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Armand Dupuy, Par mottes froides

Par |2018-03-28T21:19:40+00:00 14 avril 2014|Catégories : Blog|

 

« Courage, Green, vous avez du talent ». L’interjection finale d’un article jadis célèbre de Bernanos saluant la paru­tion du pre­mier roman de Julien Green en 1926 m’est venue à l’esprit, au moment où j’allais m’efforcer de rendre compte du livre d’Armand Dupuy. Bien sûr, je ne suis pas Bernanos, Armand n’est pas roman­cier, mais Mont Cinère, dont Bernanos fit une lumi­neuse lec­ture, raconte bel et bien la mise à feu d’une pro­prié­té et il y a de l’incandescence chez ce poète. Et du cou­rage.

Le cou­rage n’est pas for­cé­ment une ver­tu très éle­vée. L’étymologie nous apprend qu’elle touche au « cœur » et qu’elle a donc à voir avec la sin­gu­la­ri­té de cha­cun, dans ce qu’il peut bras­ser, lui et lui seul, de l’expérience com­mune. Courageusement, donc, c’est-à-dire en ne cher­chant à res­sem­bler à per­sonne, mais sans pour autant repous­ser qui que ce soit, l’œuvre poé­tique d’Armand Dupuy s’élabore, comme s’élabore aus­si (mais nous n’aurons pas la place d’en par­ler), son œuvre de peintre, de gra­phiste et de construc­teur de livres.

Dans tout ce que la poé­sie nous donne à lire, ou, plus exac­te­ment, dans tout ce qui m’advient d’en lire ces temps-ci, j’ai rare­ment tou­ché à une œuvre à la fois aus­si jeune et aus­si ori­gi­nale. Le cœur bat­tant d’Armand Dupuy pro­pose des pages ser­rées, faus­se­ment com­plexes, où se reçoivent et se relancent à la fois les images, les pen­sées, les colères et les dou­leurs du temps. Vous lisez ces poèmes et vous glis­sez dans un monde inté­rieur fait de sen­si­bi­li­té écor­chée mais aus­si de soli­da­ri­tés simples et d’amitiés.

Il n’y a pas de thèmes. Les thèmes se subor­donnent à la forme. Il n’y a pas de for­ma­lisme : la récur­rence ryth­mique et visuelle du poème ren­voie aux bat­te­ments de la vie. Il n’y a pas de trans­cen­dance, pas de foi, pas de sys­tème ; seule­ment la vie qui oscille entre les hor­reurs dénon­cées et la dou­ceur d’un quo­ti­dien où les être aimés res­pirent sous les toits, à l’heure où le poète tra­vaille. Comme il le dit lui-même « Cela tient ».

Oui, la poé­sie de Dupuy tient, qui com­pose entre honte de soi et trem­ble­ment de joie, entre vomi et appé­tence. Elle tient aus­si par l’étonnante et admi­rable pré­sence des amis. Présence d’Israël Eliraz, de Nicolas Grégoire et de tant d’autres….

Et, même si la réfé­rence éton­ne­rait sans doute Armand, j’ai son­gé au buis­son ardent de l’Exode, en lisant ces petits feux de poèmes inex­tin­guibles et inépui­sables. Dans le secret de ses matins, le poète ras­semble la nuit, le jour, le feu et les Mottes froides. Cela le fait tenir, semble-t-il, tenir en vie, et cela se par­tage.

Courage, alors,  Armand !

 

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