> Choix de poèmes de Nicole Drano Stamberg

Choix de poèmes de Nicole Drano Stamberg

Par |2018-08-20T01:47:58+00:00 18 mars 2016|Catégories : Blog|

 

 

HERBE RUSTIQUE

On ne cherche pas la véri­té avec elle
On la trouve.
C’est abso­lu­ment le matin
Puis le soir irré­duc­tible.

Seuls en face de l’énigme :        herbe !
On peut la feuille­ter en tous sens,
Vieux livre de la terre
Avec des pas­sages qui nous brûlent
d’attendrissement.

Leste, preste, elle orne fou­gueu­se­ment
Le sol sans marge.
C’était jus­te­ment la page du poème,

Page à laquelle je son­geais. Cela deve­nait
Bruissant, rond dans l’insomnie.
Une herbe rus­tique. Ô sur­prise !

Il fau­dra que je te révèle. À une vitesse folle
Tu enva­his les mots et charmes le silence,
Le gris des jours. Herbe irré­duc­tible…

… Qui sou­rit de nos hési­ta­tions.                              (p. 14)

 

 

VIE

Tremblante et tendre
Est la cadence des mou­ve­ments de l’herbe.
On ne se rap­pelle jamais com­ment elle est
Exactement.

L’effleurer seule­ment,
Elle se penche, se rai­dit et se dégage,
Appartient au monde.
Elle lui mur­mure des secrets.

Essayez de la sai­sir
Elle vous strie­ra la paume.
Quelques gouttes de sang
Se met­tront à briller.

En se cachant dans le poème
A-t-elle dit : « Je veux vivre
Au milieu de vous humains ! Avec les mots
Préparer les len­de­mains. »                                        (p. 33)

 

 

LES HERBES DU PRÉ

S’asseoir avec l’enfant dans le pré
Le long de l’étang,
Pour res­ter au milieu des choses
En s’élevant de la terre jusqu’au ciel.

Les herbes font des géo­mé­tries fur­tives
De chaque côté du corps,
Machinalement on her­bo­rise.
Se sau­ver un peu, vaquer ailleurs.

La terre des­cend dou­ce­ment
Jusqu’à l’eau,
L’herbe s’arrête avant.
Il y a une sorte d’angoisse boueuse au bord.

Le regard se ras­sure
Dans l’abandon appa­rent du pré.
J’écris, l’herbe s’acharne dans les détails,
Quadrille le sol dans tous les sens et conspire autour des mots.

                                                                                  À Fannie ché­rie.                     (p. 86)

 

 

INDÉRACINABLE

Longe le mur,
Continue,
Suis, suis encore
La route.
Regarde le gou­dron,
Il est fis­su­ré.

Au milieu
Une traî­née
Verte,
Étroite.
Je t’assure, avance
Elle est là.

 

La déchi­rure
De la croûte.
La fine
Ligne vivante
De l’herbe.
De l’herbe !

Air
Espoir
Chiendent
Indéracinable
De la
Poésie.                                   (p. 106)

 

 

HERBE, INVITATION AUX SONGES

Dans l’herbe soyeuse
Les escar­gots bavent tran­quille­ment.
C’est une ivresse de gen­tillesse
Que des gens délabrent.

Il va fal­loir cher­cher de nou­veaux sens.
Il va faire très, trop, insup­por­ta­ble­ment
Chaud, sans air, sans eau,
Sans toi, sans elle, et lui et tous les autres.

Toi, herbe fine et résis­tante
Devant ma porte, puis, qui se pousses entre mes cils,
Me fais de l’ombre, caches mes larmes
Sur ceux et ce que je pleure : Reste !

Herbe jamais désin­volte
Tu viens sur mes mots,
Me fais retrou­ver le che­min de halage
Où naissent les songes qui cham­bardent le visible.                          (p. 129)

 

ADMIRATION

Une sorte de monde embus­qué pousse
Dans les impasses du poème.
Quelques tiges, la terre n’est pas inculte,
Elle garde l’herbe fraîche entre les lèvres pour quelques mots.

Herbe de la reine, herbe de l’ambassadeur !
Et près du bar­rage de la Sirba
Des enfants que j’aime.
Là-bas, aucune plante n’est jamais appe­lée mau­vaise herbe.

Nous t’appartenons par notre admi­ra­tion
Herbe en cos­tume de pen­sion­nat,                              Poésie
Étonnante, ran­gée, dépour­vue de fatui­té. Tu déranges !
La gloire accourt à toi, à la tran­quille modes­tie de tes mots.                       (p. 130)

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