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coupe file et autres poèmes

Par | 2018-02-21T15:54:40+00:00 31 janvier 2017|Catégories : Blog|

 

coupe file

je l’ai cher­ché
cen­ti­mètre par cen­ti­mètre
dans l’ancienne gare
aux fenêtres sur la Seine

j’ai vu, en per­dant quelques bonnes
secondes,
comme sacré cœur des­si­nait
sur le ciel
un élec­tro­car­dio­gramme

il n’est pas là, ni là, là non plus
je l’ai cher­ché cen­ti­mètre par cen­ti­mètre
en atten­dant qu’il sur­gisse dans la salle sui­vante

l’amant per­du par­mi les amants
futurs

et je ne l’ai plus jamais trou­vé
ce tableau de Pissarro
avec un trou­peau de bre­bis fleu­ri sur le che­min

 

 

la plus belle jour­née (I)

c’est là quand
tu tends la main
et elle dis­pa­raît

tu retournes (reviens)
au seul point
qui existe encore

sur le champ aveugle
du monde

et tu dis

ok. et main­te­nant ?

 

 

 

clause

j’ai pen­sé que je pour­rais être
mon propre
nègre

écrire mes livres
à ma place
vu que je n’ai pas le temps
pas le talent
pas d’inspiration
ni le souffle
pour quelque chose
de si impon­dé­rable
(qui arrive en même temps que la pluie
et j’ignore si elle s’en va)

qui pour­rait me don­ner s’il vous plaît
un ordre de gran­deur
com­bien ça coûte
d’être
ton propre
nègre

 

 

lettre à V. (II°

parce que je pou­vais écrire
à quelqu’un
j’aimais l’exil
comme un accou­che­ment sous péri­du­rale

j’oubliais que je n’étais
qu’un œil de graisse
qui reste tou­jours
à la sur­face de l’eau
et au fond du verre

j’oubliais que j’étais
une tache d’huile
noire
sur un maca­dam
étran­ger

les entrailles à vue
en guise d’arc-en-ciel

 

 

pay­sage

tu ne m’écrivais plus
quelques jours durant

comme une anes­thé­sie
m’embaumait
le temps mort

la vie pas­sait
par­mi les obs­tacles
aigus
per­sonne ne sai­gnait
jusqu’au bout

dans ce monde
nous n’avons
que du temps
que du temps

 

 

écor­che­ment

je me suis enve­lop­pée
en entier
avec Paris

Paris, c’est
ma cein­ture
de chas­te­té

une chry­sa­lide
une chry­sa­lide
un cocon
de soie
crient tous

en atten­dant
les dédi­caces
sur les bouts
de ban­dage
de la momie.

 

 

 

le cime­tière de mots

il ne pousse pas
de la terre
de l’herbe verte

il ne tombe pas du ciel

des caillots de pluie
de vent
de lumière

non
non
il ne jaillit pas
comme la source
du tré­fonds du puits
du fond du cœur

non
le mot
le mot
pousse
sur le cime­tière
de mots
le mot
pousse
sur le cime­tière
de mots.

 

 

 

la peau très fine du monde (VIII)

 

Paris
ne croit pas aux larmes

l’enfant
tire

sur la luge
l’ange
aux ailes
gelées.

 

5-15 décembre 2016

 

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