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Devenu un homme sans origine

Par |2018-11-21T19:06:56+00:00 26 février 2014|Catégories : Blog|

 

Homme char­gé d’ans
ren­du au creux du tamis de la vie
ouverte
pour la tra­vailler

tu marches
corps épui­sé par les habits neufs de l’immigrant
dans le cré­pus­cule qui ensan­glante le ciel

tu as la vue
yeux lavés de larmes
bar­rée par le mur de l’espoir

&

Sans but
sans mesure

tu cherches
front mar­qué de rides
et corps deve­nu tou­jours plus volon­taire
à sor­tir
de l’œil obs­cur de la vie enfi­lée

&

Cœur agi­té comme la mer hou­leuse

tu te dépêches
pour ne pas perdre la volon­té
d’aller au devant de la mort

tu avances
au-delà du pos­sible ouvert
au-delà de la fron­tière
où tout ce qui t’arrive ne peut être que bien

&

Perdu
vue per­due
faute dans les yeux
à force de regar­der le monde espé­ré
dans l’obscur che­min de la nuit

tu écoutes
bruits éteints
l’amour refroi­di des hommes
qui te laissent dans l’oubli

&

Éveillé
goût de sang sur la langue
par la dure­té du lit

tu attends
vivant dans l’inconfort du camp
la lumière du jour bri­sée en mille mor­ceaux

&

Enchaîné pour pen­ser libre­ment

tu entends sans fin
coupe de la patience débor­dée
les san­glots des mil­liers en détresse
lais­sés engour­dis
sur les cotes de ton pays

&

Cœur pri­vé de lumière
lais­sé sans confi­dent

tu ne penses
cou­pé du reste du monde
à rien

tu n’espères
inquiet pour le len­de­main
en rien

&

Isolement dis­si­pé
par les points d’appui trou­vés dans le sou­ve­nir

tu te délivres
noms des tiens sans cesse évo­qués
de l’existence
pour rem­pla­cer
sous le ciel abais­sé
le jour de déses­poir
par le jour d’espoir

&

Homme de rup­ture
ins­tal­lé dans le regard des hommes ber­cés par la pen­sée confor­table

tu attends
replié sur toi-même
des cœurs plus humains que le tien

tu nais
vieux de ta vie
de ta vie détruite

&

Dépassé
dans l’exil
par toi-même

tu fends
dans les jours per­dus aidés par les jours qui viennent
l’avenir

 

&

Loin
sourd à tout et igno­rant de tout
du rem­part de tes proches

tu trouves
silence mode­lé par le temps effa­cé
l'immense fatigue
des hommes en proie à l'illimité

&

Passé tenu pour rien
tu ne regardes
rêves morts res­tés morts
que devant toi

Pieds posés sur les éche­lons nou­veaux de la vie
tu fais
yeux fixés sur l'horizon
table rase

&

Homme à sen­tir
Homme à chan­ger
le pré­sent de l'exil

tu deviens
au sor­tir du pas­sé
pré­sence agran­die
pré­sence éten­due

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