> Chemin qui me suit de JF Mathé

Chemin qui me suit de JF Mathé

Par |2018-08-15T01:33:04+00:00 9 décembre 2012|Catégories : Critiques|

Le titre l’annonce : dans l’univers poé­tique de Jean-François Mathé, ce qui est d’ordinaire consi­dé­ré comme inerte – le che­min, la neige sur les­quels nous mar­chons – peut agir  (un che­min suivre un mar­cheur, la neige poser des ques­tions). Et s’il n’y a ni mou­ve­ment ni bruit, cela ne signi­fie aucu­ne­ment que rien ne se passe.

la mai­son attend que le coteau 
la prenne dans son aile d’ombre

Ce n’est pas rien, l’attente.

Le plus sou­vent, les hommes pré­sents forment avec le che­min, la neige, la mai­son, le coteau, le chat, les che­vaux… un tout. Mais il arrive que les choses aillent de tra­vers.

en l’absence de toute saveur 
faut-il por­ter aux lèvres
le cou­teau plu­tôt que le fruit

faut-il tra­ver­ser ce jour
sans le vivre

dehors tout est ciment
de la ter­rasse à l’horizon

On devine qu’il y a eu quelques tra­ver­sées du désert, une bonne dose de mélan­co­lie (dans les poèmes écrits en 2002 notam­ment). Dans les textes récents, la mort de proches, l’éloignement des jeunes années font mon­ter aus­si tris­tesse et amer­tume.

À quoi bon aller de l’avant
si l’on est de ceux pour qui vivre
ne passe plus par le prin­temps ?

Le poète arrive encore à se tour­ner vers ce qui vient pour­tant. Il se redresse alors. Son regard se pose sur un vieux chêne, son oreille per­çoit le chant d’un oiseau et ses tra­cas s’effacent – ou presque.

Si les deux pôles sont pré­sents, il y a au fond, dans les recueils de Jean-François Mathé, plus de lumière que de zones d’ombre.

Aux idées noires, l’on s’y fait,
comme aux cor­beaux les peu­pliers
dont la chan­son de chaque feuille,
mal­gré les cris se mêle aux autres.

Moi, ma chan­son veut fine oreille
pour qu’on l’entende encore avant
que ne se ferme dans ma voix
la porte ouverte aux notes claires.

 Jean-François Mathé est né en 1950. Professeur de lettres (à la retraite aujourd’hui), Jean-François Mathé publie de la poé­sie depuis les années 70, en par­ti­cu­lier chez Rougerie. Il a contri­bué à de nom­breuses revues.

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