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Forêt traversée

Par | 2018-02-21T23:36:32+00:00 6 avril 2014|Catégories : Blog|

 

 

à Gwen

 

La forêt res­ser­rée
Sait ce qu’elle doit à ses sen­tiers

Elle écarte l’ombre
Muette en sa clar­té

Ce qui la menace ne l’accable pas

 

 

Sa force venue
Des nuits accom­plies
Boues levées

Les fruits à terres
Ne craignent rien que le visible

 

 

Saisir encore le jour

Nos tra­ver­sées
Sous l’égide des ner­vures

 

 

Si l’essence demeure inau­dible
La bruine illu­mine le limbe

Ici la chute est bien­veillante

 

 

Ce rien de vent
Cèlera la rai­son de son silence

 

 

Forêt
Pas moins pro­fonde
Moins noc­turne
Sous l’élagage

Quand tout serait éclair­ci
Par l’outil
Ou l’oubli
Elle conser­ve­rait sa nuit

 

 

La pro­té­ger serait lui faire affront

Elle ne se relè­ve­rait pas
D’être à l’abri des incen­dies

 

 

Les pièges bâtissent la conso­la­tion des forêts

 

 

Partout
Tout autour
Forêt inté­rieure

 

 

Le cercle des chênes
Des châ­tai­gniers
Accueille nos marches invo­ca­trices

 

Nos voix se mêlent
Au tra­vail des insectes
Convoquant pré­sence et absence

 

 

Ami
Aux paroles d’humus

Régénère notre forêt

 

 

Esseulée
La forêt cherche refuge
Dans l’imaginaire des haies

 

 

Rien ne semble si haut
Si pro­fon­dé­ment creu­sé

 

 

Ensevelie
Forêt pri­mi­tive
Fait ce qu’elle peut
Pour ne plus écar­ter la terre

Revenir aux hommes
Seulement
Dans la mémoire de leurs mots

 

 

Réminiscence des feuillages

Chant de l’intime
Enlace la forêt der­mique

 

 

Connaître ses dési­rs
Les irri­guer
Porter toutes ses ombres dans son sang

Enfin
Pouvoir dire la forêt

 

 

Entre nous
Les bran­chages
Resserrent leurs liens

Disséminent la lumière

 

 

La forêt dépos­sé­dée
Porte son nom
Encore

Ne le cède­ra pas

 

 

Ce qu’il reste d’elle
De visible
De corps

Une empreinte

Parmi les souches
Prend sa part d’horizon

 

 

S’efface peu à peu
L’appréhension de l’orée

Sans vie sau­vage
Ni ombre ni pluie

 

 

Chacun de ces arbres fait l’aveu
Aux oiseaux
Aux vents
De son ori­gine

 

Dès la nais­sance
Les racines érigent des cir­cuits
Pour nous espé­rer

 

 

Soudain entre les branches
Vision d’un voyage

 

 

Sur le soir
Le sen­tier se retire
Prend le large

Mais l’ornière demeure étroite

 

Octobre/​Novembre 2013

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