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Chargée de ciel

Par |2018-08-17T13:23:37+00:00 29 novembre 2015|Catégories : Blog|

 

                                                        

 

Flamme fumée
ombre cou­leur
tremblent les formes éphé­mères de mon cœur
le frô­le­ment de la ten­dresse
embue mes yeux

 

 

Il ne fal­lait pas grand chose pour que s'ouvre
comme une baie le large aux mou­ve­ment marins
de mes pen­sées.

Le plus dur était le calme et le silence après
de longues marches déla­vées.

Les linges de mai­son dans l'antre de mes yeux
pen­daient au moindres orai­sons. 

J'attendais le pas­sage des grues dans un ciel
de Camargue que jamais je n'avais res­pi­ré.

Pourtant le bruis­se­ment de l'attente était bien
l'aile qui pense la résis­tance et la cha­leur à son tou­cher.

 

 

 

J'ouvrais des golfes de ver­dures aux consonnes.
Je les voyais dan­santes comme  flammes
au-delà des veilles de mon corps ;

dans les buis­sons du rêve, dans le som­meil,
dans les champs que tou­jours je contemple
quand ils sont labou­rés.

La puis­sance de peu pre­nait toute mon âme
dans son geste d'eau claire.

J'aimais gar­der le sou­ve­nir de gestes simples
comme don du matin
et le soir
ten­dant aux ombres qui mon­taient ce butin décan­té,
je ten­tais de tra­cer d'un doigt la dune de mes sables
pour ne pas m'égarer.

Parfois le temps bri­sait le sceau de ses angles trop purs
la grâce d'un mot comme le pain trem­pé
me lavait de toutes mes attentes
pour enfin délier
l'image d'un mot gar­dé.

L'effort à ses confins illu­mi­nait alors
la grise et longue traine des passes tra­ver­sées.

 

 

 

Je n´avais pas de corps
et je vou­lais aimer
Je pre­nais vent dehors
brû­lant d´éternité
Je dus apprendre
trou­ver la source
Une eau cou­lait
char­gée de ciel
et blanche comme blé
J´ouvris les yeux
de joie et la dou­leur
d´aimer la terre enfin
me fut don­née

 

 

 

Passé l'angle mort de la soif
les che­mins se tendent pour écou­ter
les fou­gères aux courbes ances­trales
dont le galbe reprend le geste des prières
quand elles tremblent au pas­sage des fables.

Sur les cailloux jetés que nos sou­liers tri­turent
aux rythmes de la voix, nous allions caho­tant
comme un che­val au trot
au delà de nos os ;
aux rivières contentes
boire le ciel sen­sible dans les herbes aimées
au vent nous allon­ger.

 

Dès lors venait d'un espace sans claies
le sen­ti­ment d'aimer la terre, les nuages
cou­raient vers un point invi­sible dont je ne sais le nom
plus large que mes yeux mes yeux lais­saient le songe bleu
se déployer vers tous les hori­zons.

O comme grande la beau­té de ne plus se vivre limi­té
emplis­sait tout le corps qui n'était plus qu'un rêve
une sorte de jar­din anda­lou
loin de l’Espagne aux sables purs
dont les fon­taines franches ruis­sellent toutes nues.

 

 

Tu parles de ce monde
avec le poids d´un feu
entre les pierres
tu es flamme lumière
tu es cou­leur
l´or te déchire
et la parole apaise
ton cœur et son attente

 

 

La venue sim­ple­ment des visages,
toutes les images autour de toi,
la table, la fenêtre, le papier, ton corps
et le som­meil de ton aimée.

Le matin qui reprend souffle dans tes yeux,
l'heure qui attend le bruit des portes
cet arbre puis­sant, le hêtre rouge
dans le quar­tier dont tu sui­vais
la lente méta­mor­phose.

Tout cela te salue au loin dans la mémoire
se rap­proche de ton vœux le plus tenace
de trou­ver un che­min de vivre et de pen­ser
dans les images.

Certes le temps ne comptent pas le grain
de ce rivage, c'est en des­sous que les écorces
tombent, que les enfants deviennent grands
et que les peurs s'effacent.

Tu disais que les mots sont des vitraux
dont les flammes s'animent la nuit
et tu le dis encore regar­dant le soleil
s'en aller consu­mer nos veilles endor­mies.

La lumière du silence monte enfin
trempe de son eau vive le mur blanc,
la page vierge de rai­son où mûrit la parole
et déjà le futur incer­tain des mois­sons.

 

 

                            Ce fut la nuit

dans un poème
et dans son chant
l´oiseau sur­git
comme du vent.
Par la témé­ri­té
d´une parole brève
l´image se fit plus
savante que che­min

Qu'une seule voyelle, qu'une consonne à peine
bal­bu­tiée ou son­nante prenne le vent de ma voix
par son revers sur la pente d'un souffle délié
et voi­là que le lieu de mon corps s'amenuise
comme  gris et bleu de fumée.

Une flamme pro­duit l'élan de l'être sa fra­gi­li­té.
L'attention qui est peut-être le cou­rage de pen­ser
n'a que faire des images et ne tient à rien d'autre
qu'à l'émergence de la terre.

Une parole a sur­git de la roche
mais la roche savait le silence de dieu.
Sa cou­leur et sa dense pré­sence, au milieu
de la lumière qui n'est pas l'ombre de mes yeux,
a fleu­rit d'aubépine son calme
jusqu'au rouge garance des baies au jar­din.

Plus courte que le jour et simple que le thym
mais plus forte que le temps défait de ses sai­sons,
une sagesse prend son vol sans perde la rai­son,
sans que l'ivresse lace la tresse du pas­sage
où le désir n'est autre que l'arbre de mes dons.

 

 

Enveloppe de vent
ocre d´aube et de vie
tu enfantes le jour
dans l´âme de l´ami.
Du souffle qui revient
sur lui-même
apprend à conden­ser
le silence
et la danse de nuit

La lumière de nuit dans la parole
n'a rien d'une ombre habi­tée de lui­sances
plus ou moins pro­fondes.
Elle est un peuple de mémoire,
d'enfance, de rivières et de temps.

La terre se sou­vient de ses ombrages,
ses arbres ont des­si­nés sur l'écorce des souches
le som­meil évident des phrases de nos bouches.

Cependant la ramure des sai­sons que la pluie
rend plus souple et plus vive fré­mit en regar­dant
l'écoute qui dérive comme un vaste pays
sur de sombres pen­sées.

Mais au des­sous scin­tillent de curieux pois­sons.
Ils mangent les étoiles, se délivrent de leurs écailles
puis s'en vont. Leur absence sou­dain résonne comme un fil
ten­du entre mon âme et l'horizon.

C'est par là que tu viens me tis­ser les images.
C'est par l'infime d'un che­min que tes pas de neige pure
par­viennent aux confins plaines de mon front.

 

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