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Entre la nuit et le jour

Par |2018-10-21T10:23:19+00:00 15 mars 2015|Catégories : Blog|

 

extraits de Entre la nuit et le jour, poèmes avec des­sins.

 

 

Esprit de la grande Boucle

Je n’y connais rien aux nœuds, aux ficelles
ni à la chaîne, qui cer­tains matins, l’été,
refusent la tra­duc­tion,

quand la coc­ci­nelle de l’alpe volette
et res­sasse en dan­seuse les peines de cha­cun,
à coups de hanches et de klaxon.

Dans sa sagesse, le peuple s’approvisionne
dans les super­mar­chés poé­tiques et sérieux,
cha­leu­reux, gla­cés, au sol car­re­lé crème,

avec pour dis­traire des éclats,
dans l’axe de la caisse,
d’une bou­teille d’huile,

un paquet éven­tré,  du riz, des pâtes
pour l’assaut des Pyrénées,
et la soupe à l’insu de ton plein gré,

ami lin­guiste des lacets.

 

***

 

La parole

Michel Vaujour et Foucault
parlent de se débar­ras­ser de la pen­sée
je les crois bien volon­tiers
et déjà c’est mer­veille
que par­ler ait parole pour nom

le mal­heur est que celle-ci replonge
bien­tôt dans le noir du cer­veau
tout pique­té de vais­seaux
d’un sang qui ne vit pour soi

et voyez comme s’éloigne
la pos­si­bi­li­té
de connaître l’adresse d’une pauvre parole

à trop croire on fabrique des textes
pleins d’un plai­sir

inutile au bon­heur.
 

 

 

Reflets dans une mure

Mûrie sous mon soleil de nuit, la bouche
qu’une folle âme d’épée le jour lime
écrase et mouilla d’abord d’une rime
venue de l’ombre à grand bruit, une mouche.

Au pénien pré­texte, vio­line
décou­pé dans l’eau noire, Râ s’abouche
à la phrase ex-rom­pue, des­sous la couche
her­bue où la louve nue paît, câline,

la baie ver­meille sur l’accueil du corps,
les yeux de bête et l’écran feuillé d’or
orches­trant en son cri, glas dia­pa­son,

la hari­delle au pas des petits morts
défaits. Oh, monde que ronce et sai­sons
besognent, en l’agence des mai­sons !

 


 

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