gènes en tohu­bo­hu du sang de la tri­bu      
c’est à vous orage et potence et liber­té et dire 
vous bande bour­rée de feu lange et langue de la fureur
vous qui êtes moi et vous vous qui êtes vous et moi    
c’est à vous que je porte ces mots lar­dés de poi­gnards lar­gués de fer­railles écra­sés de gour­dins de haches de masses de pinces mon­sei­gneur de bra­queurs et de voleurs
c’est à vous qui êtes aus­si les autres – le nnan­ga­bo­ko ma grand-mère affa­mée du vil­lage les errants de la nation les bra­queurs les nan­tis les beaux les cou­peurs de routes les malades les saints les braves les inva­lides les tout-puis­sants les pré­si­dents les ministres les gou­ver­neurs les gou­ver­nés les écra­sés et les bien­heu­reux –
 

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