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Autour de Salah Stétié

Par |2018-10-16T10:37:49+00:00 18 mai 2013|Catégories : Critiques|

Les col­lages « de miroir et milard » créés par Catherine Bolle pour les mots de la tri­bu du scribe Salah Stétié leur donnent une fas­ci­na­tion par­ti­cu­lière. Celui qui a si sou­vent col­la­bo­ré avec des artistes trouve en la plas­ti­cienne de Lausanne une col­la­bo­ra­trice majeure. D’une langue écrite à l’autre, une double mémoire se tra­verse. Des images de l’artiste sur­git une fer­men­ta­tion. Elle per­met d’aller beau­coup plus loin dans les inac­ces­sibles plis de l’ineffable. Tout est là : il y a une pente, une sen­sa­tion, une fenêtre pleine de détails qui échappent à la seule figu­ra­tion. On y cherche un abri pour se lais­ser aller aux phrases de Stétié. Le poète y évoque ce qui se maté­ria­lise en plein jour, sans bruit, sous les appa­rences amorphes.

Dans Cela l’air, les textes sont posés contre les images-miroirs comme contre un mur. Ils y jettent une ombre courte. Tandis qu’à l’inverse, le bleu­té des col­lages accorde aux textes une hybri­da­tion par effet de frô­le­ments. Ce face à face pro­pose un ensemble sub­til et essen­tiel. Il se réfère à un pré­sent jamais constant. Entre le geste de Catherine Bolle et les scan­sions de Stétié sur­git ce qui prend appui et prend garde. Ce qui se pré­sente et s’absente. Restent le tra­cé pour ce qui n’a pas de nom, l’écriture pour ce qui n’a pas de reflet ; l’ensemble est irré­sis­tible et pré­gnant mais pro­fon­dé­ment pudique.

Ces « Fiançailles de la fraî­cheur » éloignent de la simple appo­si­tion des mots (comme il y a une appo­si­tion des mains) en guise de véri­té sous pré­texte qu’il y aurait là un voca­bu­laire enchan­té. Devenue épreuve de vie, l’écriture ne peut certes pas pra­ti­quer le des­sai­sis­se­ment du nom mais contre « une iden­ti­té fon­da­men­tale de réver­si­bi­li­té » l’image lui devient néces­saire. Et quand le poète s’efface, Catherine Bolle, tel l’ange de contra­dic­tion, donne à la parole qui manque non seule­ment un biais mais un poids. Bref elle fait ce que Blanchot deman­dait à l’art : « lais­ser pres­sen­tir que quelque chose parle en ne se disant pas ». Contre la perte du nom et le  pleu­re­ment l’image ouvre donc une seconde brèche, une tierce  source vitale.

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