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A propos du secret secret de Laurent Albarracin

Par | 2018-05-27T23:21:24+00:00 29 mars 2013|Catégories : Critiques|

 

A lire et relire le Secret secret de Laurent Albarracin , on com­prend qu’il a trou­vé la petite clef qui ouvre le mot der­rière la chose ou l’inverse.
Le recueil s’ouvre d’ailleurs sur un pre­mier très court texte : la clef n’ouvre pas la clef.
Au contraire : la clef fait comme une ser­rure autour de la clef.
Tout semble conte­nu dans cette inau­gu­ra­tion heu­reuse, cette peut-être clef dans la ser­rure du recueil.
Il y a un contraire, un inverse, une sorte de retour­ne­ment de l’image pour y trou­ver ce à quoi on ne s’attend pas mais qui est entiè­re­ment et mys­té­rieu­se­ment conte­nu dans son envers.
Laurent Albarracin creuse avec l’air de ne pas y tou­cher.
L’amande est comme un cou­teau tendre
dont on man­ge­rait l’intérieur de la lame
C’est un étrange creu­se­ment qui exhume des évi­dences que l’on ne voyait pas.
Il met en lumière les liens secrets qui se trament depuis la nuit des temps entre notre regard et ce sur quoi il se pose.
Le regard de Laurent Albarracin, s’il est aigui­sé et met à jour le secret enfer­mé à l’intérieur des choses, n’en est pas moins pai­sible et comme len­te­ment posé sur le monde dans l’attente d’une sorte de révé­la­tion simple.
Mais … com­bien tou­jours
l’effort de la sim­pli­ci­té est grand.
On se sou­vient des manuels de notre enfance, ces Leçons de choses qui nous lais­saient croire que le monde entier pou­vait être conte­nu dans l’explication métho­dique de ce qui le com­pose. Il y a de cela dans le livre de Laurent.
On y apprend l’eau, l’arbre, le bol, la lampe, l’escargot et la gre­nouille, la lune et l’amande…
Et tout y est comme décor­ti­qué pour se rendre à l’évidence de sa leçon.
Tout y est conte­nu dans tout, nous don­nant du monde une  expli­ca­tion en abîme, tout à la fois lumi­neuse et comme révé­lée de ses pro­fon­deurs, de son obs­cu­ri­té.
M’émerveille comme l’eau
assom­brit tout ce qu’elle arrose
d’un sang lumi­neux
comme elle rend tran­chant et vif
tout ce qu’elle asperge et contre quoi elle coule
Comme le pêcheur au bord de la rivière, Laurent Albarracin consi­dère l’alentour avec patience, dans un silence d’où va sur­gir la proie au détour d’une image, d’un vers sus­pen­du, et l’humour n’est jamais loin, qui met cette dis­tance déli­cate comme celle du
bou­chon qui tangue à la sur­face de l’eau
(et qui) hausse les petites épaules de l’indifférence de l’eau.
Si le pois­son est la san­dale de qui marche dans sa tête, c’est une jubi­la­tion heu­reuse de che­mi­ner à tra­vers ce livre, où l’évidence se glisse dans les plus infimes recoins de toutes choses pour nous les éclai­rer d’une lumière neuve et à la fois ancienne, dans une archéo­lo­gie du quo­ti­dien magni­fié : ce qui tra­verse le monde est une rivière
qui a pour bords toute la légère pote­rie des choses.
Nous voi­là trans­por­tés, émus et légè­re­ment ivres puisque
La coque des fruits les berce
de la pers­pec­tive d’une croi­sière au long cours
l’enveloppe de l’enveloppe  de l’enveloppe
comme une mer intime
en amande dans le monde.
Nous, ain­si tenus dans l’amande du secret secret.                      

 

 

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