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écrire Ma Vie sexuelle

Par |2018-10-21T21:01:44+00:00 25 janvier 2017|Catégories : Blog|

 

 

1

 

 

écrire Ma Vie sexuelle

ou plu­tôt, Ma Vie heu­reuse, et ce serait :

 

– sou­le­vant des pierres

– dans les arbres à 6 ou 7 ans

– des épi­sodes déjà écrits qui sont à réécrire

– des échecs autant que des vic­toires

– des défaites dans la guerre du lit

– dans les rêves

– mar­chant seul sur la route, à Dicomano en 1981, puis à Pérouse

– Adelaïde, étu­diante de Sienne, héroï­no­mane, qui s’était levée pen­dant que je la des­si­nais pour venir en sou­riant me glis­ser sa langue dans la bouche

– Christine, de Kalambaka (la plus belle, que je fis souf­frir)

– L qui m’a ren­du presque heu­reux, et puis fou

– l’écriture même ces 2 der­nières semaines

– des sym­boles dans mes pro­jets d’immeubles, cer­tains construits et où mon espace propre, intime, ma libi­do est pré­sente

– toi

– vou­loir tout et n’avoir rien allant de pair

 

mais tout cela est images, pas­sé ou papier, rien à côté du jour sur les draps, de la pluie sur ton bras, de mou­rir contre un front

 

(2011-16)

 

 

 

 

2

 

 

Jour

 

Le temps

est excep­tion­nel, la langue banale

 

et ce beau ciel gris qui aime les murs

est une cou­ver­ture ten­due entre haut et bas

de la ville

 

on ne sait com­ment dire

 

c’est pré­sence cher­chée

et l’air est tel un duvet com­mun aux habi­tants de l’asphalte

et à ceux des immeubles – humi­di­té soli­daire

 

en effet, il faut être à l’abri

pour par­ler ain­si, pour écrire

en deux mil treiz

que ce temps est à cou­per

et que même l’écran traître pire que le papier sous la goutte

est verre qui va cas­ser ou matière qui fond et les cer­veaux avec

et que le jour n’est pas épui­sé au bout du vers

il dit je pour l’exemple

 

les gouttes de la pluie main­te­nant s’abattent indis­tinc­te­ment sur le zinc

et sur ce qui vit. Ce qui est mort demeure. Il est à pen­ser qu’il m’aurait fal­lu

au moins un peu plus de vie que de mots

 

nul sens ne trouve mes­sage

 

ce n’est pas chose aisée

que d’être lais­sé par la rime

 

s’il est vrai qu’elle est femme.

 

(2013-16)

 

 

 

 

 

3

 

Jamais

 

Jamais,

tes parents, ton enfance de mots t’ont sacré et

tu sus­cites mon admi­ra­tion,

prince des souffles et des des­ti­nées.

Je t’aime si peu ! (autant qu’on peut aimer une parole)

mais vou­drais te le dire.

 

À moins que tu ne sois une mai­son,

de Dieu que je délo­ge­rai pour t’habiter.

Sans doute es-tu l’égout, ma neu­vième tra­vée,

où je ferai cou­ler les lettres d’Alphée,

dans mon songe de mort.

 

Never ! Pour le muscle des mots,

quelle étran­ge­té de sen­tir l’os du crâne.

Même à tra­vers les minces lam­bris du palais,

près de la pen­sée ! Et com­ment espé­rer, envi­sa­ger

le pos­sible de l’espace d’éternel évé­ne­ment ?

 

En toi l’on aper­çoit que gisent les âmes

et qu’à ta tête se dresse le sujet,

le chô­meur, le chef, le pauvre, le membre,

le regard rétros­pec­tif, la crosse ren­ver­sée,

l’arbre seul, le moins, le hère.

 

(2013-16)

 

 

 

 

 

4

 

(sans titre)

 

Dos de ma main posée à plat, et du poi­gnet trop mince.

A côté, la pen­sée de la cou­per.

Mais la main ne pour­rait-elle, à l’aide du cou­teau quo­ti­dien,

Se sépa­rer de la pen­sée ? en gar­der l’homme ?

Pourquoi cette pesée sur soi,

Si mal asso­ciée qu’elle en est tyran­nique ?

 

(2016)

 

 

 

 

 

6

 

Deux rêves

 

Athéna a croi­sé Jean-Claude dans l’escalier,

qui lui fit son clin d’œil habi­tuel — ticket d’Orphée.

À moi, est appa­ru son torse glabre,

sor­tant de la douche.

 

Je n’eus pas l’âme qu’il fal­lait,

pour le prendre avec les bras, pour vou­loir dire.

Ce reflet de salle de bain fut l’ennemi

du beau hasard des rec­tangles de Thiais.

 

Où séjourne notre ami ?

Est-il encore à mi-che­min, dans le même tram que je pris ?

Reviennent nos paroles, arro­ser sa mémoire !

 

Sa vie fut brève, par­mi des car­tons.

Et lui aus­si

eut une fille pour faire le dieu.

 

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