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Alain Jégou : l’hommage de Jacques Josse

Par | 2018-02-20T16:21:37+00:00 19 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Un an après,  le poète ren­nais Jacques Josse a tou­jours gros sur le coeur. Son ami Alain Jégou (poète et marin-pêcheur mor­bi­han­nais) s’en est allé le 6 mai 2013 « cher­cher des vents plus por­teurs, décou­vrir de nou­veaux res­sacs et sillon­ner d’autres océans ». Alors, sur­mon­tant sa peine, il évoque dans un opus­cule son com­pa­gnon­nage avec celui dont il décou­vrit les poèmes, au cours des années soixante-dix, d’abord dans des revues confi­den­tielles puis dans un recueil inti­tu­lé La suie-robe des sen­tiers sui­ci­daires. « Poèmes rageurs, déca­pants, ten­dus », note Jacques Josse.

Un cor­res­pon­dance s’établit entre les deux hommes : l’un, à l’époque, à Liscorno en Lannebert, l’autre à Ploemeur face à la mer. Ils se découvrent très vite des affi­ni­tés autour de Kerouac, Ginsberg, Corbière, Elléouet… Première ren­contre « en ter­rain neutre », à Saint-Brieuc. Puis Josse se rend à Ploemeur. « Deux jours d’écume, de vent sou­te­nu, de mouettes hur­leuses, de dunes fis­su­rées, d’oyats ondoyants, de mer bara­tée ». De son côté, dans un de ses recueils de poé­sie (Comme du vivant d’écume, La Digitale, 1995), Jégou évo­que­ra ses virées du côté de Liscorno, dans la pays de Josse : « j’avais lu dans un ancien numéro/​de l’almanach du marin breton/​que sur sa lande à lui/​certains soirs de haute lune/​twistaient les âmes des terre-neu­vas ».

Une ami­tié se forge « sur les ter­ri­toires poé­tiques que nous avions l’habitude d’arpenter », écrit Jacques Josse. Un ouvrage com­mun voit même le jour, autour de la figure de Kerouac.

Et aujourd’hui encore Josse fré­mit au sou­ve­nir de l’accident de mer qui faillit coû­ter la vie à Jégou quand son cha­lu­tier Ikaria se fit épe­ron­ner en 2003.

Que reste-t-il aujourd’hui de ce com­pa­gnon­nage ? Tout. Ce que Josse appelle « un sillon lumi­neux », rêvant pour son ami d’un com­pa­gnon­nage d’outre-tombe auprès de Claude Pélieu, de Tony Hillerman et de tous ceux qui ont « lâché prise avant l’heure ». Dans l’attente de se revoir, quand le jour vien­dra de pas­ser de l’autre bord avec nos « mémoires rafis­to­lées avec de la petite ficelle récu­pé­rée dans des tas de filets de pêche aban­don­nés le long des quais et recou­verts d’une pel­li­cule de sel et de pous­sière ».

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