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DANSES DU VERBE TRAVERSÉE

Par |2018-08-21T04:59:07+00:00 21 juin 2014|Catégories : Blog|

 

[poème-rituel pour voix diverses et inter­ven­tions tam­bou­ri­nées]

 

 

exergue

Je n'arrive pas à trou­ver ce que je cherche ; ce que je vou­drais apprendre, je ne le com­prends point ; mais ce mes­sage que je n'ai pas su déchif­frer a sou­le­vé mon far­deau, et mes pen­sées en ont été chan­gées en mélo­dies.

Rabindranath Tagore

 

 

rites d'entrée

 

 

chœur bat­tant

de bouche
à oreille

de bouche
à oreille

de bouche
à oreille

mais
de bouches à bouches

et
le rythme par­lé
et
l'image ryth­mée
et
le souffle chif­fré

du poème

 

 

parole mère

entre le doute
et la lumière

tout notre uni­vers
est conjoin­te­ment ani­mé

de ceux qui ne sont nés
de ceux qui sont vivants
de ceux qui ont vécu

et la jus­tesse de la quête
nous sera d’aller conci­liant

tous ceux qui ne sont nés
tous ceux qui sont vivants
tous ceux qui ont vécu

ceux qui ne sont nés

ils esquissent leur his­toire
ils fomentent leur action
à la table du silence

leurs songes répri­més
fer­mentent l'avenir
dans les limbes opaques
du ventre des des­tins

ceux qui sont vivants

ils s'éprouvent dans l'action
ils bâtissent leur époque
ils pâtissent de l'histoire
ils pro­duisent toute la science
ils pro­duisent la conscience

émou­lus criant des gangues du silence

ils s'échauffent d'advenir
dans le lyrisme lucide
des tra­vaux et des jours
des com­bats du moment

ceux qui ont vécu

et dans la quête du juste
et la conquête du vrai

les balafrent les épreuves qua­li­fiantes
des che­mins de la connais­sance
les élèvent les patiences éprou­vantes
de l'éducation per­ma­nente

alors
ils recueillent l'expérience

et font bien

alors
ils for­mulent la mémoire

et font bien

alors
ils exaltent la démarche

et font bien

alors
ils récitent l'horizon
à l'endroit cou­vert et éclai­ré
où le cher­chant probe et libre
venu reprendre souffle
venu reprendre voix
venu reprendre vie
va mou­rir et renaître pour deve­nir

assi­mi­ler la lumière
mais inté­grer le silence

res­tau­rer les voies matri­cielles
de l’imaginaire ques­tion­nant

 

 

 

tra­ver­sée

 

 

rythme

entre le doute
et la lumière

toutes les épreuves de la tra­ver­sée

entre la terre
et l'autre terre

toutes les figures de l'étranger voya­geur

mais la toute pre­mière figure
de toutes les figures
de l'étranger voya­geur

c'est le silence

mais le rythme
mais le rythme
mais le rythme

la scan­sion d'un sur­saut de sur­vie

et la subli­ma­tion du réflexe
dans la repro­duc­tion du geste
et le pro­lon­ge­ment du geste
dans le rayon­ne­ment du corps

c'est ce rythme qui anime son silence

c'est ce rythme qui assume son mou­vant

et le rythme qui le fixe dans l'espace
et le rythme qui le fixe dans le temps
et le rythme qui le fixe dans l'action
et le rythme qui le fixe dans l'histoire

c'est ce rythme qui struc­ture son vivant

c'est ce rythme qui lui fixe les idées

mais le rythme ne lui fige
la conscience

alors
il vibre

donc

il vibre donc
il vibre

donc il pose sa conscience
dans la forme trans­hu­mante du dan­seur
en paria déri­vant des plates ser­vi­tudes
et écume les his­toires popu­laires
et tra­verse les arènes de l'histoire

vers les pays de poème

où le rythme nargue les essen­tia­lismes
où le rythme nargue les déter­mi­nismes
où le rythme bru­ta­lise les affi­ni­tés héré­di­taires
où le rythme dra­ma­tise l'avenir ouver­ture
où le rythme réa­lise le rêve inter­cul­tu­rel

alors
il vibre

donc

il vibre donc
il vibre

donc il conte dans le geste
toute la tra­di­tion cachée
toute la part mau­dite
que col­porte le nomade
que répriment le récit
et l'histoire inéqui­tables
des ineptes séden­taires

on les dit maîtres alié­nés de tant de para­dis ratés

alors
il vibre

donc

il vibre donc
il vibre

donc
son conte nous raconte
donc
son conte nous fédère
donc
son conte nous motive
donc
son conte mobi­lise
donc

et sa mou­vance entê­tée
et son rituel éper­du

 

 

 

danse du milieu

entre la terre
et l'autre terre

c'est l'homme qui cherche
qui fait le milieu

entre la terre
et l'autre terre

c'est l'homme qui cherche
qui sait le milieu

entre la terre
et l'autre terre

c'est l'homme qui cherche
qui dit le milieu

entre la terre
et l'autre terre

c'est l'homme qui cherche
qui dicte le milieu

par­ler
par­ler
qu'il dit

chan­ter
chan­ter
qu'il dit

dan­ser
dan­ser
qu'il dit

il dit que dan­ser

c'est le milieu
c'est le voyage
c'est le milieu
c'est la parade
c'est le milieu

où se confrontent
les tra­jec­toires
de la dérive

par­ler
par­ler

chan­ter
chan­ter

dan­ser
dan­ser
qu'il dit

il dit que dan­ser

c'est le milieu
c'est le voyage
c'est le milieu
c'est la parade
c'est le milieu

où se confondent
les tra­jec­toires
de la dérive

et le nomade s'éveille

et le nomade s'anime

et le nomade s'engage

et le nomade s'érige

et le nomade s'élance

et le nomade s'éloigne

et le nomade s'élèèève

et le nomade s'ééélèèèveeee

et le nomade s'éélèèèèvee

 

 

 

rites de sor­tie

 

 

chant de la tra­ver­sée

le chant
qu'il dit

mon chant

c'est l'extension de mon désir
dans l'étendue de la parole

il dit que paria conscient réso­lu
l'étranger voya­geur
est un déviant assu­mé

il che­mine
ques­tion­nant l'origine
dans la médi­ta­tion des hori­zons

mais l'origine
qui n'en dit toute l'essence
pal­pite au cœur de toute la quête

il dit que tra­ver­ser consiste non
à vouer aux égouts de l'histoire inéqui­table
et des eugé­nismes
le poids péjo­ré de nos mémoires pal­pi­tantes
et de nos racines

pour nous expri­mer vide­ment

il dit que tra­ver­ser consiste donc 
à culti­ver les ententes élec­tives 
sans se trom­per d'orgueil
et col­por­ter son des­tin non apprê­té
sans se trom­per de guerre

pour nous accom­plir en ceux qui luttent

ins­pi­rés par la beau­té
aiguillés par la sagesse
sou­te­nus par toute la force

média­teurs de trans­cen­dance

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