Adonis, Miroir de la luge noire

2017-12-30T22:14:45+01:00

 

Tu as dit : Mon vis­age est navire, mon corps est une île,
   et l’eau, organes désirants.
Tu as dit : Ta poitrine est une vague,
   nuit qui défer­le sous mes seins.

Le soleil est ma prison ancienne,
Le soleil est ma nou­velle prison,
La mort est fête et chant.

M’as-tu enten­du ? Je suis autre que cette nuit, autre
Que son lit sou­ple et lumineux.
Mon corps est ma cou­ver­ture, tissu
Dont j’ai cousu les fils avec mon sang.
Je me suis égaré et dans mon corps était mon errance…

J’ai don­né les vents aux feuilles,
J’ai lais­sé der­rière moi mes cils,
De rage j’ai joué l’énigme avec la divinité
Et j’ai habité l’évangile de l’allaitement
Pour décou­vrir dans mes vêtements
   la pierre itinérante

M’as-tu recon­nu ? Mon corps est ma couverture,
La mort est mon chant et palais de mes cahiers,
L’encre m’est tombe et antichambre,
Mappe­monde clivée par la désolation
En laque­lle le ciel a vieilli,
Luge noire que traî­nent les pleurs et la souffrance.

Me suiv­ras-tu ? Mon corps est mon ciel,
J’ai ouvert tout grand les couloirs de l’espace
J’ai dess­iné der­rière moi mes cils,
Routes menant vers une idole antique.

Me suiv­ras-tu ? Mon corps est mon chemin.
 

Présentation de l’auteur

Adonis

Ado­nis est né en Syrie en 1930. Après des études de Let­tres et de Philoso­phie, il quitte Damas pour Bey­routh où il obtient la nation­al­ité libanaise. En 1957, Ado­nis fonde un groupe et une revue éponyme, Ch’ir (Poésie), act­ifs jusqu’en 1964. En 1968, il fonde la revue Mawâqif (Posi­tions), revue immé­di­ate­ment inter­dite dans le monde Arabe qu’Adonis dirige durant 30 ans. En 1985, il s’installe à Paris et obtient le prix Goethe en 2011. 
Bibliographie :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Adonis_(po%C3%A8te)
 

Adonis

© Crédits pho­tos Wikipé­dia

Œuvres

  • 1954 — La terre a dit
  • 1957 — Pre­miers poèmes
  • 1958 — Feuilles dans le vent
  • 1961 — Chants de Mih­yar le Damascène
  • 1971 — Tombeau pour New York
  • 1975 — Sin­guli­er
  • 1982 — Le Livre des migra­tions, pré­face de Salah Stétié, édi­tions Luneau-Ascot
  • 1983 — Ismaël
  • 1984 — Les Réso­nances, les Orig­ines, éd. Les Cahiers des Brisants
  • 1985 — Kitab al-His­ar (Le Livre du siège)
  • 1988 — Célébra­tions, Édi­tions de La Dif­férence, traduit par Anne Wade Minkowski
  • 1990 — Le Temps des villes
  • 1990 — Célébra­tions 2, gravures de Assadour, Édi­tions du palimpseste
  • 1991 — Mémoire du vent (Poèmes 1957–1990)
  • 1997 — Touch­er la lumière, édi­tions Fata Mor­gana, 1997 et Imprimerie nationale/Actes Sud, 2003.
  • 2000 — Le Poème de Babel, avec des encres de Claude Garan­joud, édi­tions Voix d’encre
  • 2009 — La Forêt de l’amour en nous
  • 2012 — Chroniques des branch­es, coll. « Orphée », Édi­tions de la Dif­férence, 2012.
  • 2015 — Prends-moi, chaos, dans tes bras, Mer­cure de France
  • 2016 — Jérusalem, Mer­cure de France, traduit par Aymen Hacen

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