> ET TANT D’AMOUR IRREVELE…

ET TANT D’AMOUR IRREVELE…

Par |2018-10-15T15:02:25+00:00 21 mai 2015|Catégories : Blog|

extraits

 

 

FROM  A  RAILWAY CARRIAGE

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           à  J. C.

 

Par la vitre entrou­verte aux fastes de l'été,
La nature, aux regards, offre sa splen­deur vive
Et verse au cœur de l'homme une intense clar­té :
Troupeaux épar­pillés brou­tant l'herbe des rives,
Frondaisons reflé­tées par le miroir des eaux,
Humbles champs de repos avec leurs croix de pierre,
D'où monte comme un vol, au-des­sus des tom­beaux,
La sup­pli­ca­tion des arbres de la terre…
Et toi, plus pré­cieux d'être tout bas nom­mé,
Grand amour qui nous comble, ô flamme inex­tin­guible !
Porte au Dieu sou­ve­rain, pour la grâce d'aimer,
De tous les dons reçus l'offrande incor­rup­tible !

                                                         (été 1968)

 

***

 

LIEBESTRAUM

 

J'avais cru renon­cer pour tou­jours à la femme
En fai­sant taire en moi les appels du désir,
Mais le soleil du rêve a ravi­vé la flamme
Où s'embrasent deux corps au comble du plai­sir.

De ton sexe à tes seins, tu n'étais que licence,
Chair sans défaut qui flam­boyait de tous ses feux,
Et moi, je me fon­dais dans cette incan­des­cence
Dont me pour­suit le sou­ve­nir déli­cieux.

Hélas, rien n'est res­té d'une telle splen­deur,
Offrande et don bai­gnés de grâce sou­ve­raine
Qu'unissaient à la fois la ten­dresse et l'ardeur.

L'aurore m'a ren­du à la rive ancienne
Où tout est morne et gris, fade, déco­lo­ré.
Ah, revi­vrai-je un jour le songe qui dit vrai ?

 

***

 

O TOI QUI LE SAVAIS…

 

Jeune femme entre­vue pour de trop courts ins­tants
dans un banal auto­bus de ban­lieue,
pour­quoi n'ai-je pu détour­ner tout ce temps
les yeux de ton visage ?
Plus que ta bouche sen­suelle,
m'attirait ton regard, per­du
dans un sou­ve­nir indi­cible.
Et quand tu te fus éloi­gnée dans la foule
– vers quelle des­ti­na­tion incon­nue ? –
Je ne ces­sais de te revoir
avec ton fin cor­sage rose dénu­dant tes épaules,
la grâce de ta sil­houette encore juvé­nile,
le fas­ci­nant mys­tère de ton être
à jamais intou­chable.

 

***

 

APRES AUSCHWITZ

                                             
                                      A  Claude-Henry du Bord

Ainsi, on ne sau­rait plus rien écrire qui ne soit déri­soire
après Auschwitz, Medianek, Treblinka !
Plus de poèmes pour chan­ter l’amour,
pour célé­brer nos frères dis­pa­rus
dans l’enfer gla­cé du Goulag,
par­ta­ger la dou­leur des hommes
jetés comme viande putride
dans les pou­belles de l’Histoire ?
Mais les plus beaux chants sont nés au cœur même
de l’horreur et de la bar­ba­rie !
Les iambes ven­geurs de Chénier
atten­dant son arrêt dans la pro­mis­cui­té de Saint-Lazare ;
le vers incan­des­cent de l’archange Baczynski
offrant, avec sa tendre épouse enceinte,
sa jeu­nesse déses­pé­rée dans le ghet­to en flammes ;
Le verbe indomp­table de Mandelstam
résis­tant jusqu’au bout dans l’exil et l’errance
au mon­ta­gnard sans âme du Kremlin…
Et com­bien d’autres,
célèbres ou ano­nymes,
pour qui l’action était la sœur du rêve !

 

***

 

 

 

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