> Chant de Weyla de Eduard Mörike

Chant de Weyla de Eduard Mörike

Par |2018-08-16T06:50:13+00:00 15 décembre 2012|Catégories : Critiques|

Dans sa tru­cu­lente pré­sen­ta­tion d’Eduard Mörike, Jean-Yves Masson explique pour­quoi il a déci­dé de tra­duire ce poète roman­tique du 19e siècle. Je l’avoue, ce volume me fait décou­vrir Mörike que je ne connais­sais que de nom, c’est du reste une des ver­tus de l’excellente col­lec­tion Orphée. L’homme est né en Souabe en 1804, sémi­na­riste puis pas­teur, jeune il ren­contre Hölderlin, est frap­pé par les troubles qui assaillent le poète. La pre­mière édi­tion des Poèmes, édi­tion qu’il com­plè­te­ra jusqu’à la fin de ses jours, paraît en 1838. Il cesse sa vie pas­to­rale peu après. Devenu célèbre, ses poèmes étant lus et étu­diés, une époque où l’on accor­dait de l’importance à la vie poé­tique, il mène une vie per­son­nelle déli­cate, et cesse d’écrire. Mörike est mort en 1875. Il a assis­té à la nais­sance de l’Allemagne. Ce n’est pas rien.

Sa poé­sie mêle chris­tia­nisme et paga­nisme, en lien avec la Grèce. C’est un roman­tique. Et ce lien en sa poé­sie peut sans doute être per­çu comme une carac­té­ris­tique majeure d’un cer­tain roman­tisme de langue alle­mande. De sa vie et de sa poé­sie, Masson écrit ceci : « Mais, de tous les refuges, le plus durable reste la Nature, qui est pour lui la face mater­nelle de Dieu. Le besoin vital qu’éprouve tout au long de sa vie l’âme inquiète de Mörike s’énonce en alle­mand par un mot presque intra­dui­sible, qui donne son titre à l’un de ses poèmes les plus connus : Verborgenheit. Il s’agit de vivre caché, de se tenir à l’abri, de res­ter au secret : toutes ces expres­sions ne sont que des approxi­ma­tions pour dési­gner un retrait, une vie à l’écart du monde qui n’est pas entiè­re­ment celle d’un ermite, mais d’un esprit qui redoute les sol­li­ci­ta­tions exté­rieures et veut se consa­crer avant tout à lui-même tout en jouis­sant (et c’est toute la dif­fé­rence avec l’ermite) de la beau­té du monde, nul­le­ment incom­pa­tible pour lui avec le sou­ci de la véri­té, et par­fois de la com­pa­gnie de quelques êtres choi­sis ». Voilà qui dit beau­coup au sujet de l’état de l’esprit de Mörike, sou­cieux de la fémi­ni­té de Dieu (la langue fran­çaise est sur­pre­nante, elle qui ne rend pas compte de la pos­sible com­pré­hen­sion de l’Esprit saint en mode fémi­nin, « la » Esprit saint, com­pré­hen­sion qui explique pour­tant pour­quoi Marie lui est sou­vent reliée). Cela dit beau­coup aus­si sur un chris­tia­nisme qui n’est pas ici étran­ger à un cer­tain gnos­ti­cisme, ver­sant opti­miste, comme à un cer­tain pan­théisme. Richesse du roman­tisme alle­mand.

On enten­dra donc clai­re­ment la conclu­sion de Jean-Yves Masson : « Tel est Mörike, poète du secret : le prince caché d’un royaume où n’entrent que ceux qui ont gar­dé l’esprit d’enfance ».

 

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