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Alejandra Pizarnik : un pur métier de poète

Par | 2018-02-21T18:23:07+00:00 8 juin 2014|Catégories : Blog|

Peu à peu, et grâce à des édi­teurs tels que Corlevour, José Corti ou Ypsilon (qui édite son œuvre poé­tique depuis 2012), l’œuvre de Pizarnik s’installe dans le pay­sage poé­tique en langue fran­çaise. Ce sont des « mili­tants » de son œuvre, tels que Jacques Ancet, Claude Couffon, Florian Rodari mais aus­si Octavio Paz qui, d’édition en édi­tion, pro­gres­si­ve­ment, ont per­mis cela. Et ce n’est que jus­tice. Car Pizarnik n’est pas que cette « poète mau­dite » dont on nous rebat par­fois les oreilles, avec un zeste de miso­gy­nie à la conso­nance toute réac­tion­naire, elle est une sil­houette et une figure de la grande his­toire de la lit­té­ra­ture mon­diale du siècle pas­sé. Ce côté lar­moyant est pré­ci­sé­ment ce qui a aga­cé César Aira, le condui­sant à don­ner cette série de quatre confé­rences au sujet de la poète, en 1996. Le but de l’écrivain argen­tin, tra­duit et édi­té en France chez Nadeau, Bourgois, Gallimard et André Dimanche, est de retra­cer le pro­ces­sus créa­tif de la vie et de la poé­sie de Pizarnik, les deux étant insé­pa­rables – en dehors de tout ce pathos ten­dant à déva­lo­ri­ser son œuvre, ain­si que le note Aira. L’aventure en poé­sie d’Alejandra Pizarnik est avant tout celle d’un retour­ne­ment du pro­ces­sus de l’œuvre sur­réa­liste au sein du sur­réa­lisme lui-même ; ce qui, en Argentine, n’est pas rien, tant ce pays a connu quelque chose comme une « autre branche » du sur­réa­lisme, étant sans doute aucun l’un de ses pôles majeurs. Ainsi, Pizarnik s’inscrit dans le sur­réa­lisme, semble s’en éloi­gner, et – en réa­li­té – s’y ins­crit de manière encore plus pré­gnante à mesure qu’elle paraît en être déta­chée. César Aira fait ici œuvre de salu­bri­té lit­té­raire et poé­tique au sujet d’une poète sui­ci­dée à 36 ans, dont l’œuvre est de plus en plus lue, une œuvre qui demande l’écriture de livres de cette sorte, afin d’accompagner sa mise en lumière. Et cette œuvre qui, selon Aira, a ten­du à « décon­ge­ler » le monde, n’est pas mince. Alejandra Pizarnik : un pur métier de poète s’affirme d’emblée comme un livre incon­tour­nable pour tout lec­teur de la poète argen­tine mais aus­si pour qui­conque cherche à sai­sir le pro­ces­sus non pas de la créa­tion poé­tique mais d’une créa­tion du Poème dans le corps et la vie d’une poète. Car il en va ain­si de la poé­sie, de n’être aucu­ne­ment reco­piée à mer­ci, au contraire de ce qui se pré­sente comme prose sous forme de roman ; le poète est une uni­ci­té. C’est pour­quoi il n’appartient pas au champ de ce que l’on nomme le « lit­té­raire », s’ébattant tout au contraire dans la vie. Dans cet ouvrage pas­sion­nant, l’on croi­se­ra aus­si d'autres figures de cette ampleur (Breton, Porchia…). Les essais impor­tants sur la poé­sie ne sont pas légion par les temps qui courent. À lire celui-ci, on com­prend pour­quoi : ici, comme dans l’écriture du Poème, se joue la lutte des classes contem­po­raine, celle qui affronte l’obscurité du simu­lacre et la lumière de l’irréel conçu en tant que plus de réel. Bienvenu dans le désert du réel.  

 

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