CeeJay, New world, extraits

Par |2019-11-19T16:38:31+01:00 6 novembre 2019|Catégories : CeeJay, Poèmes|

1032 New world III                 (Repos du maquis)

 

Som­bres jours amnésiques de rêves cen­surés
forêts où nous pas­sons
où nos aïeux sont eux-mêmes passés
où nos enfants  et leurs enfants
eussent aus­si dû pass­er
en passe de devenir sou­venirs
irréels, fab­uleux et mythiques.

Un pied dans le songe
le funam­bule sur le faîte du toit
en équili­bre déam­bule
l’autre pied dans la tombe 
bras ten­dus
vers l’infini
ce tun­nel de rêve éveil­lé
où il se sent tomber
avec au cœur un ver­tige d’enfant
puis, s’en revient à la vie oubliée.

 

 

∗∗∗

1033 New world IV                (Les misérables)

 

Sans revenir à la vie oubliée.
libre se pense le pris­on­nier qui dort.
La pous­sière étanche sa soif
du sang de l’innocent ver­sé jour après jour
par les houles de haine.
Enchevêtrement des mon­des
les uns à tra­vers d’autres
passés, à venir et si peu présents.
Sans domi­ciles et ambu­lants
con­fon­dus dans une même mis­ère.
Sans famille du jour à des années lumières
du roman­tisme mis­érable de Hugo.
Enfants errant seuls dans les mon­des hos­tiles
et incon­nus où ils sont proies de la chas­se.
Vieux oubliés jetés aux mouroirs
ou finis­sant sur les trot­toirs
immo­biles, aux maisons, affaissés

∗∗∗

1034 New world V                (Veni Venise Vici)

 

Sérénis­sime aux maisons affais­sées
que le canal gon­do­le
ourlant ses vagues
aux pas­sages des « palaces » flot­tant
hauts de cinquante étages.
Lagune qui soupire sous les ponts
où pour­ris­sent les mots
sous le ciel de nuit
tel sur­face océane où l’on sur­nage
avec sa bijouterie scin­til­lante
qui ajoute au charme
comme une pub à la télé.

Se baladent nos corps peu glo­rieux
faits d’épouvante et de faits d’armes
dans les étroits coupe-gorges
des garages à gon­do­les.
Flambe Venise s’enfonçant aux abysses
La seule bar­que qui reste est celle de Charon.
Entre deux eaux
le Canalet­to char­rie les noyés dis­lo­qués
aux mem­bres d’algues longues
qui s’enroulent aux piliers
enlacés par les bras du courant.

 

∗∗∗

1035 New world VI                (Génocide)

 

Dans les bras des courants trou­bles
emmené le monde est un théâtre
où le temps se déroule à l’envers
par le trou du souf­fleur
il nous dicte ce qu’il ne faut pas faire.
La mort en nous se dis­simule
et comme un fan­tôme
s’écrit avec le sang de ses vic­times
en guipure qui cou­vre le monde.
À fouiller le silence
on s’aperçoit qu’il est assour­dis­sant.
Déboulent les boucliers
armures robo­t­iques
balles qui éborgnent
mains arrachées
corps piét­inés
afin que notre frousse en une autre se change.
La paix se nomme la peur désor­mais
tous nous rêvons de refuges
quelque part dans l’infini
sachant qu’ici il n’y en a plus.
Le vent des ordres noirs
se glisse sous nos portes d’insurgés
der­rière lesquelles  
nous attend le géno­cide final.

 

 

∗∗∗

1035 New world VII                (Requiem)

 

Nous attend le final oubli
notre passé est con­finé
au gre­nier de nos mémoires
entoilé d’araignées
au venin d’oubli.

L‘antérieur a fini par se nier
le sel de l’horreur
fait pleur­er nos yeux.
Bal­lent des corps
cra­vatés de chan­vre
par-dessus les man­dragores
fruits étranges des potences.

Mains ser­rées sur l’obole
qui pay­era le pas­sage.
Requiem signé d’une plume
d’ange chu
pour adoucir l’horreur.

 

Présentation de l’auteur

CeeJay

Jean-claude Crom­me­lynck dit Cee­Jay (1946-novem­bre 2020)

Né à Brux­elles en1946, pub­lié dans plusieurs revues de poésie en Europe, au Maroc et aux USA, traduit en français, russe et en anglais.

Édi­tion en 2014 chez Mael­ström Révo­lu­tion d’un pre­mier recueil de poésie, Bombe voy­age bombe voy­age . En 2015 Poèmes traduit en anglais dans un n° spé­cial qui lui est con­sacré: MGV2 Issue 81, Irlande. 2017

Suiv­ent Le Prophète du Néant recueil de poésie soufi pour réc­on­cili­er l’Orient et l’Occident avec 13 tra­duc­tions en arabe chez Mael­ström, 2019,  Der­rière les paupières…L’immensité aux édi­tions de l’arbre à Paroles d’ Amay, et le recueil L’Ar­bre de vie  en févri­er 2020 aux édi­tions du Coudrier.

 

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