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Ça

Par |2018-08-14T18:20:35+00:00 8 février 2014|Catégories : Blog|

 

                                                    à Sylvie Besson

 

1 –

 

ça – plu­sieurs vies plu­sieurs temps
libres, océa­niques
l’expérience du mou­ve­ment l’expérience de l’usure
le spec­tacle de la mort la mort en spec­tacle
les his­toires fausses prises pour des his­toires vraies
la limi­té des deux mondes
le soleil quand il amorce son déclin
les bruits les fleurs
les fleurs choses écla­tantes
les cailloux dans le mas­sif de la prose
le dépla­ce­ment les détails
le nau­frage du temps sur les toits
l’oreiller du temps –
dans l’écart, le faire part
l’écriture des rêves
les faux tré­sors d’images
les images vides
le som­meil de la rai­son
le pré­sent le concret l’envolée de moi­neaux
le vol des papillons près du point d’eau
l’enchevêtrement d’empreintes autour des poi­gnées
les façades arron­dies par le vent
les forêts les che­mins sans che­min
l’existence libre sur les che­mins
les feux qu’on voit sur la mer
les mers tour­men­tées
l’enchaînement l’écroulement sur soi
le hasard pour guide le lieu aveugle
Dieu qui crée un vide
le poème qui crée un vide –
L’ordre du monde si beau comme
Un tas d’ordures répan­dues sur le sol

 

2 –

Ça – un vide immense
la pen­sée qui flotte
l’oubli l’être qui se dérobe
les effluves l’instant du monde
l’instant du monde vu de l’espace
les voûtes les cor­ri­dors les arcades
la pos­si­bi­li­té du pire le mutisme
les formes de répres­sion le tor­rent des sen­sa­tions
la rose qui vaut de l’or
toutes les roses tout l’or
le bord du monde où je suis où je ne suis pas
l’effacement des gestes dans la fenêtre
l’affolement mon départ ma détresse
ce que j’oublie ce que j’aime ce que j’oublie d’aimer
ce que j’aime oublier
l’oubli de l’être
ce qui s’écoute ce qui se pro­jette
la scène qui s’ouvre ou se ferme
l’éveil le rêve l’écriture
la parole qui bégaie
la date le nom
l’importance des dates la tra­ver­sée des noms
la pen­sée du feu –
jusqu’au blanc des cendres

 

3 –

Ça – les limites de la pen­sée
l’ordre éta­bli
les draps l’excès
la bouche ce royaume
le for­mi­dable désordre l’inextricable confu­sion des vagues
les vagues qui haussent le col dressent la crête
montent & tombent
qui s’étirent en aveugle jusqu’à l’approche des côtes
qui s’effondrent
l’écume qui vient mou­rir sur le sable
quelque chose de soyeux
quelque chose des détails de l’amour
les longs rico­chets l’imprévisible
le cœur frap­pé d’épouvante
les coups de rou­lis
les terres rava­gées les mers fouillées par le vent
le vent qui frappe les lits de pierres
la ruine des navires
les navires qui reviennent au port
la chant la peste d’Athènes
la clô­ture du poème de Lucrèce
la pen­sée maté­ria­liste le jeu la joie
l’instant qui s’étend aux bords des pages
les phrases dont on se débar­rasse l’effectif
l’illisible de la tem­pête
le typhon de Conrad l’ellipse
la véri­té pos­sé­dée dans une âme et un corps
le corps l’ouverture de l’âme au monde
les siècle d’excitation les siècles sans pas­sion –
tout un ver­sant du ciel qui ne veut pas mou­rir

 

 

 

Ces trois poèmes ont été publiés, dans une ver­sion dif­fé­rente, dans le recueil : Le Bel aujourd’hui (Tarabuste) en juin 1999.
 

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