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Butins d’Olivier Houbert

Par | 2018-05-23T13:06:56+00:00 8 décembre 2013|Catégories : Blog|

     L’amour de la poé­sie se par­tage. Olivier Houbert (46 ans) nous livre le fruit de ses rapines. Né à Londres – mais il vit actuel­le­ment à Rennes – il a notam­ment col­la­bo­ré à la Nouvelle Revue Française où il a dres­sé le por­trait intime de ses auteurs de che­vet. On en trouve aujourd’hui la trace dans le livre qu’il publie sous le titre de Butins.

     Voici donc, sous son scal­pel, qua­torze auteurs (la plu­part poètes) aux­quels il voue une forme d’allégeance. Car il s’agit d’auteurs « en marge » – ce qui les empêche pas d’avoir eu, pour cer­tains d’entre eux, une belle pos­té­ri­té – chez qui Olivier Houbert retrouve sa propre cri­tique radi­cale d’une socié­té « qui pros­ti­tue ses enfants et n’offre aucune espoir », d’une socié­té où, dit-il, « l’opacité menace ». Au fond, des auteurs de livres « de sur­vie » dans un monde où, écrit encore l’auteur de Butins, « la pol­lu­tion men­tale » est à l’œuvre.

     Dans son pan­théon, il ne faut donc pas s’étonner de trou­ver des écri­vains comme Antonin Artaud, Louis-René des Forêts, Joë Bousquet, André Hardellet, mais aus­si Edmond Jabès, Bernard Noël, François Augiéras, Joseph Joubert…

    

     On com­prend que l’éditeur Yves Landrein ait, peu de temps avant sa mort, accueilli avec bien­veillance le manus­crit d’Olivier Houbert. Il y a trou­vé des auteurs qu’il appré­ciait lui-même – à la fron­tière de la poé­sie et de la prose – et le plus sou­vent adeptes d’une écri­ture frag­men­taire.

     C’est le cas, notam­ment, de Roger Munier à qui Olivier Houbert consacre un très beau cha­pitre. Il dit avoir été sen­sible à son appel à écou­ter « ces autres voix venues d’ailleurs qui peuvent nous aider à retrou­ver un che­min per­du de l’âme, dans l’inconnu où nous entrons ». Olivier Houbert raconte donc être allé cher­cher du côté de Silesius (« l’errant che­ru­bi­nique ») de Juaroz et de sa « poé­sie ver­ti­cale », d’Octavio Paz ou de Pierre-Albert Jourdan. « L’homme actuel s’est troué, peut écrire, à leur suite, Oliver Houbert, et le poète ne peut que lais­ser voir la lumi­no­si­té, tra­gique en un sens, qui confère à toute chose sa beau­té éphé­mère ».

     Ce qui entraîne l’auteur, par bonds suc­ces­sifs, du côté de la « parole mys­tique » qui, comme la poé­sie, « nous convie à une quête de la véri­té inté­rieure ». Ainsi, lisant Adonis, Olivier Houbert voit la poé­sie comme « une quête de l’ailleurs en soi-même et en l’autre ». Ségalen, non plus, n’est pas loin, à qui le pre­mier cha­pitre de Butins est consa­cré.

         Loin d’une poé­sie éthé­rée – ou d’ornement – (ce que ne peut être la vraie poé­sie), nous sommes, avec ce livre, dans un plai­doyer  pour une poé­sie d’exigence et d’engagement, mais d’un enga­ge­ment radi­cal qui met en branle toute la per­sonne. « Le men­songe social est l’hydre que com­bat la poé­sie », écrit Olivier Houbert. « Percer la matrice des choses, voi­là la tâche du poète ». La charge de l’auteur est par­ti­cu­liè­re­ment appuyée contre les tur­pi­tudes d’un monde qui, selon lui, court au nau­frage. Aux poètes de « lan­cer la bouée » et de « détruire les sacri­lèges à leurs racines ». Artaud, reviens !

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