> Dans les méandres des saisons, de Richard Rognet

Dans les méandres des saisons, de Richard Rognet

Par | 2018-05-22T21:53:53+00:00 23 juin 2014|Catégories : Blog|

Richard Rognet est un poète à l’œuvre consé­quente, dis­tin­guée par divers prix, la plu­part en fait, depuis 1978, à l’exception du Goncourt de la poé­sie. Il est membre de l’Académie Mallarmé. Les mau­vaises langues pen­se­ront ce qu’elles veulent de cela mais, dans le monde poé­tique fran­çais contem­po­rain, cela pose un poète. Car Rognet est un poète authen­tique, et c’est la pre­mière chose qui frappe à la lec­ture de ce très bel ensemble de poèmes, dont une par­tie a déjà paru dans la revue Diérèse – l’une des excel­lentes revues papier du pay­sage poé­tique actuel. Depuis 2003, l’essentiel de son œuvre paraît chez Gallimard.

Dans les méandres des sai­sons, sui­vi de Elle était là quand on ren­trait, touche au plus intime de l’homme/poète, et donc de ce qu’est un humain. Exactement l’un de ces livres de poèmes qui affirment, sans le vou­loir, comme par nature ou par essence, que la poé­sie, bien qu’écrite, n’a guère à voir avec la lit­té­ra­ture. Nous sommes ici dans les pro­fon­deurs de l’être, là où rien ne se raconte ou ne se la raconte mais où tout se vit. où jamais aucune rai­son rai­son­nante ou intel­lec­tua­li­sa­tion for­ce­née ne vien­dra expli­quer quoi que ce soit ; car il en va ain­si de l’humain, d’être un lieu inex­pli­cable, mal­gré toutes les ten­ta­tives idéo­lo­giques et autres. Et c’est jus­te­ment cela, peut-être, qu’il y aurait à com­prendre (au sens de sai­sir par intui­tion ou ima­gi­na­tion créa­trice). De mon point de vue, c’est sur ce pré­ci­pice, sur cette ligne de faille là, que l’on lit un grand poète, et c’est pré­ci­sé­ment cela que nous affir­mons comme étant poé­sie des pro­fon­deurs au sein de Recours au Poème. La chose est simple. Après, évi­dem­ment, l’être humain contem­po­rain, fort en bas­sesses, peut lire en nous le contraire de ce que nous sommes, grand bien lui fasse ! Nous ne sommes oppo­sés à aucune manière de sai­sir le réel du monde.

Ici, nous sommes au cœur de l’éclaircie.
Bienvenue aux poètes !
Et bien­ve­nue à la poé­sie de Richard Rognet.

 

Si l’ombre qui s’enfuit emporte
avec elle les ines­ti­mables fruits
de ta mémoire, rat­trape-là,
serre-la fort contre toi, jusqu’à
 

la faire entrer dans ton corps, car
cette ombre est peut-être le double
de toi ou ce qui des humaines joies
a résis­té à l’assaut des tris­tesses
infi­nies, à l’éparpillement des chants
 

qu’on révé­rait jadis, dans un temps
qui n’existe plus, parce qu’on n’a pas
su rete­nir ses gloires, ses pas­sages
sur nos mains, entre nos doigts, dans
nos regards, dans ces mille et mille
 

reflets qu’un peu plus d’attention, de
fer­veur, aurait pu sous­traire à l’oubli,
aux secrets de nos morts englou­tis
 

dans leur nuit.

 

 

Et cela parle des pro­fon­deurs du réel :

 

 

je fais confiance aux pierres des mon­tagnes dont
le silence affer­mit la plé­ni­tude du pré­sent qu’il
nous faut sans cesse arra­cher aux griffes du pas­sé.

 

C’est bel et bien au cœur du silence contem­po­rain des pierres que se trouve le pro­fond réel (de notre point de vue, lequel en vaut bien d’autres). Qui ne sent pas immé­dia­te­ment cela peine à sai­sir le contem­po­rain. C’est pour­quoi la poé­sie est aujourd’hui une abso­lue néces­si­té humaine, et c’est pour­quoi le temps est venu d’un recours.

Richard Rognet en appelle à « la plé­ni­tude du silence ». Tout se joue, en ce moment même, .
Merci au poète, d’être authen­tique.

 

 

 

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