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Berlioz

Par |2018-08-14T12:29:21+00:00 8 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

J'ai trois armes contre la pau­vre­té, des anti­dou­leurs
pour la mala­die, mais pour l'erreur de diag­nos­tic, je n'ai rien.
Devrais-je lais­ser un mes­sage absurde, ou juste m'en aller,
ou fer­mer les portes pour t'entendre une fois encore ?

A cinq ans, je pou­vais imi­ter un son. Il appa­rais­sait devant moi
comme un spectre, je le pho­to­gra­phiais avec mes mains, comme toi
quand tu pour­chas­sais le fan­tôme sur Nabokov Hill. Je m'asseyais
à la fenêtre, déco­dais les feuilles, ou grim­pais à l'arbre

pour obser­ver ses veines de près. J'étais atti­rée par ces lignes
chan­tant comme les rayons du soleil. Je les tou­chai.
C'est alors que tes yeux ren­con­trèrent les miens. Je tou­chai davan­tage, les échos
apai­saient toutes mes peines juvé­niles . Je ne pou­vais pas choi­sir

l'arbre près de la fenêtre (un mûrier), mais je pou­vais appor­ter
en classe des vers à soie, qui ont déci­dé de ma route de la soie.
Nous sommes allés à Saint-Pétersbourg, Cracovie, Vilnius, ensemble,
et nous avons volé par­tout où mon doigt pou­vait poin­ter –

per­sonne ne connais­sait mon pou­voir magique, il mar­chait seule­ment quand je
pla­çais mes doigts sur  tes  points de pres­sion – impos­sible désor­mais.
Un arbre mort peut renaître des racines, des feuilles se trans­for­mer en ailes.
Je suis née deux fois moi aus­si, l'une dans l'enfance, l'autre avec toi.

(tra­duit par Marilyne Bertoncini)

 

 

I have three wea­pons against pover­ty, pain­killers
for ill­ness, but for mis­diag­no­sis, I have nothing.
Shall I leave a non­sense mes­sage, or just leave, 
or close doors to lis­ten to you once more ?

At age five, I could imi­tate sound. It appea­red before me
as a spec­trum, I pho­to­gra­phed it with my hands, like you
when you cha­sed the phan­tom on Nabokov Hill.  I would sit
by the win­dow, decode the leaves, or climb up the tree

to look clo­se­ly at the veins.  I was drawn to those lines
the same way I would read you later on, not to iden­ti­fy, but
to per­ceive, they told me as much as a music staff,
enco­ded like your eyes. I couldn’t choose

the tree by my win­dow (mul­ber­ry), but I could take
silk­worms to the class­room, which deci­ded my silk road.
We went to St. Petersburg, Krakow, Vilnius, toge­ther,
and flew anyw­here my fin­gers could point to—

nobo­dy knew my magic power, it wor­ked only when I
pla­ced my fin­gers at your pres­sure points— impos­sible now.
A dead tree can be reborn from roots, leaves grow into wings.
I was born twice too, once in child­hood, once with you.

(Translated by Ming Di and Tony Barnstone)

 

 

柏辽兹

对付贫困潦倒,我有三种武器,对付疾病,
我有强力去痛片,对付误诊,我一筹莫展,
不知该留下几句废话,还是不告而别,远行,
或是关上门窗,把你从头到尾再听一遍。

五岁时,我会模仿一种声音,它先以光谱
出现在我眼前,我用手去摄取,如同你
在纳博科夫山上扑打幻影。累了我就坐窗前,
阅读树上的密码,父母不在时我就爬到树上

仔细看树叶的纹路,我对那些线条的兴趣
与后来阅读你一样,不是为了识别,而是
为了感知,它们给我的信息和五线谱一样多,
和你的眼睛告诉我的一样丰富。我不能

选择我家窗前那棵植物(桑树),但我把蚕
带到教室,就注定了后半生的选择。
我们一起去圣彼得堡,克拉科夫,维尔纽斯,
我的手指点一个地方,我们就飞到那里,

这种神奇功能别人不知道,我只有在点你
的穴位时才灵。我的手被切断。树死了
可以从根部再长一次,直到树叶长出翅膀。
我也成长过两次,一次在童年,一次在你身边。
 

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