> Elie-Charles Flamand, “La part d’outre-dire”

Elie-Charles Flamand, “La part d’outre-dire”

Par | 2018-05-26T19:36:54+00:00 21 juillet 2016|Catégories : Critiques|

Je lis Flamand depuis nombre d’années. Un poète que l’on ren­contre comme une évi­dence en dif­fé­rents moments de son exis­tence. J’ai ren­con­tré son œuvre par l’entremise de l’écrivain et poète Marc Kober. Belle ren­contre. En plon­geant dans l’œuvre poé­tique de Flamand, le lec­teur s’engage dans plus de poé­sie comme l’on disait autre­fois « plus de réel ». C’est une plon­gée dans l’œuvre au sens alchi­mique du terme que le poète édi­fie, une Œuvre donc, que les mots n’expliquent pas, n’exposent pas. Ils ne font que rendre compte – du che­mi­ne­ment. Et ce « que » est beau­coup. La poé­sie de Flamand est une marche d’alchimiste vers l’étoile. Un che­mi­ne­ment vers la lumière inté­rieure, la seule réa­li­té qui soit réel­le­ment – et aus­si la plus voi­lée. Le lisant, on entend la rumeur du pas d’André Breton, se ren­dant chez René Alleau en com­pa­gnie d’Eugène Canseliet, et on aper­çoit à l’horizon les pages des revues d’avant-garde de la seconde moi­tié du 20e siècle. On était peut-être là mais on l’a oublié. Pour nous, cette poé­sie est, à l’instar de celles de Marc Alyn, Gilles Baudry ou encore Jean-Pierre Lemaire, et bien d’autres, poé­sie en avance. Des poé­sies qui annoncent le rôle de la poé­sie dans le monde de main­te­nant, un rôle en train de se lever.

Élie-Charles Flamand vient de loin.

La part d’outre-dire com­mence ain­si :

 

« Puisque je dis­cerne que le pré­ci­pice ori­gi­nel n’est plus à sa place, je cours, réjoui, vers la demeure où pendent les têtes en béryl. Elles mâchonnent la cire des vies les plus piquantes qui ont impri­mé leur saveur à mes errances pour les sau­ver de l’étouffante sen­sa­tion engen­drée par le dépay­se­ment. Je m’enfonce dans des cou­loirs enche­vê­trés et passe devant la porte qu’il m’est inter­dit d’ouvrir car c’est celle d’une pièce ren­fer­mant quelques lumières d’inspirations aus­si bien que les lueurs ram­pantes du mal. »

 

La poé­sie peut s’élancer.

Une fois l’entrée fran­chie.

Ici, la poé­sie est un acte opé­ra­tif, rien d’intellectuel ou de ration­nel là-dedans, sinon un au-delà du ration­nel et de l’intellectualisme. Ce qui n’entrave en rien l’intelligible, bien au contraire. Cet au-delà est celui de qui s’est éveillé. De qui regarde. La chose la plus dif­fi­cile qui soit, mal­gré les appa­rences illu­soires du quo­ti­dien, et les pré­ten­tions déme­su­rées des egos deve­nus fous. Les poèmes de Flamand réunis ici sont poèmes d’un voyage, d’une rive à l’autre, une façon de pro­ces­sus poé­tique d’alchimie en actes. La matière des mots deve­nus verbe à son tour connaît le mise à l’ordre de l’esprit. Il vient de loin, oui, Élie-Charles Flamand. Et mal­gré le che­min par­cou­ru, mal­gré l’âge, ou grâce à l’âge, mal­gré l’œuvre accom­plie, ou grâce à elle, le poète pour­suit l’acte qui ne s’arrête pas, sur la route de ce pays si réel qu’on n’y par­vient jamais, « dans un œuf ouvert et lourd de sapience ». On l’approche peut-être. Et ce livre de poèmes est un phare au creux de cette approche là. À l’instant exact où « la tyran­nie de la pen­sée se dis­sout ». La porte d’outre-dire ouvre sur le vécu de la vision. C’est une porte étroite et basse.

X