> Claude Minière, Grand poème prose

Claude Minière, Grand poème prose

Par | 2018-05-25T03:34:16+00:00 22 septembre 2014|Catégories : Critiques|

En lisant ces poèmes en prose, nous sommes pla­cés devant notre propre actua­li­té, nous sommes sai­sis et des­sai­sis, dévoi­lés dans nos enfer­me­ments et pour­tant prêts à bon­dir dans les cavales du désir, dans le divin, armés de la pierre d’aimant qui fait tour­ner le monde. Que celui-ci tourne mal, en tou­pie folle, dans le laby­rinthe glo­ba­li­sé par la dérai­son tech­ni­cienne, ne change rien. Ces courtes proses naviguent en san­dales ailées. L’écriture de Claude Minière a tou­jours été fluide, déliée. Peu recom­man­dée (par le cler­gé poé­tique) elle fait excep­tion. Elle n’efface pas le silence, elle coule de source et déjoue la rou­tine bor­née de la mort. On a beau jouer la tunique aux dés, épar­gner, sto­cker, bavar­der inuti­le­ment, la beau­té lumi­neuse fait de nous des vivants. Le bruis­se­ment de la parole contre­dit l’inertie, le départ dans l’étendue des pos­sibles affronte un risque. Ils sont rares et donc pré­cieux les poètes qui osent le tran­chant, qui mettent en scène une méta­phy­sique de la sen­sa­tion, qui tracent l’ouverture de la pro­fon­deur spa­tiale et tem­po­relle. Le savoir poé­tique est une fouille, son souffle est por­té par celui des dieux et son che­min ne trace pas une ligne droite : mon par­cours décrit un arc pré­cise Minière. Voilà pour la méthode, ce sont les sen­sa­tions (et le sens à don­ner à des pro­blé­ma­tiques qui intègrent l’histoire des hommes) qui per­mettent une visée. La décoche est pos­sible quand les yeux, les oreilles sur­plombent légè­re­ment la flèche (l’écriture) et se foca­lisent sur la cible (le réel). Le tra­jet entre­lace ombre et lumière, puis­sance et fra­gi­li­té, et pour atteindre la per­fec­tion de la for­mu­la­tion, c’est l’enfance retrou­vée à volon­té qu’il convoque.

Je parle d’un tra­jet, non d’une tra­gé­die. Quelque chose d’ignoré dans les fleurs ignées. Je ne lais­se­rai pas aller la der­nière phrase qu’elle ne m’ait béni.

Notre ami et col­la­bo­ra­teur Pascal Boulanger vient de réédi­ter son pre­mier recueil  Septembre déjà

 

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