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Aperçus-Lieux-Traces

Par | 2018-02-22T13:49:15+00:00 15 février 2013|Catégories : Critiques|

 

L’œil du mar­cheur

    Le pay­sage est-il poème ? Ou bien est-ce le poème qui devient pay­sage ? Et que nous disent les pay­sages de notre être au monde et du pas­sage du temps ? La figure du mar­cheur est récur­rente dans la poé­sie de Max Alhau.  Avec Aperçus-Lieux-Traces, un ensemble de proses poé­tiques, il pour­suit son che­mi­ne­ment.

   L’alternance de la neige et du vert sur le sol devient réflexion sur l’ampleur d’un regard où se croisent l’imaginaire de l’enfance et l’étonnement. La mémoire des lieux visi­tés, où le vil­lage de mon­tagne suc­cède aux grandes métro­poles,  ravive le sen­ti­ment de la perte et du tran­si­toire.  Sur les che­mins qu’il par­court, le poète se met en quête de leur his­toire et de scènes où il entra­per­çoit les pro­me­neurs qui l’ont pré­cé­dé.  Face à deux bou­leaux plan­tés dans un jar­din, il inter­roge leur mémoire d’arbres, confron­tés aux muti­la­tions infli­gées par les hommes  à ce qui les entoure.

    Max Alhau scrute l’épaisseur du monde, cherche à la per­cer dans un inces­sant ques­tion­ne­ment au miroir du  pay­sage. La sil­houette soli­taire du mar­cheur qui tra­verse ces proses incarne au fil des pages notre huma­ni­té fra­gile et éphé­mère.  Elle se déplace dans des éten­dues dont le poète per­çoit les recoins et les envers, posant un regard à la fois inté­rieur et exté­rieur.  Deux facettes se conjuguent, qui ampli­fient, élar­gissent le champ, se doublent l’une l’autre de tona­li­tés et de nuances. Il est vrai que, désor­mais, fran­chir la fron­tière relève d’un acte blanc où la notion d’invisible l’emporte, jointe à celle d’uniformité.  L’œil fran­chit les fron­tières et rejoint le prisme où se super­posent temps, pas­sants d’époques dif­fé­rentes, cou­leurs et per­cep­tions. Il ouvre à la conscience d’une pro­fon­deur cachée, mul­tiple, qui échappe au mar­cheur seule­ment voué à la pres­sen­tir, parce qu’il est tri­bu­taire de l’éphémère. Terre à la ren­verse, déri­vant vers d’autres siècles, muette et exta­tique, c’est bien toi qui te pré­sentes à nous dans la cendre et le feu.

     Mais tout peut aus­si se confondre dans un élan qui trans­forme le mal­heur en sen­ti­ment d’allégresse,  comme dans « Petites proses mon­ta­gnardes », début de la par­tie inti­tu­lée Lieux.  Les mon­tagnes, ce qui fut terre d’asile, lieu de pré­di­lec­tion du poète, offrent une forme de rédemp­tion.  Les limites semblent s’abolir au mar­cheur ébloui, sans qu’il oublie les lignes qui demeu­re­ront impos­sibles à fran­chir. Une fois encore le regard  s’ouvre et s’enivre ici de la déme­sure sal­va­trice de ce qu’il par­court : arrê­té en che­min, tu as peine à croire que la beau­té du pay­sage étouffe ta peur, écorne ta tris­tesse qui s’enracine en toi à la pen­sée d’un nou­vel exil.

     Le regard s’arrête puis s’en va, comme le mar­cheur.  Si le départ est iné­luc­table, l’œil de la mémoire en défie les lois.  Et si le temps impose un pas­sage au crible,  des images d’absents jaillissent : dans le trouble de la nuit se des­sinent de légers traits de cette sil­houette, quelques atti­tudes fugi­tives dans un lieu lui aus­si mou­vant, témoi­gnage resur­gi d’un exil dont on mesure la dure­té.  La nuit aus­si offre ses ter­ri­toires à l’exploration de l’œil du songe, tour­né vers les sou­ve­nirs res­ca­pés qui s’y réflé­chissent.  

     À nous autres, aveugles au clair regard, Max Alhau découvre des échap­pées muettes ins­crites au creux des arbres, dont il écoute la rumeur, leur droite digni­té face à leur des­tin, fût-il celui de racines déter­rées.  Il rap­pelle à l’humilité de ce qui se trace en sagesse si loin der­rière nous : Si l’on était que le sou­ve­nir d’un temps dont on ignore tout… Il donne ici au lec­teur un ensemble de textes que l’on lit et relit, conti­nuant d’en explo­rer facettes et échos encore inaper­çus. 

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