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ÉGLISES

Par |2018-11-18T22:37:43+00:00 8 juin 2013|Catégories : Blog|

 

I

Ce mot enten­du le noyer
par­mi tant d’autres qu’apporte le vent
mal­gré sa proxi­mi­té avec la noyade
sou­lève une joie. Est-ce parce qu’il nomme
ce vieil arbre qui meurt au bord de la rivière ?

II

Arbre qui veilles au-des­sus de l’eau verte
tu sembles son­geur tu dors et pour­tant pal­pites
comme un ani­mal – beau tant par tes fruits
que par tes feuilles larges.

III

Mêlés aux blés, aux vignes les ver­gers de noyers
clos d’un muret de pierres sèches – lieux que brûle
l’été – nour­ri­tures.

Il y avait eu silence –
le vol d’un oiseau dans un sous-bois
l’amitié de l’enfant et des bêtes fur­tives

puis à l’automne

la paix enfin don­née à ce pay­sage meur­tri.

IV

Ce fut sans relâche la guerre

le vent qui se lève dans les arbres
chu­chote le mot dou­ceur.

V

En cette terre de vio­lence où je reviens
terre du haut pas­sé
j’avais aimé ces arbres
qui flambent main­te­nant presque en silence
par­mi les grandes herbes et les tombes.

Murs rouges qu’une pous­sière
recouvre, on les a délais­sés
comme cet ani­mal qu’au bord de l’eau on aban­don­na.

VI

Les der­niers qui res­tèrent – seuls
firent un feu sans doute
qu’on entre­tint dans la cendre.

VII

L’église est un ver­ger de noyers sau­vages.

Une source camou­flée de pierres
s’écoule en contre­bas par­mi les herbes.

Ainsi tremblent des arbres ten­dus
dans « une fra­ter­ni­té d’eau et de ciel. »

Et je songe à ce « misé­rable
qui deman­dait l’aumône à son ombre. »

VIII

Tout proche
se tenait assis un homme four­bu.

Le regard qu’il posa sur son enfant
fut comme ce champ de seigle
au-delà d’une forêt sombre.

IX

Qui pour­rait atteindre
– à l’abri des pierres et des lichens –
ce pré, sinon le vent qui passe
dans l’herbe silen­cieuse du soir ?

X

Roches usées
hau­teur calme là-bas
entre les champs étroits
quelques arbres qui res­pirent :

l’accueil que fai­saient ces pierres tres­sées
ce feuillage à l’entrée de l’église en ruine :
paix de l’enchevêtrement des verts et des gris.

XI

La salle était haute et claire et la lumière blanche
la rue silen­cieuse encore au petit matin ;
ils entrèrent, l’homme, la femme, et on enten­dit
leur chant – ils étaient loin, impro­bables et seuls.

XII

Le long des rivages anciens
aper­çus de nuit
nous avons au matin
pas­sé des fron­tières
avec les dau­phins du large.

Des sou­rires infi­nis et fra­giles
viennent aujourd’hui comme jadis
se bri­ser sur la terre grise des îles.

XIII

Une tête de tau­reau
dans l’entrelacs du lierre
et du figuier sau­vage
est de tout ce qui fut
bâti ce qui demeure.

 

XIV

Tout n’a long­temps été ici que guerre.
Mais sur les rivages on a bâti des temples.

Pierres : telles ces bêtes immo­biles
– taches sombres dans la brume
des feuillages – qui captent nos regards.

 

XV

Buffles d’Asie
Vaches d’Europe
tous ani­maux pai­sibles
vous seriez l’église nou­velle
si n’eût été ver­sé
en sacri­fices votre sang.
 

X