> Ce soir Neil Armstrong marchera sur la lune

Ce soir Neil Armstrong marchera sur la lune

Par | 2018-05-25T20:17:13+00:00 30 juillet 2013|Catégories : Critiques|

Joël Bastard est poète, fer­mier dans le Jura, écri­vain à la plume effi­cace et sans recul, qui en tant que poète s'essaye à des formes inédites. On n’a pas oublié chez Gallimard ses beaux recueils comme Beule ou Se des­sine déjà. Son rap­port à notre uni­vers, loin d’être arti­fi­ciel, passe par le concept de « Nature », aujourd’hui pas­sa­ble­ment défor­mé, mor­ce­lé, « bio-isé » ! On per­çoit cette rela­tion au vivant dans toute l’oeuvre. C'est le cas de ce petit livre : usant d’une prose poé­tique, char­gée d’évocations et de non-dits en arrière-plan, il nous pro­pose un double conte, ou plus exac­te­ment un conte à deux faces : un récit en deux par­tie, dont chaque face est à la fois reliée à l'autre par une sorte d'atmosphère anti­no­mique, et cepen­dant sans rela­tion autre que tex­tuelle. Je ne vais pas déflo­rer cette courte « bis­toire », je me conten­te­rai de dire qu'elle est tem­po­rel­le­ment à che­val sur deux évé­ne­ments, l'un à valeur de fait divers, l'autre d'événement uni­ver­sel (vu du point de vue du fait divers éga­le­ment). Leur seule mise en regard, en miroir, induit une réflexion qui conti­nue de me pour­suivre depuis que j'ai lu ces « compte-ren­dus » tour­nant autour d'une même seconde « où tout bas­cule » pour une double his­toire humaine. Il y a une sorte de rela­tion occulte et inso­li­te­ment poé­tique, méta­phy­sique, entre ces deux récits étran­gers, étran­ge­ment loin­tains, l'un en Corse concer­nant une troupe de jeunes gens avec leurs moni­teurs en cam­ping, l'autre concer­nant le moment où un vil­lage, des envi­rons sans doute, attend les pre­miers pas pro­gram­més de l'homme sur la Lune, en juillet 1969. Ce sont lieux infimes et faits-divers, très locaux, pour­tant de la gra­vi­té qui les frappe se dégage une conscience nou­velle du fait d’être homme et de l'unité ter­restre : selon quoi le hasard et la conco­mi­tance ne sau­raient être des pré­textes à consi­dé­rer que le temps et l'espace n'entrecroisent pas leurs filets constam­ment, un peu comme aujourd'hui l'Internet, sur l'humanité pla­né­taire, de manière à ce que même ceux qui ne se croient pas soli­daires ou, pour le moins, reliés, découvrent qu'ils le sont au fond, quoique s'ignorant plus ou moins réci­pro­que­ment, voire s’entre-asssassinant. Une façon pour Joël Bastard de rafraî­chir l'idée (que tous les humains oublient un peu faci­le­ment) qu'ils sont « tous dans le même bateau ». En pous­sant à peine plus loin la médi­ta­tion, je dirais que là est la source véri­table de l'écologie, qui n'a rien à voir avec des visions par­tielles et locales comme sou­vent en Europe, mais qui est cette prise de conscience d'une inter­re­la­tion glo­bale, appli­quée à tout ce qui est vivant (et donc sous menace de mort en per­ma­nence). Prise de conscience des­ti­née à nous rap­pe­ler com­ment il convient d'habiter cette Terre.

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